‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 40 sur 183 · Ihid., p · texte numérisé non relu

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LA HICDKMPTION DKVAM' l,A KAISON. \X\

pardon apporh* |>.ii- .l('\sus-( llirisl iM'poiid ;i ces postulats. Mais voilà <pin, dans rctahlisscrnrnt dr cette dr^iionstration, il ahandoniuî l(^ domain*' d<' la conscic^nce UKn-alo pour se [)laci'r sur h.' terrain |)ositif drs hlcritures * : tant il est vrai qu'il est toujours dillicile de suivre un système jusqu'aii IxmiI! ()ii pouri-ait concevoir unc^ application inté^^rale de la UKithode subjective, et d'autres, (m tous cas, l'ont poursuivie d'une manière plus complète : d(5 même qu(.' la conscience révèle la nécessité d'une exj)iatiori, ne suffi telle pas, micHix (pie toute* autre aulorit('', à nous en faire sentir la réalisation dans le drame du (Calvaire? « Je me suis assis au pied de la croix, écrit un auteur récent; j'y suis resté. J'y ai ^^oùté, non pas seulement l'amertume des souffrances humaines, mais l'espérance et la consolation. Je n'ai pas voulu faire autre chose que faire goûter celles-ci à dautres'-. » Quel que soit l'intérêt de ces analyses, et sans vouloir leur dénier toute force, une observation suffit à en réduire la valeur probante. C'est que la conscience dont nos théologiens exploitent les données prétendues expérimentales est une conscience déjà christianisée. Dès lors, les faits psychologiques dont on veut tirer argument, fussent-ils incontestables, ne risquent-ils pas d'envelopper bien des éléments fournis par le dogme lui-même ? Au lieu d'une induction purement rationnelle, on nous sert donc un raisonnement à base de foi, et la preuve est ainsi faussée par une pétition de principe; car il s'agit précisément de savoir si les prémisses sur lesquelles on

1. Les dernières lignes ramènent seules, mais par voie de conclusion logique, le principe expérimental du début : « U ne faut pas s'étonner que la prédication de la croix ait. dans tous les siècles et chez tous les peuples, remué et transformé les âmes, qu'elle ait été la grande puissance de réveil et de régénération » (p. 117).

2. Jules GiNDRAix, La Philosophie de la Croix, Genève. 1912. p. vni.

s'appuie pour atteindre le dogme appartiennent à la conscience humaine en tant que telle. Tout ce que donc on peut demander à Texpérience religieuse — et peut-être quelques-uns de ses plus déterminés partisans ne veulent-ils pas dire autre chose — c'est de fournir un confirmatur au dogme déjà connu par la révélation; mais on ne saurait sans illusion la charger de l'établir par ses moyens propres.

D'ailleurs, même à ce titre auxiliaire, on ne saurait méconnaître ce que l'expérience morale offre de précaire comme base d'argumentation. Le sentiment du péché est-il tellement vif et poignant dans toutes les consciences qu'on le puisse ériger en loi universelle? A fortiori Ir même remarque s'appliqueraitelle au sentiment de délivrance excité par la mort du Christ : ce mysticisme suraigu sera toujours réservé à un trop petit nombre d'âmes pour entrer sérieusement en ligne de compte. Et même à supposer ces faits plus réels qu'ils ne le sont, quelle en serait au demeurant la valeur? La conscience du péché, si forte qu'elle puisse être, n'arrivera jamais à exiger l'intervention d'un médiateur et il ne suffit pas davantage d'éprouver quelques émotions bienfaisantes à la méditation delà croix pour établir que là se trouve la source de notre restauration à l'état surnaturel.

Ceci nous permet de conclure que le dogme de la Rédemption, comme les autres, et encore qu'il soit à bien des égards plus orienté vers la pratique, relève de l'autorité et non point de l'expérience. Sans doute l'Ame croyante y trouve des fruits nombreux et doux, elle en constate l'harmonie avec ses instincts les plus profonds ; mais ce n'est qu'après avoir, au préalable, accepté par un acte de foi la révélation divine qui en est le principe.

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A l'appui do 1 oxprrii'iicr iiidividdcllr, et comme si on la sc^nlait insiil'tisaiite, on ajoute volontiers cette expérience collective de Thumanité religieuse qui s'exprime |)ar le rite des sacrilict^s. l.a preuve serait ici plus C()ncliiaiil(\ soit |)arce (jue les faits sur lesquels elle est fondée présentent plus d'extension et de certitude, soit parce que la conclusion qui en ressort ahoutit plus près de notre mystère. Aussi n>st-il pas de thème qui ait été plus souvent rebattu par les apologistes de la Rédemption : catholiques et protestants orthodoxes marchent ici d'un commun accord.

Tandis que les Pères de l'Eglise ont porté sur les sacrifices anciens, y compris ceux du judaïsme, des appréciations généralement sévères, certaine théologie moderne se plaît à y voir une signification mys^ térieuse et de haute portée pour l'intelligence du christianisme. Il est difficile de fixer l'origine de ce courant d'idées. L'habitude de chercher dans la Bible des prophéties et des symboles, comme aussi le désir de rattacher la foi chrétienne aux institutions du monde antique, ont pu assez naturellement lui donner naissance ; l'allégorisme scripturaire développé par la Réforme et Thumanisme croissant des temps modernes en expliquent peut-être le développement. En tout cas, quelques théologiens des xvi^ et XVII® siècles s'inspirent déjà de cette idée^ ; de là, par les apologistes du xviii^, elle s'est transmise à l'école traditionaliste, qui devait en faire un de ses thèmes

1. Voir Grotius, Defensio fidei catholicae de aathfactione Christi, viii, D-ie et X, 13-20.

136 RÉVÉLATION DU MYSTÈKE.

favoris. Joseph de Maistre^ et Auguste Nicolasdemeurent chez nous les représentants classiques de cette doctrine, qui n'a pas fait moins large fortune chez les auteurs protestants. C'est ainsi que, pendant longtemps, les théologiens n'ont pas su écrire un traité de la Rédemption qui ne fût encombré de longues dissertations sur l'exégèse du Lévitique ou les rites païens d'expiation par le sang ; les prédicateurs se chargeaient ensuite de vulgariser auprès des fidèles les résultats acquis de la nouvelle science.

Deux faits principaux, autant qu'il est possible de s'orienter à travers ces développements complexes, ont retenu l'attention pour être tournés en argument : l'existence même des sacrifices, les circonstances essentielles de leur célébration.

C'est un fait certain que le sacrifice, et le plus souvent sous une forme sanglante, a été en usage régulier dans toutes les religions, les plus raffinées non moins que les plus grossières, et cela tant pour écarter la colère de la divinité que pour implorer ses faveurs. Dieu a voulu même qu'il fût consacré à ce titre dans la révélation mosaïque. Où l'humanité at-elle donc puisé la notion d'un rite si peu en proportion, semble-t-il, avec la fin qu'il doit obtenir? Joseph de Maistre a déjà posé la question.

La racine d'une croyance aussi extraordinaire et aussi générale doit être bien profonde. Si elle n'avait rien de réel ni de mystérieux, pourquoi Dieu lui-même l'aurait-il conservée dans la loi mosaïque? Où les anciens auraient-ils pris cette idée d'une renaissance spirituelle par le sang? Et pourquoi aurait-on choisi, toujours et partout, pour honorer la divinité, pour obtenir ses faveurs.

1. Éclaircissement sur les sacrifices, (ulité à la suite des Soirres de Saint-Pêtcrsbourfj, I^von, 183G, t. Il, p. 321-405.

2. Aug. NicoF.As, Etudes philosophiques sur le Christianisme'^, Paris, 1846, t. II, p. 50-84.

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pour détourner sa colrrc, uih- i^i'-rénioniiî (jue la niisoii n'iiidiciue iiullcuirnt cl (ju(î le sciitiuient repousse? Il faut iiécessairtîincnl recourir ;i (juclquc cause secrète, et cette cause était bien i)uissante*.

A plus forte raison le (Irania(i(|ue mystère augniente-t-il lorscpi On pense à l.i j)ratique barljare, et pourtant si répandue, des sacrifices humains. Ces faits n\)l)lioent-ils pas à conclure à une anticipation prophétique du sacrilicc de la croix? « I.c <^cnre humain ne pouvait deviner le san*^ dont il avait besoin. Quel liomme livré à lui-même pouvait soupçonner l'immensité d(^ la chute (^t rimmcnsité de l'amour réparateur? Cependant tout peuple, en confessant plus ou moins clairement cette chute, confessait aussi le besoin et la nature du remède-. » En plus de cette sorte d'intuition inconsciente, A. Nicolas veut obtenir un argument rigoureux.

N'est-ce pas, en eftet, quelque chose de bien di^aie de remarque qu'un usage si étrange, si singulier, de prétendre apaiser la divinité avec du sang, ait été aussi universel?... Que toutes les religions aient eu un même but principal, Vexpiation, cela est déjà frappant. Qu'elles l'aient poursuivi par un moyen identique par toute la terre, les sacrifices, le phénomène augmente. Mais ce qui met le comble à la singularité et suppose encore davantage une loi cachée, une grande vérité contenue dans cet usage, c'est que les formes et les conditions du sacrifice aient été partout et invariablement les mêmes, et que cette identité se trouve précisément dans ce qu'elles ont de moins imaginable au point de vue de la seule raison-^

Et Tauteur de démontrer que tout cela n'a pu venir

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