LA REDEMPTION DEVANT LA RAISON
Une fois établi sur l'autorité de la révélation et de rÉglise qui en est l'interprète, le dogme de la Rédemption ne doit-il pas, au moins dans une certaine mesure, recevoir le contrôle de la raison? S'il est des mystères qui transportent l'àme croyante dans un domaine tellement insondable et transcendant que sa seule attitude paraît devoir être celle d'une humble soumission, d'autres entretiennent avec ses connaissances naturelles des points de contact qui semblent permettre, peut-être même exiger, une certaine confrontation. Ne peut-on pas estimer que ce soit ici le cas?
En eiîet. les éléments qui entrent en ligne de compte appartiennent à l'ordre rationnel : Dieu, l'âme et leurs mutuels rapports, le péché, ses conséquences et les lois de sa réparation, sont autant de vérités familières à tous; et voilà la porte ouverte aux spéculations de la métaphysique. Non moins grande et plus conforme aux tendances modernes est la part de l'expérience. La Rédemption ayant, par hypothèse, modifié les relations entre Dieu et
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les t\mcs, p()urrail-rll(î ne pas iivoir sa rrpnrcussiori prali(|U(' sur ('(îlhis-ciy ( )n |)('iit donc caresser Tcspoir (1 on rolrouvcr la trac(^ pour ainsi dire exp(;riincntal(; au plus intime de la conscience : sous foi-m*; d»' fait, quand elh^ est accomplie; sous lornu; de besoin, quand elle fait défaut, (lertain pi'a^^matisnn; ferait volontiei'S de celtcî systématisai ion de l'expcTience religi(Mise le but de toute la tliéolo^^ie et le critérium même de la foi, témoin c(;s paroles caractéristiques d'Alexandre \ inel :
Los vérités de rr]vant!:ile ne sont ])as des vérités parce que l)i(Ui les a dites, mais plutôt Dieu les a dites parce (jue ce sont des vérités. Si elles sont vi'aies, (41es sont humaines; et. comme t(»lles, elles doivent trouver leur confirmation dans tous les éléments essentiels de notre nature et dans toutes les parties de notre expérience. Cette confirmation est pour plusieurs la meilleure et la seule preuve de la vérité de rKvaniiile; et (piant aux autres, leur croyance peut bien être exacte et complète, mais leur foi n'est ni personnelle ni vivante, elle est incapable de devenir le principe de leur vie intérieure tant qu'elle n'a pas reçu cette confirmation de la conscience ' .
Qui s'étonnerait que les résultats de cette méthode subjective, préconisée par les théoriciens radicaux de la Réforme, aient été fort divergents? Les uns, comme il devait arriver, ont consulté leur conscience et leur raison sans y découvrir le moindre vestige de rœuvre rédemptrice; plusieurs, au contraire, y ont trouvé d'invincibles répugnances. Aussi le plus clair résultat de la critique rationnelle a-t-il été d'accumuler les objections contre le dogme traditionnel, qu'on a trouvé inutile, absurde et cruel,
1. Cité dans W. Monud, Les bases psychologiques du dogme de la Rédemption, Monlauban, 1891, p. lO-il.
indigne tout à la fois de Dieu et de Tâme chrétienne. D'autres, en revanche, ont cru que la Rédemption enseignée par l'Écriture était rationnellement démontrable, soit comme la conclusion de principes certains, soit comme la seule explication possible de faits incontestables. C'est d'ailleurs une question de savoir si ces prétendues démonstrations, non moins que les critiques des adversaires, ne font pas, au préalable, subir au mystère des transformations qui le dénaturent.
Entre ces deux extrêmes d'un même rationalisme, la théologie catholique s'en tient aux principes posés par saint Thomas ^ : la raison ne saurait démontrer par ses seules forces les mystères de la foi; mais, une fois éclairée par la révélation, elle peut en montrer la possibilité et même y découvrir une certaine convenance. Autrement dit, la raison a une fonction apologétique, non une valeur doctrinale. Quels que soient de part et d'autre les illusions et les préjugés, nous ne saurions lui reconnaître d'autre rôle en matière de Rédemption; aussi bien cette mission lui suffît-elle, à condition d'en bien user.
Pour asseoir la démonstration rationnelle de la Rédemption, on s'est longtemps appuyé sur la métaphysique des attributs divins.
Un des premiers, et d'ailleurs avec une rare puissance, saint Anselme a introduit dans la théologie ce genre de spéculations. Nous avons résumé plus haut la trame doctrinale du Cur Deus howo. où l'on