‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 29 sur 183 · Voir B. FiNKE, op. cit.y p · texte numérisé non relu

Voir B. FiNKE, op. cit.y p

3. Sur saint Augustin en particulier, voir .1. (Jottsch'Ck, dans Zciischrif't fiir Théologie und Kn-che, 1001, p. 97-213.

1»8 RÉVÉLATION DU MVSTKIU:.

spécial, son célèbre Car Deus houio^: aux analogies imparfaites qui la traduisaient jusque-là il substitui» le terme technique et l'idée de satisfaction, qui permit de creuser par une étude approfondie le contenu réel des aliirmations courantes sur le pécln'' et les conditions de sa réparation. C'est pourquoi tous les iiistoriens reconnaissent que le Car Deus homo fait ('époque et les croyants tiennent que le dogme traditionnel a reçu de lui ses contours à peu près définitifs.

Kn regard de la tradition antérieure, ce qui frappe, à la lecture de cet ouvrage, c'est la vigueur avec laquelle le problème est saisi et résolu. Anselme, qui a pris contact, par saint Augustin sans doute, avec les spéculations grecques sur l'Incarnation déifiante et qui connaît en tout cas les lins diverses de ce mystère^, s'attache, lorsqu'il s'agit de Rédemption, à la question essentielle du péché et à la mort du Christ qui le répare. Moins encore s'arréte-t-il aux théories populaires du rachat et autres semblables. Les droits du démon sont par lui écartés comme sans fondement^ : Satan n'était qu'un geôlier dont il n'y a pas à tenir compte. Dieu et l'homme sont seuls en cause dans sa théologie de la Rédemption; c'est entre eux qu'intervientle rùle du Christmédiateur. Le prol)lème ainsi délimité, Anselme s'efforce de retrouver par une enquéle purement rationnelle les solutions de la foi.

Deux idées fondamentales, tontes les deux hautement chrétiennes et pliilosophiques, sont à la base de sa démonstration. C'est d'abord le péché, dont saint Anselme montre qu'il est dans son fond \y\\(\

1. Texte dans V. L., CIA NI, col. :u;i-i;i(>; édilioii sfparce à Londres, chez David Niitl.

-2. Voir Mcdit. 1. 8: ibid., col. 71(i-7IT. :5. i'ur Deus homo, I, 7; col. .'W»7-3(>8. i'.t Mffh/. \r. coi. lUA-in'i.

i)i:vKi.()i»n:MK\'r iiisioniui i: in: i^a iuxtium r.

olïcnsr (le Dini, parce «pi en (hsolnîissaijt lo p(*îcheiir iM'fusr à son (Irc.Uciir «m» (pii lui est du r| ](• prive «le i li()n!ieiii'*|iii doit lui revcîiiir du cln'l*d(i ses (;r«*atures. De cette notion du pi'ché découle celle de satisfaction. Pour- icntrcîr eu <j^n1ice avec Di^u, Ic^ [)éclieur doit reparer sou oll'euse; et il ne peut le faire rpTrii restituant à Dieu, par un surcroît d lionnnag'e, llionneur qu'il lui a ravi : voilà ce qu'on apjxdle satisfaction, (le lernie, dont on a voulu cli(;rch(*r l'origine dans la notion Lrernianicjue du ]Vrr^c/(l^ cstejuprunté t(Mit simplement à la langue pt^nitentielLî de IMi^lise, qui s'en servait depuis Tcrtullien pour désigner les bonnes œuvres par où le pécheur doit n^ntrer en grâce avec Dieu '. Toute roriginalitc'^ de saint Anselme l'ut d'appliquer ce lerine à Tœuvre r('demptrice du Christ.

A l'aide de ces données, le docteur de Cantorbéry construit une synthèse dialectique, dont les membres s'enchaînent comme autant de tht'orèmes. Voici comment on peut restituer la série logique de ses raisonnements :

Htant donné le péché. Dieu se devait de pourvoir au relèvement de Thumanité : son honneur exige quelle retrouve la tin surnaturelle qui fut sa destination primitive. Mais ce relèvement, pour être efTicace, réclame une réparation : sans quoi Dieu serait privé de son honneur et l'homme lui-même ne saurait jouir de la parfaite béatitude. Pour le même motif, la réparation doit être complète, proportionnée à la faute. Or, cette satisfaction nécessaire, l'homme est absolument incapable de la fournir, soit parce que le péché est trop grand, soit parce que tous ses actes sont déjà dus à Dieu à d'autres titres.

1. 1.e lait l'st aujourd'hui reconnu par les historiens les moins ecclésiastiques. Voir HAn\A<:K, Doginf^ngoschirhte'^^t. Ul, "p. 357->î)8, note 1 et LooFs, Leltfaden '^ Halle. i'.K)6, p. :;«>î)-51l.

100 UEVELATION DU MYSTERE.

D'où rincarnation apparaît comme une condition rigoureuse du salut. « Si crgo iiccesse est vt de hominihufi perfieiatur illa superna cwitaSy nec hoc esse i>a/et ni'si ftfft praedicta satisfaction quam nec potest facere nisi De as nec débet nisi homo, necesse est ut eani facial DeuS'llonio\ » Mais, grâce au Verbe incarné, la Rédemption se réalise dans toutes les conditions voulues. En effet, si Jésus-Christ devait à Dieu toutes les actions de sa vie, il ne lui devait pas la mort, parce qu'il n'était pas pécheur. Cependant il a vouhi pousser son amour de Dieu jusqu'cà mourir pour la justice : par là il rendait à Dieu un hommage bien plus grand que tout le désordre de nos péchés. Or le Rédempteur a demandé et obtenu que le mérite de cette mort fût réversible sur ses frères. C'est ainsi que désormais nous sommes sauvés.

Les critiques du dehors ont multiplié leurs assauts contre ce système, où ils ont vu à bon droit le principal boulevard de l'orthodoxie^: on lui a prêté toutes sortes de contradictions, on a lancé les gros mots de gnosticisme et de mythologie. On verra plus tard que, bien comprise, la doctrine anselmienne, comme la foi catholique dont elle est l'expression, est indemne de ces défauts. Mais elle ne représente pas pour autant la théologie authentique de l'Eglise. Dès son temps, les théologiens avisés lirent des réserves: aujourd'hui plus que jamais, cette œuvre, à tant d'égards excellente, nous apparaît avec de sérieuses imperfections : il en coûte d'autant moins de le reconnaître que la scolastique postérieure les a soigneusement amendées.

Saint Anselme accorde trop à la dialectique : bien que l'Écriture et saint Augustin soient à la base de

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