A. Nicolas, op. cit
140 REVELATION DU MYSTÈRF.
que ce besoin a trouvé dcins la mort du Christ sa satisfaction et par suite sa fin; s'il est enfin expressément témoigné, comme dans l'épître aux Hébreux • « par une seule oblation il a purifié pour Véternitè ceux qui sont sanctifiés », voilà une idée qui ne nous reste plus aussi étrangère : l'histoire lui a donné raison et nous commençons à la sentir nous-mêmes. Cette mort avait la valeur d'un sacrifice; sinon, comment aurait-elle la puissance de pénétrer dans ce monde intérieur de Tâme d'où étaient sortis les sacrifices sanglants ? Elle n'était pas un sacrifie comme les autres; sinon, comment leur aurait-elle mis fin? Elle les a fait disparaître en les terminante
En présence de ces belles argumentations, où linduction et Texpérience se prêtent un mutuel concours, n'est-ce pas le cas de se rappeler l'adage : qui veut trop prouver ne prouve rien ? Ce n'est pas de la Rédemption seulement, mais de tout le christianisme, que nous aurions une démonstration empirique; quel est l'apologiste chrétien qui ne reculerait devant cette conclusion? Faut-il ajouter que l'adhésion imprévue de M. Harnack à la théorie de nos bons traditionalistes est plutôt une garantie de médiocre aloi? 11 suffit, en effet, d'un rapide examen pour se rendre compte que la thèse est loin d'être aussi solide que brillante.
Tout d'abord nous répéterons ici que, pour découvrir au sacrifice cette importance et cette signification, il a fallu s'éclairer à la lumière des faits chrétiens. Par conséquent, l'induction historique a ceci de commun avec l'expérience psychologique qu'elle ne saurait être un instrument de découverte, mais tout au plus un moyen de vérification. Encore ne faut-il pas s'exagérer la valeur de ce contrôle.
A-t-on démontré que le sacrifice ne saurait avoir
\. Ad. Hm'.nack, Daa Wcsen des ChrialeniumSj p. 98-99.
\A UKDMMrTMLN DKVANT L\ HAISON. III
une origino iialun^lki: (juc rexpialion cii esl toujours le but conscient, primitif, osscnticl.'' Tout lo syslcrne repose pourtant sur ces deux postulats, indéniontrés et sans doute indémontrables. On sait que saint Tliomas, par exemple, voit dans le sacrifice une institution liumaini^'; et rpiant ;i s\i])pnyer sur le caractère irrationnel de ces rites ])our b'ur attribuer une origine divine, n'est-ce pas un étrange paradoxe? La multiplication dessacrilices s'explique sans autre mystère par les mêmes causes (|ui leur ont donné naissance et Ton ne saurait sérieusement soutenir que leur impuissance spirituelle soit alï'aire de constatation liistorique. Ainsi, du simple point de vue rationnel, le caractère propliétique de l'institution demeure la tlièse à démontrer, tout au plus une hypothèse dont on peut dire qu'elle ne s'impose pas. De même, la disparition des sacrifices dans hî monde chrétien tient à la victoire générale du christianisme sur le paganisme; mais, entre ce fait et la mort de Jésus sur la croix, il n'y a pas de rapport spécifique d'où l'on puisse tirer argument. Pour souder ce lien fragile, A. Nicolas a recours à l'Ecriture et se réclame du texte de Daniel : « Le Christ sera mis à mort..., et les hosties et sacrifices seront abolis » (Dan., ix, 26-27). « Par cette circonstance de l'abolition des sacrifices, dit-il, nous découvrons le motif de leur institution. Il est clair, en effet, que si le sacrifice du Christ doit faire cesser les autres sacrifices, ceux-ci avaient pour terme, pour objet, pour raisoîiy Jésus-Christ-. » On imaginerait difficilement contre-sens exégétique plus parfaitement caractérisé : il faut, en vérité, une forte dose d esprit de système pour appliquer au Christ ce qui est dit