Voir Sumyna contro Genfes, I
LA UKDKMl'TION DKVAM \.\ HAISON. \?J
a ])U voir que UcuJcîinptioii, salisfaction, Incarnation s'(închaîneiit connine les corollaires ri<;-oureux (Je ce pi'incijx^ : (juo Dieu doit sauve «i^arder, à 1 encontre du j)éclie, les droits de son honneur. Le mènn^ schéma diahM^tique fut applique'' par la do»^^ma tique protestante à 1 idc'e de justice vindicative. Telle est la justice de Dieii qu'elle ne j)eut laisser le mal impuni : or sa miséricoide le pousse à pardonner les pécheurs: donc leur châtiment devra être intlijj^é à la personne de leur suhstitut. Ce substitut ne peut d'ailleurs être un autre que rilomme-Dieu, parce que les peines d un homme ordinaire ou d'une créature quelconque ne sauraient jamais être équivalentes au châtiment de tous les pécheurs.
Dans l'un et l'autre cas, c'est le triomphe de la méthode a prion) qui prétend établir le fondement du mystère sur les exigences intimes de l'être divin. Comment douter que la Rédemption soit réelle, si elle est démontrée rationnellement nécessaire y
Et c'est précisément de ce triomphe trop complet que s'est efîrayée la théologie catholique : elle n'a pas consenti, sous prétexte de dialectique, à supprimer la part de l'amour divin dans l'œuvre rédemptrice. Mise en éveil par les susceptibilités légitimes de sa foi, elle n'a pas manqué d'apercevoir le point faible des argumentations précédentes, et que l'enohainement en est moins irrésistible que leurs auteurs ne voulaient se le persuader. Quoique le plan divin ait sa raison d'être, qui sera étudiée plus tard, elle enseigne unanimement que Dieu n'était pas tenu d'assurer à son honneur une satisfaction complète et que l'homme était capable d'offrir à son créateur quelque réparation, dont celui-ci aurait pu se contenter. Bien moins encore le châtiment a-t-il lieu de s'exercer après le repentir du coupable ou après une médiation réconciliatrice : l'orthodoxie protestante
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elle-même abandonne de plus en plus une notion aussi grossièrement mécanique de la justice. Aussi bien cette intrépidité dans la déduction, qui distingue le Cur DeuH homo et les œuvres similaires, est-elle la marque d'un autre âge : où sont aujourd'hui les théologiens qui auraient assez de confiance en leur dialectique pour entreprendre de pareilles prouesses ?
Mais, s'il est sobre de métaphysique, notre âge en retour est fervent d'expérience, et l'on parle volontiers d' « expérience religieuse ». Sur ce terrain plus accessible, quelques théologiens ont voulu restaurer l'antique démonstration. A cette fin, on développe deux considérations complémentaires : d'une part, le poids immense du péché qui écrase toute conscience d'homme; de l'autre, le fait que l'âme s'en trouve soulagée grâce au christianisme et au mystère de la croix. Nous aurions ainsi la preuve et la contre-épreuve : le besoin douloureux de l'âme humaine, la paix bienfaisante de l'âme chrétienne sont deux faits d'expérience, qui requièrent l'un et l'autre, comme cause nécessaire et suffisante, la réalité de notre Rédemption en Jésus-Christ. Et que cette expérience soit d'ordre tout spirituel, c'est-à-dire sensible seulement aux consciences délicates, n'est pas une circonstance qui en doive diminuer la valeur : ce serait le cas d'évoquer les trois mondes distingués par Pascal.
On trouverait sans doute chez des catholiques quelques développements de ce genre ; mais cet appel à l'expérience subjective demeure le thème favori de la dogmatique protestante. En voici, d'après une thèse de Strasbourg, le schéma pour ainsi dire classique.
La conscience naturelle de tout lioinme. surtout la conscience éclairée et éveillée par la loi divine, reconnaît sa culpabilité. Nous nous sentons sous le poids de notre
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coul|)(* vis-à-vis d'un D'um juste ci vcn^^cuir, <|ui, dans l;i mesure de u<>s péchés, nous fîiit n^ssciitir sa saiiittî (;olùrc. C(* courroux de Dieu s'impose à riiommc malgré lui, })ar l'organe de sa conscience : dès (ju'il reconnaît ses ])cclics, il reconnaît à la fois la légitimité de la colère de Dieu et sent sa i)roj)ro incapacité de s'y soustraire. Mais à coté du sentiment irrésistible de sa culpabilité, il trouve au fond (le cette même cons(nence ({ui l'accuscî un désir profond, une aspiration intime vers la délivrance qu'il attiMid de la ])art même de ce Dieu qui le condamne. La conscienci^ chrétienne ou régénérée se sait et se sent délivrée de sa coulpe et du courroux de Dieu par la médiation du Christ '.
Les moralistes et mystiques de la Réforme, comme Guizot et Vinet, ont souvent parlé de ce besoin instinctif et jamais assouvi d'expiation, qui se trouve au fond de tout homme qui prend conscience de son péché. Après eux, les théologiens ont mis en thèses ces intuitions du cœur. Non moins que l'autorité de la Bible, F. Bonifas veut opposer à Schleiermacher celle de la conscience.
La conscience, en effet, est une révélation, comme la Bible ; c'est la lumière primitive qui éclaire toute âme d'homme, et que les ténèbres de l'ignorance et du péché n'ont pu parvenir à éteindre... Quel est donc le témoignage de la conscience sur le sujet qui nous occupe? Si nous voulons sonder jusqu'au fond notre propre cœur, nous y trouvons le sentiment d'une loi divine que nous avons violée et qui ne saurait se passer de sanction... Aussi trouvons-nous en nous, à côté d'un impérieux besoin de pardon, le sentiment que le pardon est impossible ; que la justice divine doit être satisfaite et qu'elle exige une réparation. Nous sentons que le repentir même
1. A. Hamm, Essai sur la satisfaction vicaire, Strasbourg, 1804, p. 5. Telle est la tlièse générale dont les pages suivantes esquissent le développement, p. 5-9.
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ne saurait suffire, et que l'homme qui se repent n'est pas certain pour cela d'être pardonné. « C'est l'instinct moral de l'homme, a dit récemment un écrivain illustre, que le repentir ne suffit pas à la faute, et qu'elle doit être expiée. Pour réparer, il faut soutFrir )>... A ce double sentiment vient s'en joindre un autre : c'est que l'expiation ne saurait être offerte par les coupables eux-mêmes, et qu'il faut à la justice divine des victimes innocentes... Or je ne crois pas que le ^enre humain consente jamais à ne voir dans les besoins les plus profonds de la conscience morale que de pures illusions et de vaines chimères. C'est à ces besoins de la conscience que vient répondre, au contraire la rédemption telle qu'elle nous est présentée dans les Ecritures ^
Cette doctrine est reproduite dans la petite thèse de M. J. Bastide, qui invoque à son appui le passage suivant de Vinet : ^
Le plus noble et le plus profond des besoins de l'homme, c'est la satisfaction de la loi morale, de cette loi qui est Dieu même manifesté à la conscience. Aussi, après avoir enfreint cette loi, il naît en nous un besoin, celui d'une réparation quelconque. Je dis à dessein réparation^ je ne dis pas pardon : la conscience ne saurait demander à qui que ce soit un pardon qu'elle se refuse : et quand le pardon du législateur lui serait annoncé, j'entends un pardon pur et simple, elle n'y croirait pas, elle ne s'y reposerait point, elle ne le ratifierait point : forcément implacable envers elle-même, elle continuerait à venger, dans son intérieur, la loi (pii renonce à se venger... Elle ne peut se satisfaire aux dépens delà loi... : de là, pour elle, l'indispensable nécessité que toute réhabilitation qu'on pourra lui offrir renferme la réparation du désordre dont elle se sent à la fois complice et victime. Victime ! elle l'est sans doute ; mais c'est parce qu'elle
I. F. RoMFAS, La doctrinn de la Rédemption dans ISchlcier mâcher^ l»aris, 1865, p. i3?M41. L' • écrivain illustre «> cité par l'auteur n'est autre que Guizol, Méditations sur l'essence de la relifjion chrétiome^ t. }, p. 80.
LA kI':i)i:mi»ti()N diovant la UAISON. !.;i
ne l'est point assez, c'est parce (prelU' ne sulTit |)as an sacrifice, c'est parce que toutes ks réparations qu'elle olTreî et (ju'elh^ eonsoinnie n'épuiscînt (jiie ses forces et n'épuis(»nt pas son mal, c'est à cause de cela <|ue son tourment s'accroit '. »
Avec plus ele ri<4iuMir encore et dautorité, M. la professeur ('liarles Hois a systématisé cette doctrine dans une étude sur u la nécessité de l'expiation », souvent citée parles tliéolo<T;'iens postérieurs ''^. Lui aussi, il tient (|ue « la conscience morale, critère cA source de vérité, constitue l'autorité première et suprême » ; mais il croit, à Tencontre de tous les rationalistes, « que non seulement elle accepte ce grand fait [de l'expiation par Jésus-Christ], mais qu'elle le réclame » ^. Voici donc de quelle manière il en exploite les données.
Tout homme se sent invinciblement prisonnier de Tégoïsme, jusqu'à ce que Tamour de Dieu domine toutes ses affections; mais en même temps, il sent que cet égoïsme même est une faute qui l'empêche de s'approcher de Dieu.
Que cet égoïste qui n'aime que soi, ou qui aime tout excepté Dieu, aime Dieu, voilà le secret qui garantit le relèvement moral et religieux de Fhomme. Mais plus je me fais du caractère moral de Dieu une idée digne de l'Être infiniment parfait, plus je le vois s'éloigner de moi et me repousser. Je suis pécheur et coupable: c'est un sentiment de crainte qu'éveille en moi la pensée de ce Dieu saint et bon, dont j'ai violé, dont je viole tous les jours la loi... Ainsi. Tobstacie premier à ma régénération morale, c'est ce sentiment de coulpe, sans lequel pourtant je n'aurais pas l'idée d'entreprendre ma régénération'»^
1. J. Bastide, Exposition du dogme de la Rédemption (thèse de Montauban), Toulouse, 1869, p. 25-20.
2. Dans la Revue théologique (de Montauban), 1888, p. î)7-ll7.