Conc, Trid., sess. VI, 7, Df.>'/inger, n
-2. Ibid., sess. XIX, 8 et can. 1-2, Denzinger, n"' 904, 905, 9-22.
qu'à ce jour ou qu'ils devaient commettre dans la suite jusqu'à la fin des siècles. Car, dans sa passion et sa mort, ce que le Fils de Dieu notre Sauveur avait en vue, c'était de racheter et détruire les péchés de tous les âges, d'offrir pour eux à son Père une satisfaction pleine et abondante ' .
Quelques pages plus loin, voici comment sont présentés, avec textes scripturaires à l'appui, les bienfaits de la mort du Sauveur.
D'abord la Passion nous a délivrés du péché...; puis elle nous a arrachés à la tyrannie du démon... De plus, elle a payé la peine due à nos péchés. Mais aussi, comme il n'était pas de sacrifice plus agréable qu'on pût offrir à Dieu, elle nous a réconciliés avec le Père; elle nous l'a rendu propice et favorable. Enfin, en enlevant nos péchés, elle nous a ouvert rentrée du ciel fermée par le commun péché du genre humain..,. Ces biens immenses et vraiment divins découlent de la Passion du Sauveur, d'abord parce que cette mort est une satisfaction entière et de tous points parfaite^ que Jésus-Christ a payée d'une admirable manière à Dieu le Père pour nos péchés. En effet, le prix qu'il a payé pour nous n'était pas seulement égal à nos dettes, mais il les dépassait de beaucoup. Ce fut aussi un sacrifice très agréable à Dieu : aussitôt que son Fils le lui eut offert sur l'autel de la croix, il apaisa complètement la colère et l'indignation du Père... C'était enfin une rançon^...
De ces diverses conceptions appliquées à la mort du Sauveur, c'est Fidée de satisfaction qui domine. C'est pourquoi le Catéchisme juge opportun d'en bien préciser la nature.
Par satisfaction en général, il faut entendre le paiemont intégral d'une dette : qui dit assez suppose que
4. Catcch. Rom., c. v, *{, édition Doney, Paris, 183"!, t. I. p. 102-103. 2. Ibid., n, p. 107-109.
KNSEir.NKMKNTS DU MAiUSTKKK lOCCLKSIASTigiii: 115
ri(Mi ih' iii;m(jue. Lors donc (ju'il s'agit (i(î rrconcJli.ition. saiisrairii si-nilic doiuicr h ((ii(d(|u'uri (;xa('l(îiiieiit ce qui siillit à son cœur irrite j)our ven^^er rinjurc qu'on lui a fait(\ et la satistaclion n'est donc pas jiutrci chose (ju(; la con)p(Misati()n de Tinjure laite à autrui... (^(îst p()ur(|Uoi les docteurs de l'i^Kli^e ont donné ce nom à cette .sorte de réparation par laquelle Tlionnue ofl're à Dieu (juelque chose pour l(\s péchés qu'il a commis.. . La j)remièr(; et la plus émimuite, [)ar hupudle toute la dette de nos pécliés a été largement payée à Dieu, alors même qu'il voudrait exercer à notre é.trard les droits souverains de la justice, celle qui a apaisé Dieu et nous Ta rendu favorahle, nous en sommes redevables au Christ notre Seigneur, qui a payé sur la croix le prix de nos péchés et satisfait à Dieu en tout(^ plénitude. En elVet, aucune créature n'avait assez de valeur })our nous déchargei- d'une si lourde dette... Mais la satisfaction du Chi'ist est pleine et abondante; elle correspond avec une parfaite égalité au compte de tous les péchés commis dans le monde; elle donne une valeur devant Dieu aux actions des liommes, qui. sans elle, resteraient entièrement dénuées de tout mérite ^
Cet exposé du Catéchisme romain prouve à tout le moins quelle place la doctrine de la satisfaction tenait dans l'enseignement de la théologie et montre dans quel sens il faut entendre les allusions passagères que le concile de Trente emprunte à la terminologie reçue.
Mais rÉglise n'avait pas à défendre une doctrine que tout le monde admettait. Bien loin de la nier, les protestants l'exagéraient pour y appuyer leur système de la justification. Seuls les Sociniens se posaient en adversaires; néanmoins, sans doute parce qu'ils menaçaient plutôt la Réforme, l'Eglise n'a pas jugé à propos d'infliger à leurs erreurs une censure doctrinale. C'est pourquoi la grande crise
i. Cat.cch. Rom. y c. xxiv, i, p. 517-518.
ll»i REVELATION DV MYSTERE.
du protestantisme n'a pas encore amené de définition.
Au cours du xix^ siècle, le mystère de la Rédemption devait être contesté, comme tous les autres, par le rationalisme incrédule, tandis que la théologie d'Hermès ménageait à ces critiques, jusque dans le sein de TEglise, de pernicieuses infiltrations. Pour ce motif, le concile du Vatican avait mis à son programme de proclamer et définir la foi catholique en cette matière.
Un premier projet de Doctrina Catholica fut soumis aux Pères du concile le 10 décembre 1869, dans lequel un chapitre spécial traitait de la personne du Verbe incarné et de la satisfaction offerte pour nous par Notre-Seigneur Jésus-Christ. A oici en quels termes l'œuvre rédemptrice se trouve reliée au dogme de l'unité de personne.
Tout comme le Fils de Dieu, même dans sa nature humaine, n'a pu commettre de péché, ainsi les actes libres par lesquels Jésus-Christ, durant sa vie mortelle, s'est offert à la mort parce qu'il l'a voulu empruntaient à la dignité de la personne divine leur valeur de satisfaction et de mérite. Mais cette satisfaction pour les péchés (lu monde, ce mérite pour la rédemption de l'humanité déchue, le Fils de Dieu les a réalisés selon sa nature humaine par sa passion et sa mort sur l'autel de la croix.
Suit un tissu des principaux textes scripturaires où cette doctrine est affirmée, et le tout est conclu par la condamnation suivante :
Nous réprouvons comme professant une doctrine hérétique quiconque dirait que ce n'est pas Dieu le Verbe
KNSKK.NKMKNTS 1)11 MA(.ISTKKK IXMXKSIASTIQÏK. 117
lui incinc ))<'ii' sa ii.itiii'c hniii.iiiir (jiii a vi'aiiiient Hatisfait |)oiir nous à Dieu (>nViis('' et (jiii a im'Titc'; pour nous par sa, j);ission (;t sa mort, ou encore^ <juicon(jU(^ os(îrait alliruuu' que; cette satisfdcUo virarin d'un seul nH-diaicui' pour tous répu^iKî à la justice divine'.
Là-dessus les llié()lo<j;'ions du concilo lirent observer que cet article avait l)esoin d'une exposition plus claire, dont ils précisent quehjues j)oints''^.
Celui qui a satislait ci mérité, (^'(^st W Fils de Dieu lui-même dans sa j)orsonno divine;; mais il a satisfait et mérité })ar l(\s i'ouctions de sa nature humaine. Et quoique chacune des (cuvres méritoires du Christ eut été sulïisante par sa valeur intrinsèque pour racheter le i;enre humain, cependant, (ra])rès la volonté liumaine du Christ qui les a otïertes et aussi d'après la volonté divine qui en a réglé Tacceptation, c'est par sa mort sur la croix qu'a été consommée la satisfaction et la rédemption... Expliquons cette satisfactio vicaria^ c'est-à-dire fournie à notn^ place. Le Christ immaculé n'a pas reçu en lui nos péchés formellement, d n'a même pas pu les recevoir de telle sorte qu'ils fussent siens. Par conséquent, le Christ homme n'a pas davantage été puni, dans le sens où peine signifie proprement le mal infligé à un coupable pour venger la faute par lui commise. Mais le Christ lui-même dans sa volonté humaine s'est constitué caution devant Dieu offensé, aiin de satisfaire pour la faute et la peine de tout le genre humain. Si donc sous le nom de peine on entend une satisfaction laborieuse pour les péchés des hommes, dont le Christ s'était constitué clief et caution, on peut dire qu'il a subi des peines pour nous et à notre place. Dans ce sens il est dit, en des passages presque innombrables de l'Écriture, que Dieu a posé sur le Christ nos fautes et nos iniquités, qu'il l'a
'. Primuni schéma const. de Doctrina cathoUca, c. xiv, dans Collectio Lacencis, Fribourg-en-Brisgau, 1890, t. VII, col. Mo.
"1. Ibid., Adii. 33 et3i, col. 543-544 : « Paulo distinctiori expositione opus esse videbatur in doctrina de Christi Domini satisfactione. »
t'ait lui-même péché, c'est-à-dire victime pour Texpiation du péché.
Parce que le véritable concept de la satisfaction et de la rédemption est perverti, non seulement par Timpiété, mais aussi par l'ignorance de quelques-uns, ils osent affirmer que la notion de satisfaciio vicaria comporte que l'innocent soit puni pour les coupables contre toute justice. Contre ces diverses erreurs il faut bien expliquer la doctrine catholique, d'après laquelle nous professons que cet acte par lequel Dieu a livré son Fils pour nous révèle une justice infinie non moins qu'une miséricorde infinie à notre égard... En suite de cette doctrine, il faut condamner comme autant d'hérésies les opinions suivantes : par rapport à la personne, quiconque nie que le ^'erbe de Dieu lui-même ait satisfait par sa nature humaine ; par rapport au caractère intime de cette satisfaction, quiconque nie que le Christ ait vraiment satisfait et mérité pour nous ; par rapport au mode de satisfaction, quiconque nie que la passion et la mort aient été ordonnées en vue de satisfaire et mériter pour nous; par rapport à l'accusation portée contre une doctrine de foi, quiconque dirait que cette satisfactio vicaria d'un seul médiateur pour tous répugne à la justice divine.
De ces longues observations, si sagement présentées par les théologiens du concile, il ressort une fois de plus ce double souci qui anime toujours l'Eglise : maintenir Tintégrité de la doctrine, mais aussi la protéger contre les fausses interprétations qui la défigurent. Serait-il téméraire de recommander la môme réserve à tous les apologistes de la satisfaction rédemptrice? C'est ce que la suite de ce travail pourra peut-être montrer.
A la suite de ces remarques, un nouveau projet sur les mystères de la foi fut soumis aux délibérations conciliaires. Le passage qui concerne la Rédemption est ainsi conçu :
K.NSKic.NiCMiONTs 1)11 MA(;iSTi':nK kc(;ijcsiahtiqi;k. u»
l)i(Ml a t(;ilrlii(;iit Aïiiir le liioinlr ({irii a (iollIK' sul\
Vï\h uiii(|iir (Ml victiiiH' ot (jn'il a fait \)v,c\\(' pour nous col ni (pli !!(' connaissait pas le jx'ché... ('ar U*. ('hrist Jésus, nicdiatcur entre DieJi et les lioninicK, en mourant lui seul |)()nr tous, a satisfait à la Justice divine j)Our nous... C(;ttc vertu de. satisfaiie pnur les péchés d(; tous et (le nous mériter la grâce provenait à la pîiSHion du H(Hl(Mnpteur du fait cpie ses ac'tes humains tiraient leur valeur et leur dignité d(* la personne divine qui opérait par la natun» humaine... .\utant donc, à notre époque, des maitres mentiuirs (!t impies, dont les Apôtres ont prédit ravènement, veulent diminuer la gloire de celui (pli nous a rachetés, autant nous devons mettre de soin à exalt(»r sa graïuhnir et révérer sa majesté.
Chacune de ces aHirniations est appuyée de textes scripturaires appropriés, tant ri^g-lise se préoccupe d'établir une corrélation entre les formules plus simples où s'est d'abord coulée la révélation et les termes techniques qu'elle juge à propos d'adopter pour en traduire le contenu. Une note théologique précise encore, comme en une sorte de commentaire, le sens de la satisfactio ^icdria :
Le Christ, établi Pontife par Dieu, s'est immolé luimême pour notre rédemption : et ce qui fait la vertu de ce sacrifice, c'est la salis factio vicaria qu'il réalise. Comme Adam, en effet, Jésus-Christ, établi par la volonté divine chef du genre humain, a tenu notre place devant Dieu : aussi, de même que le péclié d'Adam était le péché du genre humain, ainsi Toblation volontaire du Christ était une satisfaction fournie par toute l'humanité ^
Ainsi soigneusement expliquée, la doctrine était enfin formulée en deux canons.
Si quelqu'un osait dire que la satis factio vicaria, c'est-
l. Schéma const. de pnvcipuis mysteriis fdei, c. iv. 7-8: ibf'd., col.
à-dire le fait qu'un seul médiateur soit substitué à tous les hommes, répugne à la justice divine, qu'il soit anathème. Si quelqu'un ne reconnaît pas que Dieu le Verbe lui-même, en souffrant et mourant dans la chair assumée par Lui, a pu satisfaire à Dieu pour nos péchés, ou bien qu'il a offert une satisfaction véritable et proprem.ent dite, qu'il nous a mérité la grâce et la gloire, qu'il soit anathème'.
Si cette constitution et les canons qui la terminent avaient été promulgués parle concile, nous aurions la définition formelle et une explication autorisée de la satisfactio vicaria. On sait que la brusque interruption de l'assemblée conciliaire n'a pas laissé le temps de discuter ce nouveau décret. Il nous a paru bon cependant de le rapporter en entier. Non pas qu'on puisse reconnaître une valeur ofiîcielle à un document de celte nature ; mais il montre bien où est la pensée de l'Eglise et donne une forme plus précise à une doctrine déjà largement enseignée par le magistère ordinaire. A ce titre, le schéma préparé par le concile du Vatican doit être connu et médité par le théologien qui veut présenter exactement la conception catholique de la Rédemption.
Faut-il maintenant synthétiser cet enseignement de l'Eglise, où notre foi reconnaît une promulgation authentique de la révélation?
Une affirmation générale en ressort, qui s'exprime
1. « si quis affirmare pra^sumpserit satisfactioneni vicariam, unius scilicel medialoris pro cunctis honiinihiis, iustiti;c(liviiiairepugnare, A. S.
« Si quis non confiteatur ipsum Dcuni Vcrbum, in assumpta carne patiendo et nioiicndo, pro peccaiis nostris Deo potuisse satisfacere, vel vere et proprie satislocissc, A. S. » Can. 5 et H; ibid., coL ^(iti.
ECSSKU'.NKMIOINTS DU MACISTIJU-: l.crLKSiASTlOl !•: \n
dans les drclaralioiis soiiiinaircs «les viriix syniUolos coinino dans U;s lurinnles |)liis (explicites des documents ]>ost(''rieurs : c'est que la mort du Sauveur est ordonnées ])ai' la sagesses diviiu; en vue de la réparation de nos péchés; c'(^st rpTrlh; a, de ccî chef, aux yeux de Dieu, une valeur délinilive et absolue. Mort pour nos pc'chés, le (Christ nous en ohti^mt la rémission; cl notre salut, <pii l'ut rohjct <le la Passion, en est aussi le IVuit assui'<î. Dès lors, doit être exclue do la loi catholiijue toute conception cpii n'accorderait à la mort du Sauveur qu'une ellicacité purement subjective. Si nous sommes sauvés par la croix du liédcMnpteur, ce n'est pas seulement par les bons mouvements (ju'elle nous peut inspirer; l'Eglise entend que, même en dehors de nous, elle a sa place spéciale et sa valeur propre dans l'ensemble du plan divin.
Pour traduire cette surnaturelle eflicacité, Th^glise n'a formulé aucune délinition proprement dogmatique; mais dans son langage elle a reçu d'abord les expressions scripturaires de rançon et de sacrifice, plus tard le terme scolastique de satisfaction. Kt celui-ci, qui ne faisait d'abord que se glisser à côté des précédents comme une espèce de synonyme, finit bientôt par les dominer — sans d'ailleurs les évincer entièrement — jusque-là que le schéma du Vatican en faisait Taxe de la délinition projetée contre le rationalisme moderne.
D'où l'équivoque et l'erreur — du reste fort tendancieuses — d'Auguste Sabatier, lorsqu'il écrit : (( Aucune théorie de l'expiation n'est devenue, dans aucune Église, un article de foi. La doctrine est flottante, et la discussion reste ouverte et libre ^ » Dans rÉglise catholique, à défaut du magistère extraor-