‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 27 sur 183 · Gri-GOR. ^\7.., Oral. XT.V. 28 : P. G.. XXXVI. col.GGl · texte numérisé non relu

Gri-GOR. ^\7.., Oral. XT.V. 28 : P. G.. XXXVI. col.GGl

90 HÈVÊLATION DU MYSTÈRE.

eut parfois l'inconvénient d'accorder au myslère de la croix un moindre relief ou une place trop restreinte, et par là de donner le change à des historiens tendancieux, prompts à transformer en déviation doctrinale un simple déficit théologique.

Beaucoup plus compromettante en apparence serait la théorie dite des droits du démon, quia permis de lancer contre les Pères les pires reproches. A. Sabatier écrit encore :

Le côté néu'atif de l'œuvre du Christ n'était pas absolument né.digé... Mais si Ton cherche comment la vie du Christ a opéré cette rédemption des pécheurs, on constate que presque tous les Pères se la représentent comme un drame semi-mythologique et semi-juridique des plus étranges. La théorie d'une, rançon payée au diable semble être le prolongement, dans l'Eglise, des imaginations gnostiques. (.'ette conception plaisait à la fantaisie populaire; mais plus la théologie s'y abandonnait, plus elle s'éloignait de la théorie d'un sacrifice offert à Dieu... 1 renée, le premier, semble avoir esquissé la théorie de la rançon ainsi entendue... Presque tous les Pères de lÉglise^ d'Irénée à Grégoire le Grand, se plaisent à développer et à prêcher cette théorie, en sorte qu'elle va s'embellissant et se dramatisant de plus en plus, à la confusion du diable qui devient alors le personnage à la fois odieux et ridicule des mystères du moyen âge'.

Il est certain que les Pères, surtout dans leurs écrits destinés au peuple, ont accordé au démon une place et un rôle que ne lui attribuerait pas un théologien moderne. L'Ecriture enseigne à plusieurs reprises que, par le péché, Ihomme était tombé au pouvoir du démon ; elle présente notre salut comme un rachat, comme une victoire sur

I. A. S\i;\Tir.ii. np. i-t'L, \). 47-:.0. ]\ est classique de distingiici- une [)ério(le mvihicjue •• dans l'Iiisioirc de la llcdemptioii et cotlc prri"dc crnhrasse ni plus ni moins hmto l'ère patristique.

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SiiLau. (les divrrscs ima;;»:. i( hnurs «L rii()[)i<>i'iiée.s allaient dcvf^nir le i^crriH* dr lontr im<* Uh'oIo- ^ir. \)(\]ii sailli, Irriico rsliriio (juVn drcnHanl \o plan do notre iMMlcniplion Dini s'est \irriwc\i\)*' du d«nion et <nril a voulu af^ii* envers lui selon la « justice » •. A sa suite, beaucoup de Prres recîonnaisscnt à Satan une espèces d(^ droit: mais ils frnaLrinmt di- V(»rsonienl la manière dont I)m'ii voiilni «fi trnir i'ompte.

Tantc'd ils conçoiviîid une sorle de contrat (!'<»- <dian^*e. Le démon tenait tous l(»s liommes en captivité ; mais il a sollicité à leur place, en tout cas il a ohtfMui le san<^' et TAme du Christ. Kt sans doute cette proie lui a-t-elle échappé, parce rpie le (Ihrist était Dieu; mais notre délivrance n'en (Hait pas moins juste. C'est la théorie de la rançon : exposée par Origène-, développée surtout par saint Grég"oire de Nyssc'^ elle reparaît par allusions chez saint Basile et saint And)roise'' ; sai)it Jérôme lui l'ait encore une place en commentant saint Paul '. D'autres fois, les Pères recourent à une procédure qui relève de la justice distributive. Satan exerçait un empire légitime sur les pécheurs, que Dieu avait soumis à son joug (^omme sanction de leur faute ; mais il a dépassé son droit en entreprenant sur le Christ innocent qui ne lui devait rien : par suite, Dieu a pu le dépouiller à juste titre de ses captifs. C'est la théorie de

1. Im:N.,in, 18,7 cl V, ^2\,i : <- Nequc enim iuste victus tuisset inimicus nisi e\ muliere liomo esset qui \icit cum. >» Cf. V, 1,1 : < Non deliciens in sua iustitia iu.sfe eilam adversus ipsani ooiiversus esi aposiasiani, ea (|uae sunl sua redimens ah ea. »

-2. ORir.E\.,L< Matth., xvi, 8; P. G., XUI, col. 1307-1 'tCO, Qihi llom.. H, 13: P. G., XIV, col. OU.

3. Gi\Et;ou. Xyss., Or, calecli., !2-2-24; P. G., XLV, col. (JO-CG.

i. Voir Basil., In Ps. xlvih, 3: P. G., XXIX, col. 437, et A>iDi;ns.. EpisL LXXn. 8-0: P. L.. XVI, col. 12Vi 12H>.

:>. HiEîîO.NVM,, /:/)/?.. r, 7:i\ L.. XXVI. co1./mO-45I.

Tabiis de pouvoir, qui est classique chez les Pères, soit grecs soit latins, à partir du iv^ siècle^. Enfin, soit isolée, soit rattachée aux précédentes, se développe la théorie de la revanche. Dieu, qui aurait pu nous sauver par un seul acte de volonté, a préféré le faire par Tlncarnation : ainsi le démon qui avait vaincu Thumanité est à son tour vaincu par elle, et les Pères se plaisent à multiplier les images destinées à dépeindre la surprise de Satan terminée par une pitoyable défaite. Le filet de l'oiseleur, l'hameçon, la souricière apparaissent tour à tour dans les homélies, avec un accompagnement de descriptions plus ou moins pittoresques, depuis saint Grégoire de Nysse jusqu'à saint Jean Damascène. depuis saint Jérôme et saint Augustin jusqu'à saint Grégoire le Grand et saint Isidore de Sévillc-. En vue de cette œuvre également, les Pères ont souvent réclamé l'Incarnation : seul un Homme-Dieu pouvait réaliser notre Rédemption suivant les lois de la justice.

Pour une saine appréciation de ce curieux mouvement d'idées, il faut d'abord faire entrer en ligne de compte la variété même de ses formes. Il ne s'agit pas d'une théorie unique, mais de plusieurs théories successives, aux nuances assez différentes, bien que s'inspirant toutes du même principe. Moins encore faut-il en perdre de vue le caractère : il s'agit moins d'une doctrine arrêtée que de descriptions populaires, où tous les traits ne doivent pas être pris au pied de la lettre. Cette simple considération ne suffit-elle pas à écarter le grief de mythologie ou d inconscient dualisme, qu'on a voulu de ce chef imputer à la théologie patristique? Le système de la rançon, le seul qui semblerait donner lieu à ce reproche, ne

i. Voir J. HiviKr.F, op. r/7., cli. wli, p. .'{8.'i 41'*. 2. Ihi(L, rh. \\\\i. p. 4i.Vér».

i)i:vKLoiM»i:MKiM' iiisroHigiJK m: la doctium:. j.i

fui jamais miiininnînicnt accepté : il a ét<î <oin ballu par Adarnantius au m" siècle ', par saint Ciré- <^oirc de Nazianzc au i\' -; à partir de cette éporpie, on n'en trouve plus de trace sérieuse, (^'est d'ailleurs une ([uestion de savoir si cette idce d'une rançon payée à Satan fui jamais autre chose (|u'une nn;taphore mal venue : en tout cas, ni cette tliéori(î, ni les théories postérieures n'impliquent chez !e démon un droit jjropreuient dit, (jui le lendrait iiidépendant de Dieu. Au contraire, dans ces tableaux étran<^es et que l'imajjination des orateurs sacrés (Miibellissait à Tenvi des plus bizarres arabesques, il est possible dentrevoir une traduction populaire de cette grande loi de providentielle sag(îsse qui préside au plan divin de la rédemption^. Mais un théologien moderne reconnaîtra sans peine que l'expression en l'ut malheureuse : les diverses théories élaborées autour des droits du démon n'ont plus pour nous que rintérèt d'un archaïsme.

Le cas ne commencerait à devenir inquiétant que si cette théologie rudimentaire était la seule que les Pères aient su construire pour expliquer la valeur rédemptrice de la mort du Christ. Et c'est bien ce qu'alTirment à Tenvi les historiens superficiels du dogme; mais il n'est pas d'affirmation plus contraire à la réalité des faits. Car les Pères, outre les enseignements dogmatiques déjà signalés, nous ont laissé des commencements d'explication, où la mort du Sauveur apparaît ordonnée par rapport à Dieu en vue de la rémission de nos péchés.

Tout d'abord ils ont développé Tidée de substi-

1. Adamant., De recta in Deum fide, I; P. G., XI. col. 17:;(>-1T57.

-2. GiiEGOU. Naz., Orat. XLV. -2^2; P. G., XXXVl, col. iio3. Cf. loAN. Da- MASC, De orthodou\i/idt, m, 27; P. G., XGIV, col. lOÎKî.

3. Là-dessus voir Wirtz, Die Lehre von der Aj^olytrosis, Trêves. IMOG, p. o"-I30, el B. FuNKE, o/j. c//., p. 57-77.

94 REVELATION Dl MYSTERE.

tution pénale : à cet égard, le chapitre lui dlsaïe et les textes classiques de saint Paul sont devenus le noyau d'un système, que gouverne la perception plus ou moins obscure d'un principe de justice.

l^e fait n'est guère contesté pour ce qui concerne les Pères latins. 11 suffit de rappeler quelques formules caractéristiques. Tertullien écrivait déjà : « Quis aliennni mortcm siki sohit nisi sofus Dei Fi/ius ? Ad hoc eniin mènerai ut ipse^ a delicto pur us et omnino sanctus, pjo peccatoribus obiiet^ . » Saint Ambroise synthétise sa pensée en ces termes : « Coiitraxinius chirogruphum culpuCy poenani sunguinis dehehamus : venUDominus lesuSy suuni pro nobis obtulit'^ , » Et il ajoute ailleurs : fc ut^ quia sohi nequeunt dwina décréta^ persona magis quam sententia mutaretur ^. » Une phrase bien connue et qui en résume cent autres nous édifiera sur la doctrine de saint Augustin. « Suscepit Christus sine reatu supplicium nostium, ut inde soheret reutum nostrum et finiret etiam supplicium nostrum •. »

Or toutes ces idées sont familières aux Pères Grecs; saint Athanase a même pris soin de les organiser d'une manière qu'on peut déjà dire systématique. Dieu avait porté contre le péché une loi de mort et cette menace devait absolument se réaliser, sous* peine de rendre vaine la parole divine.

La mort avait désormais régulièrement einpii'e .sur nous; et il était impossible d'échapper à cette loi, car elle avait été portée par Dieu en punition de la désobéissance... Or il serait absurde que la parole de Dieu fût mensongère et que Dieu, par conséquent, ayant statué que l'homme mourrait de mort s'il venait à pécher, la loi de

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