‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 30 sur 183 · Cur Df'Us Ji<r,)tn, II, <J: col · texte numérisé non relu

Cur Df'Us Ji<r,)tn, II, <J: col

'1. Voir surtout Maunack, t. ni. p. 3(n-'iT4 et G. i'-. Folf.y, Anseliiis U'eorij of thr At.n7icv>enl, Londres, \[)W, p. 143-10*.

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1. Pour l'apologie de saint Anselme sur ce point, vuir B. Doeriiolt, op. cit., p. !20O--211 et 2M5--268. dont les conclusions turent discutées l»ar F. Stentrup, dans Zeitschrift fur katholisc/ie Théologie, XVI (189-2j, p. 6r>3-G0:2. Des essais nouveaux ont étë tentés par B. Finke. op. cit., p. l-i'S-ieOet L. Heinricus. Die Gcnvgtuv.ngstheorie des hl. Anselm von Canterbury, Paderborn. li»Ol>, p. -23-104. Pour l'exposé et la discusvsion, voir notre étude dans le Bvlletin de littérature ecclésiastique, 010, p. 3-5S.

102 REVELATlOxX DU MYSTÈRE.

il niait toute puissance du démon sur Thumanité déchue. Plus encore, s'attaquant aux fondements même du dogme, il se demandait en quoi la mort du Christ pouvait bien plaire à Dieu et contribuer à notre salut. Négligeant la doctrine traditionnelle, faute sans doute d'en avoir réalisé le sens, il ne voyait à cette question d'autre réponse que celle-ci : la croix nous sauve parce quelle est une œuvre d'amour, qui excite à son tour le nôtre et par là nous fait obtenir le pardon de nos pf'^chés'. C'était du pur rationalisme, et les historiens modernes qui décernent leurs éloges à cette doctrine ne s'y trompent pas plus que les croyants du xii'' siècle qui s'en alarmèrent.

Saint Bernard, en effet, averti par Guillaume de Saint-Thierry, dénonça par une lettre véhémente les erreurs de l'écolâtre parisien, en les accompagnant d'une réfutation sommaire^. Le résultat fut la condamnation et la rétractation d'Abélard, l'une et l'autre moins précises qu'on n'aurait pu le croire. A tout prendre, si la foi traditionnelle n'a rien perdu, la théologie a peu gagné dans cette controverse.

Mais, à côté, des maîtres patients et modestes reprenaient Tœuvre interrompue d'élaboration. Tandis que Pierre Lombard s'en tenait encore aux formules de saint Augustin, l'école de Saint-Victor adoptait franchement la théorie de saint Anselme, que l'on voit en même temps s'insinuer un peu partout dans les traités théologiques et les commentaires de la Bible. Le système de la satisfaction était ainsi la doctrina recepta dans les écoles du xii*" siècle : Alexandre de Halès n'eut qu'à l'y recueillir, pour la transmettre aux grands maîtres du xiii^ qui Tout

I. An\i;r.AHD., la linm., lib. U.c. m; P. L., CLXXVJll, col. 8;i.) Siti. ri. Epilome theol. rhrisl.,^2'i\ roi. 1730-1731.

"1, BERNAnn., ConlVfi errore.^ Ahaelardi, \, il-i\, ii'i: P. L., CIAWII, roi. 1062-1072.

i)i:vi:L()i'nMi;M lusioiug; i-: i)i<: i,a dociiunk. \o'4

incorporée dans huirs Siiniufcs. Depuis, Tidée (;t le l,ormc sont dpvcnus insép.ii'.iMcs de la foi catlioliqucj au do<4ine d<' la Hédtîniplion.

(]li(Mnin faisant, les défauts du système anselmien (irimitif s'étaient amendés. l/Keriture (*t les Pères ajoutaient aux ar^^umenls ratinnncds TautoriU* positive de la iM'vélation. Mais cm se ^^ardait de Iroj) eonelure : là où saint Anselme voulait rX croyait établir une véritabhi nécessit(^ la tliéoIogi(; du xru siècle ne parl(^ plus qu(î de convenance, sauve<^ardant ainsi le bienfait divin sans détruire les harmonies de la foi. Au lieu d'apparaître comme un acte solitaire, la mort du Clirist est au terme d'une carrière d'obéissance et de sacrifice, dont elle parachève seulement le mérite. Ce mérite est d'ailleurs le nôtre, parce (jue Dieu a constitué le Christ chef du genre humain et que, par suite de cette surnaturelle solidarité, nous sommes associés à tous ses actes. Et personne ne voudrait nier l'importance de ces modifications ; mais il n'en est pas moins certain que, pour ce qui est essentiel, c'est-à-dire les notions de péché et de satisfaction, la nature et la raison d'être de l'œuvre rédemptrice, la théologie de saint Bonaventure et de saint Thomas est demeurée tributaire de saint Anselme. C'est par son intermédiaire que le moyen âge a continué la tradition patristique ' .

On a beaucoup vanté l'originalité de saint Anselme, et souvent ce serait de façon à lui en faire plutôt un grief. Qu'il ait analysé mieux que personne l'essence du péché et les exigences de sa réparation, qu'il ait constitué la théologie rédemptrice autour du concept moral de satisfaction, ceci demeure son mérite incontestable. Mais il ne faisait par là que

1. Surla tlK'oIogie de la Rédemption au moyen âge, voir J. G<niscmcK, dans Zeitsdirift l'Or Kirchengeschichte, 1901, p. 378-439; lîXJ-i, p. 3.N-G8, loi --2-23, 3-21 .{Tr»: lf)03, p. l.S-'^»;, 108-232.

lOi REVELATION DU MYSTÈRE.

reprendre, en les accusant davantage et les organisant en synthèse, des idées aussi anciennes que le cliristianisme. Le terme de satisfaction ne servait qu'à mieux dégager le contenu réel des vieilles notions de rançon et de mort propitiatrice ; le cadre même du Cnf Deus Homo se moule, mais avec autremont de vigueur et de consistance, sur le schéma construit par les Pères autour de la substitution pénale ou du sacrifice expiatoire. Et si Ion doit parler de développement, il faut entendre que c'est un cas assez rare de développement autonome, aboutissant par le seul effort de la pensée chrétienne, sans la menace de Fhérésie ni le choc de la controverse, à une précision plus exacte, à une intelligence plus ample et plus méthodique des données traditionnelles '.

Voilà dans quel sens et pourquoi la théologie catholique admet encore le système de la satisfaction, tandis que TKglise s'en est servie peu à peu pour exprimer la divine révélation dont elle a le dépôt.

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