‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 45 sur 183 · Ibid., p. 77. Cf. p. S-2 S · texte numérisé non relu

Ibid., p. 77. Cf. p. S-2 S

LA m:i)i:MiTi()N dkvam' la ilmson i^s

est, en cITet, classiciuc. Kl Ton assure» que celte i(l('M', toujours |)n''S(;ntr au Fond <les iiTiriiolntioiis païennes, reroit dans le rituel du L<'vili(|ue la corisécration incontestable] de Tautoritc divine. La victimes choisie doit (>tn* |)ure, ct|le fidèle, au moment de roiïrir, lui impose les mains, sii^'-niliant |)ar ce <i^este syml)oli(jue cpTil transporte sur elle sa propre culpabilité. Puis la victime est immolée et son sang répaiulu devant Tautel; u car,îenseigne la Loi, c'est le sang qui fait propitiation, parce qu'il est la vie » [Li's'it., wii. 11). Ainsi le san^•représente^animal tout entier, comme l'animal lui-même représente le pécheur ; c'est la substitution la [plus complète, et Ton n'oubliera pas qu'elle est exigée ])Our toute expiation : (( Sine sdn^ulnis ejfusione non fit rcDiissio. »

De savantes dissertations ou des élévations pieuses, suivant le cas, ont été écrites sur ce thème ; à ses mérites intrinsèques la doctrine ajoute ainsi le prestige d'une certaine tradition. Néanmoins la thèse absolue qu'elle consacre ne résiste pas à la critique.

L'histoire moderne des religions, au jugement même des savants catholiques, n'accepte plus cette fontion simplifiée du sacrifice. Au lieu d'être universelle et quasi nécessaire , l'idée^de substitution est souvent absente; là même où elle se vérifie, elle est loin d'être primitive. Il ressort des faits que souvent, le plus souvent peut-être, le sacrifice répond à l'idée mystique de la communion par le sang, à moins qu'il nabrite des notions encore plus inférieures, comme celle de nourrir le Dieu ou de déclancher son action par une influence magique*. Et qui donc

1. « Le caractère alimentaire du sacrifice est fort accuse chez les Chaldéens. » P. I.agrant.e, Etudes sur les religions sémttiques,\).ii6. Cf. DiiORMK. dans J. Bricolt. Oc en est Vhistoire des Religions, t. T, p. 154. « Le caractère alimentaire des offrandes laites aux dieux égyptiens est absolument caractèristiciue. > J. Capvrt, ibid.. p. 100. • W ji'y a pas de raison pour supposer qu'en offrant un sacrifice, les plus

aurait aujourd'hui une foi assez robuste dans le système pour dire, avec A. Nicolas, que ce qu'il y a d' « évidemment absurde » dans ces rites, « ce qui révolte » la raison, c'est cela même « qui rend leur universalité inexplicable ^ » ? Bref, l'argument tiré des sacrifices païens, pour avoir une valeur démonstrative, devrait être absolu; et il ne repose que sur des postulats.

Il n'y a pas à faire plus de fond sur les sacrifices bibliques; ici nous sommes heureux de nous approprier le jugement d'un savant exégète.

Nombreux sont les théologiens qui découvrent l'idée de substitution au fond de tout sacrifice. Le sacrifice aurait pour but de reconnaître le souverain domaine de Dieu et aussi, dans l'état actuel de déchéance, l'indignité de l'homme... Si pareil sentiment est difficile à constater chez les populations primitives/ où le sacrifice revêt souvent un caractère joyeux, on croit du moins pouvoir rétabhr chez les Israélites qui le tiendraient de la révélation... Cette ingénieuse théorie soulève beaucoup d'objections. Comment l'appliquer, par exemple, aux sacrifices pacifiques, aux sacrifices votifs, aux sacrifices d'action de grâces? Même restreinte au sacrifice pour le péché, elle se heurte à de graves difficultés. La loi mosaïque n'admettait pas de sacrifices pour les transgressions qui méritaient la mort. Le sacrifice consistait moins dans l'immolation elle-même, qu'un laïque opérait parfois, que dans la manipulation du sang réservée au prêtre seul. A-t-on jamais prouvé que l'imposition des mains, susceptible d'un symbolisme si varié, signifiât précisément le transfert de la faute ? Et si elle signifiait cela, pourquoi

intelUgents des Grecs et des Romains aient considéré ce sacrifice comme une substitution de leur propre vie due à la divinité en expiation du péché. » M^' IIedley, La Sainte Eucharistie, p. 193-194. S'il en est ainsi chez des peuples civilisés, à plus forte raison chezles sauvages. Voir M^-^ Lk Roy, La Religion des primitifs, p. 318 1. A. Nicolas, op. cit., p. 81.

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la victiiiic, ail lien d'rtrcî souilIcM', (i(îveiiait-(;lki si sainte que l(is prùtrcs seuls y avaient part? I.a mort sanglante fait justement défaut dans la C(''rémoni(î du houe émissaire où ridée de substitution est le plus sensible et 011. eomnu' on pouvait s'y attendre, l'animal cbarKé symboli- ([ucunent des fautes du })euple devient impur et maudit».

Ce n'est pas ([uc l'universel usage des sacriliccs soit dénué de toute valeur; on i)cut y voir à bon droit Tcxprcssion imparfaite^ d un besoin religieux, par où la divine Providence préparait les Ames à recevoir le mystère de la croix, et nous Tavons nousméme utilisé à ce titre. Mais Tillusion de l'apologétique traditionaliste fut de penser qu'on pouvait par là démontrer d'une manière péremptoire la réalité de la Rédemption. L'induction historique échoue a cette tâche non moins que Tanalyse psychologique, et pour les mêmes motifs. Ces deux argumentations, soit isolées, soit même renforcées Tune par l'autre, ont ceci de commun, non seulement qu'elles supposent la foi, mais que leur valeur propre ne s'étend pas au delà des limites du probable : on peut leur demander une indication ou une confirmation du dogme catholique; mais on ne saurait, au sens strict, en attendre une preuve.

Si elle ne peut démontrer le mystère. la raison est pourtant invitée à le défendre : impuissante à l'établir comme une conclusion de ses principes propres, elle

I. F. PiwT, La théologie de saint Paul, deuxiétne (>ariie, p. '2î>i- •2^6,

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est du moins capable de montrer que la Rédemption bien comprise n'a rien qui doive la rendre inacceptable. Au contraire, guidée par la foi, elle peut y découvrir de mystérieuses convenances, qui Iharmonisent avec ses plus hautes conceptions et ses tendances les plus profondes.

Cette œuvre, souvent faite et sans cesse à refaire comme toutes les apologétiques, est aujourd'hui plus actuelle que jamais. Non pas que la raison moderne ait, à vrai dire, fait surgir de difficultés vraiment nouvelles ; Abélard au xir* siècle et, plus encore, Socin au xvie ont constitué un arsenal d'objections dans lequel les adversaires postérieurs du dogme traditionnel n ont eu qu'à venir puiser. Tout au plus de légères modifications ont-elles paru nécessaires pour adapter ces vieilles armes aux besoins du jour. Et ce fait est évidemment de nature à rassurer le croyant que certaines « affirmations de la conscience moderne » pourraient émouvoir : n'est-il pas vraisemblable a priori^ puisque 1 attaque est aussi ancienne, que les ripostes n'ont pas manqué? Nous verrons, en effet, que les réponses devenues classiques de nos vieux théologiens demeurent toujours excellentes: mais il est nécessaire plus quejamais de les rééditer à l'adresse d'adversaires qui ne désarment pas.

Tout a servi d'argument contre le dogme de la Rédemption : et les attributs divins, et la nature de l'homme, et le plan providentiel du salut tel que la raison et la foi s'accordent à nous le faire connaître.

Du côté de Dieu, son essentielle bonté est, dit-on. incompatible avec les exigences qu'on lui prête à l'égard du pécheur, plus encore avec le traitement de rigueur qu'il aurait infligé au Christ. Sa justice n'exclut pas moins cette prétendue substitution de l'innocent aux coupables, soit qu'il s'agisse d'imputer à ceux-ci les mérites de celui-là, plus encore si l'on

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vent l'airo soullrir au j)romicr le chAtirîicnt des seconds. Mnlin sa sagesse ne sanrait adnn^ltre, ni la tin ]>r()])()sé(\ ni le; nioycui choisi j)onr ralteindre : (|uand i(^ salnl ne serait pas néccîssairennent chose individuelle, serait- il laisonnahh» de h.» rattacher à un événement aussi chétif dans rensend)ledu inonde (jue la crucifixion du (lalvairc':^ De nirmr, la nature luunaine ne pernicl pas de comprendre une Uédemption qui se réalise en dehors d'elle, pour lui ôtre ensuite ap])liquée comme d'une manière m('»canique : ])areille proC('durc, outre qu'elle est contraire à la dignité de riiomme comme aux lois constitutives de son activité spirituelle, arriverait à tarir au profit d'un mysticisme aveugle les sources mêmes de la vie morale.

Aussi bien voyons-nous, d'après l'économie de la révélation chrétienne, que le pardon du pécheur est gratuit — et ceci exclut l'idée d'une satisfaction qui s'opposerait à la libéralité divine. Nous savons encore que le salut réclame l'effort de chacun — et ceci exclut l'idée d'une Rédemption objective, qui logiquement devrait supprimer la coopération personnelle. Faut-il ajouter que la souffrance et la mort continuent à sévir sur l'humanité, ce qui prouve que la Rédemption prétendue n'exerce sur nos destinées aucune influence appréciable?

Tels sont, en substance, les thèmes que l'on exploite contre le mystère de la Rédemption ; ils sont assez faciles et féconds pour soffrir d'eux-mêmes à l'intelligence. C'est pourquoi le rationalisme de tous les temps les a connus sans effort; la philosophie moderne n'a guère fait que les reprendre, secondée dans cette œuvre de critique par l'alliance imprévue du protestantisme libéral. Un spécimen classique de ces sortes d'argumentations est fourni, en Allemagne, par les œuvres théologiques du célèbre philosophe

de rinconscient, Edouard de Hartmann * ; en France, par le petit volume déjà souvent cité d'Auguste Sabatier^. L'un et Tautre affirment volontiers que ces antinomies irréductibles sont inhérentes à la foi traditionnelle et que, par conséquent, c'est le dogme orthodoxe lui-même qui se révèle inacceptable à toute raison adulte comme à toute conscience chrétienne. Quoi qu'il en soit de ces prétentions, il est facile devoir, en tout cas, le parti qu'un polémiste peut tirer de ces arguments, non moins favorables aux artifices d'une dialectique insidieuse qu'aux mouvements passionnés de l'éloquence.

Cependant, il y a dans ces objections plus d'équivoques et de malentendus que de réelles difficultés. Une fois la part faite à l'inaccessible mystère, que toute apologétique devra toujours respecter "*, le croyant peut montrer sans peine que sa foi n'est pas contredite par la raison. Il est tout d'abord nécessaire pour cela — et peut-être suffisant — de ramener la doctrine aux lignes essentielles que l'Eglise a seules consacrées de son autorité. Car, ici comme ailleurs, on aie plus souvent la satisfaction — qui ne laisse pas d'être une surprise — de constater qu'au lieu d'atteindre la forme authentique du dogme, les objections les plus redoutables portent sur des

1. spécialement Die KrisU des Christentums in der modernen Théologie, Berlin, 1880. Voir B. Doerholt, op. cit., p. IGl, qui s'attache à le réfuter, parce que, dit-il, « toutes les objections modernes contie notre dogme y sont réunies ensemble ». Cl. K. Staab, op. cit., ]). 257-207.

2. « Ce petit volume contient sous une l'orme claire et succincte la critique do la doctrine catholiciue. » J. Laminnr, op. cit., p. 7. Et c'est pourquoi l'auteur le discute dans la suite comme la forme type de la thèse adv(;rse.

3. « Certe crucis mystcrium omnium difficilliynum existimanduni est; vixque percipi a nobis potest salutem noslram ex cruce ipsa et ex eo qui pro nobis ligno illi afiixus est i)endere. » Cat. Rom., c. V, 1, cdilion Do.ney, 1. 1, p. 90.

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