‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 26 sur 183 · AMniios., Ps. xi.vin, 14; P. L., XIV. col · texte numérisé non relu

AMniios., Ps. xi.vin, 14; P. L., XIV. col

2. Voir Clem. Alex., Quis dives mlvctur, 37: P. G., I\, col. Gil, et Bvsir .. loc. cit.

80 ni:VELATlON DU MYSTÈRE.

analysée, à travers les affirmations de détail on voit se dégager certaines conceptions générales, plus ou moins appuyées suivant les esprits et les moments, qui reparaissent partout dans la théologie des Pères et «'\ propos desquelles on peut parler, avec une suffisante exactitude, de systèmes ou du moins de théories. 11 faut ajouter, pour être complet, que les éléments de chacune se retrouvent presque toujours chez le même écrivain — et ceci montre quel défaut de méthode ont commis les historiens, lorsqu'ils veulent ramener toute la doctrine des Pères à ces tentatives imparfaites d'explication, qui n'épuisent même pas la pensée totale de leurs auteurs. A la lumière de ces observations, nous pouvons suivre maintenant, sans en exagérer l'importance, les principales directions de la théologie patristique.

L ne d'entre elles a été baptisée dans l'histoire sous le nom de théorie physique ou mystique de la Rédemption. 11 s'agirait d'un système du salut où l'incarnation occupe la place essentielle et décisive, à l'elTet de produire la divinisation delà race humaine. En voici la description sommaire sous la plume d'Auguste Sabatier.

Le point de vue qui doriiiue toute la théologie grecque est celui dune tliéosophie rationnelle et mystique tout à la fois^ fondée sur la doctrine centrale de l'incarnation du Logos. C'est du fait de l'incarnation que découle Tœuvre rédemptrice elle-même. Dieu est devenu liomnie, [disait saint Atlianase], alîn que nous devenions divins comme lui. 'iV'lle est la formule qui retentit alors de tous les côtés. Cette divinisation de la nature humaine, par l'union du Lof/os avec un corps d'homme, enferme pour la nature humaine soumise jusque-là à la corruption et à la mort, la sanrtiticatiun vX le gormo d'une vie étcM'iielk; aussi bien ])]iysique (jue spirituelle ',

î. s. <\\\\J\) W. n/). rit., p. i.'i-ili.

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\\i (lire d<'s iiK'iiics liisloricîris, <:clt(î coriceptinii ox[)li<|iinrait s<miIc riniporliinc.c viljiln qur^ prirent les (•()nti'()vrrs(îs chrislolo'^iijufîs d.ins IM^^^lisc ^rocquc : mais (|iii ru; voit r.n iiirinc temps (jircllc tendrait a rendre inulil(; ou s(»eon(laire, j)nis(pie loiil l'intérêt poi'te ici sur rinc^arnatioii, le mystères de la mort réd(»mptrice proclamé pai* l'iwan^nhî ri jiar saini Paul, pi'ofessf' unanimemenl, comme on Ta vu t<niL à rheiire. par la tradition patristique elle-même ? La paradoxale gravite'^ de celte conclusion doit nous mettre en ^arde contre; le système (|ui Tinspire.

dépendant il n'est pas douleux (jue les Pères Gi*ecs ne se complaisent à développer ce fjenre de spéculalions, lesquelles d'ailleurs ne sont pas sans éclio dans la littérature latine. Saint Ir(''née en posait déjà le i)rincipe par sa célèbre doctrine de la recapUulaiio; \)\\\s tard, sans parler de multiples allusions de détail, saint Athanase en fait le thème principal de son traité De Incarnatione Verhi; saint Grégoire de Nysse y trouve la trame presque unique de sa Grande Caléchcse, Chez tous, il s'agit, moins d'une théorie proprement dite de la Rédemption, que d'une synthèse de la restauration spirituelle, au sens le plus large, qui se déroule suivant un plan identique dont voici le schéma.

Dès l'origine, l'humanité avait reçu du créateur une destinée surnaturelle : elle avait pour fin d'être unie à Dieu: elle devait puiser dans cette union l'immortalité, l'incorruptibilité, la vie sans terme. Mais l'homme demeurait libre; au lieu de s'attacher à Dieu son bien suprême, il s'est détourné de lui par le péché. De ce premier désordre la mort a été la conséquence et le châtiment, par où il faut entendre la mort spirituelle de l'àme et la mort physique du corps. A ce désastre Dieu cependant voulut porter remède. C'est pourquoi le Verbe de Dieu,

celui-là même qui avait fait l'homme au commencement, est venu refaire son œuvre. En s'unissant à notre humanité par l'Incarnation, il réalise à nouveau pour notre race, et d'une manière bien plus parfaite, l'union avec Dieu qui était le principe de sa vie; par là même il rend à l'humanité déchue les dons divins d'incorruptibilité et d'immortalité. Cette œuvre, inaugurée par l'Incarnation, continuée par la grâce dans chacune de nos âmes, ne s'achèvera d'ailleurs qu'au dernier jour, lorsque la résurrection assurera la ruine définitive de la mort et le triomphe de la vie.

Telle est cette économie providentielle du salut qu'ont analysée à l'envi les théologiens, en même temps qu'elle était méditée par les mystiques et chantée par les orateurs. Décrite comme un fait, elle se prête à encadrer toute l'histoire surnaturelle du monde. Et pour qui réfléchit sursa raison d'être, qui ne voit qu'elle soulève les problèmes les plus fondamentaux de la raison et de la foi, que l'Incarnation y apparaît comme le moyen providentiel, nécessaire peut-être, et la cause effective du salut? De fait, c'est là que les Pères ont cherché le plus volontiers une réponse à la question Ciw Dcus homoy qui déjà se posait devant leur esprit. Par son ampleur synthétique propre aux vastes considérations, par le rôle qu'y tient le mystère de l'Incarnation, objet alors de tant de controverses, on comprend que ce système occupe une telle place dans la pensée patristique. Aussi bien l'idée-mère n'en est-elle pas encore aujourd'hui retenue et exploitée par la théologie de l'état surnaturel?

Si l'on a l)ien saisi le caractère propre de cette spéculation mystico-théologique, il devient facile d'en apprécier la valeur. Ce n'est pas ici le lieu de la discuter en elle-même et d'examiner si son leit

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niotis*, ('(dU^ idro de diviiiis.ilioii «jin* caresse volonliors certaine philosophie moderne;, est autre cho8(; rpiinu^ vag'utî p(H''si(î. Par lapporl an prol)h''mo qui nous occupe, cette th(*orie de ht rrslauralion surna lurtdh» ne fait (pi Cscpiisser hîs principes généraux et comuK^ les «^i-randes lignes du salul ; elle n'en épuise pas la réalité tolah*. telle (pi'elh; esl l'onmie par les données méuies de la révélation. I die ne donnerait du péché (pTune notion insuffisanle, |)uisqu'on y envisage ses eiïcts destructeurs plutôt que son essence |)ropre; elle laisserait (h^ coté la valeur rédemptrice de la croix. Aussi hien n'cst-elle (|u'un cadre, ou ne s'eid'ernie pas toute la pensc'C des Pères sur la Hédemption. Saint Athanase fait entrer la mort du Sauveur comme un élément au cœur même de sa synthèse : de même que la vie du Verbe incarné vient nous rendre la vie, sa mort lui parait nécessaire pour expier notre mort. Ktsi cette doctrine n'apparaît pas dans la Grande Caléc/irse de saint Grégoire de Nysse, le l'ait qu'on en trouve partout ailleurs les matériaux dans son œuvre diminue cette lacune. Avec saint Grégoire de Nazianze, il dirait lui aussi : « Nous avions besoin de rincarnation et de la mort d'un Dieu pour vivre » ', encore que sa théologie n'ait su faire de ces deux vérités qu'une systématisation insuffisante.

De ce chef, on doit dire que la prétendue théorie d'une rédemption mystique ou physique, dont l'Incarnation ferait tous les frais, n'existe pas à proprement parler chez les Pères. Ce qui a donné lieu d'en parler, c'est un système général du salut, parfaitement vrai dans son fond et non moins compatible avec le dogme traditionnel de la mort rédemptrice, mais qui, par son ampleur même, pouvait avoir et

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