‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 46 sur 183 · I.A IIKDKMI'TIOIN DKVA.NT I A KAISON. IV · texte numérisé non relu

I.A IIKDKMI'TIOIN DKVA.NT I A KAISON. IV

erreurs qu'il ro[)()USS(', loiil .«ii plus sur des syst(;mcs mal venus (|ui le (Llij^urcnt.

In lIi(''()l()L;i(ui averti écarhua LouL d'abord couinuî hors d(^ pro[)Os les [)réter)(lus rieinenlis de lexpérience. C'ar la l{édeni])tion n a |)as jxMir luit demodili(U' les coudilious euipii'iques d(^ cette; vie terrestre, vnais de rétablir entre DicuK^t l'hunianitc' 1(3S relations interronnpues d(; l'ordre surualund : les apparences phénoménales du monde, ni nu'me les perceptions de la conscience, n'ont pas plus qualité pour la contredire que pour la démontrer. Bien des diflicultés s'écroulent sur cette ol)sei'vation préalalde de méthode.

Dans ce plan supérieur, faut-il da moins sauveq-arder les attributs divins et la vraie nature de l'homme : la foi traditionnelle en a souci, non moins que la philosophie prétentieuse qui voudrait la supplanter. C'est pourquoi nous affirmons que Dieu est bon : d'une bonté, si Ton peut ainsi dire, spontanée, qui n'a pas besoin d'être provoquée du dehors ; d'une bonté inépuisable, dont le péché des hommes n'arrête pas les effets. Rien ne le prouve mieux que l'œuvre même de la Rédemption, que Dieu a réalisée par pur amour et sans aucun droit de notre part. Ainsi notre salut demeure toujours le don gratuit de sa divine libéralité. Mais aussi nous ne devons pas oublier que Dieu est juste et saint. De ce chef, il ne peut que haïr le mal ; et quiconque s'y attache par une obstination coupable devra rencontrer les rigueurs de sa colère : il n'y a pas là de représailles ni de vengeances, mais l'application souveraine de cet ordre dont Dieu est à lafoisTauteur et le gardien.

Voilà pourquoi le péché de l'homme, tant qu'il n'est pas réparé, met à la bonté divine un infranchissable obstacle.

Or, depuis la faute du premier père, l'humanité

150 KÉVÉLATION DU MYSTERE.

tout entière avait perdu sa destinée surnaturelle et se trouvait devant Dieu dans un véritable état de péché : la mission du Christ, dans le plan divin, avait pour but de remédier à ce désordre, en fournissant à Dieu pour nous la réparation dont nous étions devenus incapables. A cet égard, notre salut n'est pas attaché à sa mort seule, mais à l'ensemble de sa vie et de son œuvre ; et tout soupçon disparaît d'une disproportion entre la cause et Tcffet, si Ton tient compte que cette vie et cette mort sont celles du Fils unique de Dieu. L'Incarnation est le postulat fondamental de l'œuvre rédemptrice.

Encore est-il que celle-ci doit être bien comprise. 11 n'est pas question de punir Tinnocent au lieu des coupables, ni de substituer purement et simplement le Christ à l'humanité pécheresse. Notre Sauveur, n'ayant pas commis de péché, ne méritait pas de souffrir ; moins encore peut-on imaginer qu'il ait dû subir un châtiment proprement dit. La souffrance et la mort sont de sa part des actes volontaires, inspirés par l'amour le plus généreux. Si elles jouent un rôle dans l'économie du salut, outre que ce rôle n'avait en soi rien de nécessaire, c'est moins pour ellesmêmes que pour les dispositions morales qui les accompagnent et qui leur donnent devant Dieu une valeur incomparable. De la médiation du Christ ainsi conçue. Dieu a voulu faire dépendre la restitution de ses grâces et, pour l'humanité déchue, le droit de retrouver le céleste héritage : telle est la signification essentielle de la Rédemption.

Cette œuvre du Sauveur est déjà nôtre en principe, parce que le Christ est constitué le chef moral et le représentant de notre race. Néanmoins elle requiert, pour nous être effectivement appliquée, la coopération de chacun par la foi et les œuvres : on doit la considérer comme une façon de cause première.

L\ lUCDKMI'IION DKVANT LA lUISO.N. !.,1

(|iii exij^c \r concours dt' la cause seconde (;n nicine l(unps (pTclIc le rend possible;. Lcsalul ne cesse donc pas d être nolit; ciuivre pro|)re et (|ui récdame tous noselîorts; mais il n'est |)as notre oeuvre à Jious seuls. Au lieu de nous dispensiu* de toute; action personnelle, la llédemption par le Christ vient, au contraire, la stimuler, en même temps qu(î suppl«'*er à son insu fil sa nce.

Tels sont l(*s ])rincipes, aussi élémentain.'s (|u incontestables, (le rM<^'lise catholique en matière de Ri'demption. Il ai)partient à la théologie de les développer - et ce n'est pas le lieu de se demander si tous les auteurs furent également heureux sur ce point. Mais, sous cette forme simple, on peut affirmer que ces diverses propositions ne sont point affaire d'opinion ou de système; les (enseignements du magistère et des théologiens autorisés nous permettent d'y voir les données mêmes de la foi.

On dira qu'elles trans])ortent la Rédemption dans une sphère purement théologique, inaccessible àTexpérience — et c'est vrai; mais n'est-il pas vrai également que le mystère ainsi conçu ne présente plus rien qui compromette nos certitudes sur la nature soit de Dieu, soit de l'homme ? Pourquoi faut-il qu'au lieu de prendre la doctrine de l'Eglise telle qu'elle est, ses adversaires se forgent pour la combattre on ne sait quels systèmes de fantaisie, à moins qu'ils ne mettent à son compte les pires erreurs de la dogmatique protestante? Au fond des critiques les plus triomphales qui nous sont opposées, on est le plus souvent surpris de trouver une invincible ignoratio elenchi : c'est pourquoi une bonne théologie est d'ordinaire la meilleure apologétique.

Non seulement le dogme de la Rédemption, présenté sous sa forme authentique et tel que TEglise l'enseigne, apparaît indemne des impossibilités et

contradictions qu'on lui impute; mais la raison du croyant y trouve de secrètes harmonies.

L'idée d'une médiation secourable répond aux inquiétudes les plus intimes de la conscience morale, qui sent peser sur elle le poids du péché ; et le fait que cette médiation ait pris une forme douloureuse trouve son écho dans notre instinct inné d'expiation. A ce double titre, le rite universel des sacrifices prend pour le croyant le caractère d'une immense prophétie, d'une supplication en acte, d'autant plus impuissante que plus souvent renouvelée, dont la mort du Christ devait tout à la fois épuiser et révéler le sens. Et si les mérites d'un seul sont ainsi applicables à tous, quoi de plus conforme à cette loi providentielle de solidarité que nous constatons partout en ce monde ? Quoi de plus juste, serait-on presque tenté de dire, du moment que le m^al dont nous souffrons est dû à une première et inévitable et involontaire solidarité avec la faute du premier père?

Cette médiation s'accompagne d'une satisfaction offerte à la majesté divine par la vie et la mort de 1 IIomme-Dieu. Ainsi nous apercevons dans une lumière plus vive, et la sainteté de Dieu qui reçoit de tels hommages, et la gravité du péché qui comporte une telle réparation; nous connaissons mieux la dignité de l'homme, aimé d'un si vif amour et restauré à si grands frais dans sa destinée perdue; nous saisissons dans toute son ampleur le rôle du Christ Fils de Dieu, centre de l'histoire surnaturelle du monde, source unique et nécessaire du salut, chef de l'humanité pardonnée et régénérée. De toutes les formes de révélation, n'est-ce pas celle qui nous donne la plus haute idée de Dieu, du Christ et de l'homme, que rintellig(mce chrétienne trouve la plus convenable? Pas une ame, pour peu qu'elle ait péné-

I A lUiDKMniON DICVANT LA IIAlSON. ir,:{

In; dans les inysl(;ros luiniiiciix et doux du < hrisliaiiisrno, ir;\iii'a d iK'sitation sur (mî point.

SansdouUî il ifost pas des|»(''(udalirou de niysti(|uc si hardi cpii voulut attacluir une valeur probante à des consid<Tations de ce genre : en même temps (|u'unc illusion de l'esprit, ce serait un attentat sacrilège conlr<' l'autorité diviruî (pii seule nous garantit la révélation '. J'outau plus soi^t-elles propres à faire resplendir la foi, à relier entre elles comme en un faisceau et, i)ar suite, à fortili<'r l'une par l'autre les vérités (|u'elle nous enseigne. N'est-ce pas au demeurant tout ce à (|uoi la raison peut légitimement prétendre? Le vrai croyant renonce à se démontrer le mystère — ce qui reviendrait à le détruire. S'il ne repousse pas les secours d'une apologétique discrète, qui lui permet de l'embrasser avec joie et de le posséder avec amour, il n'y adhère, en définitive, (Tune àme soumise et reconnaissante, que sur la foi de l'Kglise et du témoignage divin.

1. C'est de quoi conviennent également les meilleurs représentants (le l'orthodoxie protestante. Voir P. F. Jvi,\(;uieu, Théologie chrétienne : Dof/mes purs, œuvre posthume publiée par Paul Jai.aguier, Paris, 1007, p. l->î)-13I. Cf. p. oG.

I)KIixii;mi; iv\irrii';

Devant les vérités de Tordre surnaturel, pas plus que devant les faits de la nature, le clirétieii n'a garde d'abdiquer les droits de son intelligence. Sans doute, son premier devoir est-il de chercher la doctrine de TEglise et d'accepter sans réserve les décisions authentiques de son magistère, parce que dans cet enseignement il est sûr de trouver l'expression infaillible de la révélation divine. Mais, après avoir admis la foi sur la garantie d'une autorité, qui n'est, en somme, que l'autorité même de Dieu, il reste au croyant le devoir de la comprendre. Tant qu'on n'aura pas mutilé l'homme de sa raison, on ne saurait lui interdire la noble curiosité qui le pousse à scruter, dans toute la mesure du possible, le sens des dogmes par lui reçus, pas même l'ambition d'éclairer à leur lumière les perspectives entrevues du monde divin. Plus d'une fois il arrive que les adversaires les plus résolus de l'intellectualisme ne rejettent la spéculation traditionnelle que pour lui en substituer une de leur façon.

Bien loin de s'opposer à ce mouvement naturel de Tesprit, l'Église l'encourage et lui promet le succès. « La raison éclairée par la foi, proclame le concile du Vatican, si elle cherche avec attention, piété et réserve, aboutit. Dieu aidant, à une certaine intelligence des mystères,' toujours très fructueuse ^ » (]'est le fides quaerens intellecUun, dont les penseurs chrétiens, depuis saint Anselme, ont fait à bon droit leur devise. Appliqué au mystère de la Rédemption, ce principe a donné naissance à toute une théologie, qui s'efforce d'organiser en un ensemble systématique les données communes de la foi.

Cette théologie ne laisse pas d'être assez complexe, comme le mystère même qu'elle entreprend d'éclairer. Longtemps elle n'eut j:)as de place distincte : et, encore aujourd'hui, elle se trouve plus ou moins perdue dans les traités classiques de l'Incarnation. Voilà sans doute pourquoi, entre autres raisons, surtout si on la prend dans certains manuels d'exposition courante, elle se présente tout à la fois avec des perspectives multiples qui déconcertent notre besoin d'unité et avec des lacunes qui en rendent difficile l'intelligence. 11 y a donc lieu d'essayer une synthèse méthodique, dont l'enseignement trop oublié des maîtres fournit d'ailleurs suffisamment les moyens.

Deux principes nous serviront de guides. Tout d'abord il importe de distinguer entre le fond des choses et les termes qui servent à l'exprimer, entre la réalité dogmatique et les catégories d'école. A cet égard, la question qui se pose — et la seule — est la suivante. Puisque la foi catlioliquc nous impose d'admettre un rapport objectif entre la mort du Christ

I. « Hatio, lidc illusirala, cuin sediilo, pic et sobric quaerit, aliquam, Deo dante, tnysterioriim intellisenliam. cani(|ue tructuosissimam, asscqullur. » Consf. DpI Filius, cap. iv, Dknzint.f.i;, iv 17î)6.

INTIlODrCTlON. i:,7

et la rcstaiiralioM siiiii.ilmcllc <lr I hiinianitc il s a;^it de rendrcî inlcllii^ihhi ccllr nilalioii , c'ost-a-dini d'expliquer eominent el h fjuel litre, en (pioi (;t pourquoi, la I^assiou du Sauveur a pu contribuer devant Dieu à la réparation du pecin*. (l'est assur/'mcnt la loi qui peut seule lournir les <'lrmenls d'une solution; mais encore est-il, si la tlu'ologie sp('Mulative a un S(^ns, qu'il faut l<^s coordonner avec nos |)rineipes ralioiniels, de manière» à obtenir un système qui resp(H'te le mystèn; et en même tem[)S le rende jusqu'à un certain ])oint plausible à notre esprit.

Kn second lieu, dans celtes réalité'; même, il est indispensable de ne pas confondre Tessentiel et 1 accidentel, de ne point mettre sur le même pied Tobjectif primaire du plan divin et les circonstances accessoires qui en ont accompagné lexécution. Il n'est pas de bon exposé de la doctrine catholique où n'apparaisse cette distinction. Qu'on en jug-epar ces lignes, à la fois très classiques et très précises, de M. Bainvel.

Jésus pouvait nous sauver par un seul acte d'amour et de réparation, offert au nom de l'humanité coupable, comme Adam nous avait perdus par un seul acte de désobéissance. Ce seul acte de Jésus avait une valeur infinie : il suffisait donc à réparer non seulement pour le péché oriii'inel, mais encore pour tous les péchés actuels de tous les hommes passés, présents, à venir. — Dieu a voulu autre chose : il a poussé à l'extrême son amour en poussant à l'extrême sa justice, il a choisi la réparation par la mort de Jésus en croix... Admirables sont aux yeux du croyant les convenances du choix divin ^ .

Si telle est — et personne ne saurait en douter — la doctrine catholique de la Rédemption, on y distingue nettement deux plans : celui des exigences —

1. J. V. Bainnkl, Nalure et surnaturel. Paris, 1903, p. -2TC-:2TI.

158 EXPLICATION CATHOLIQUK DU MYSTÏJŒ.

d'ailleurs elles-mêmes soumises à une hypothèse — et celui des convenances. L'hypothèse est que Dieu ait voulu nous racheter par rincarnation. Cette prémisse étant posée, certaines conditions étaient nécessaires et suffisantes; d'autres, seulement facultatives et de meliori hono. Du moment que cette hypothèse est devenue la réalité et que Tlncarnation rédemptrice est un fait accompli, il s'ensuit que les conditions nécessaires en droit représentent l'élément principal du fait que nous devons étudier, tandis que les conditions facultatives n'y interviennent évidemment qu'à titre secondaire. Un théologien ne peut pas négliger celles-ci dans son interprétation du fait révélé, puisqu'elles ont assurément leur raison d'être; mais qui ne voit que, pour faire œuvre vraiment scientifique, il devra tout d'abord et surtout porter son attention sur celles-là? La clarté le demande, et aussi la vérité.

Même pour les croyants, il n'est sans doute pas inutile de connaître la doctrine de l'Église telle qu'elle est et avec les nuances qu'elle comporte. A plus forte raison, en vue des incroyants qui la poursuivent de leurs objections, faut-il avoir soin de marquer exactement les limites. Quiconque a tant soit peu fréquenté cette littérature de controverse sait d'expérience que bien des difficultés proviennent de ce que, par ignorance ou parti pris, les adversaires de l'Eglise — parfois trop bien servis par quelqu'un de ses enfants au zèle mal éclairé — font porter au dogme lui-même la responsabilité d'explications trop inadéquates.

Ces principes de méthode une fois établis, pour jalonner d'avance la route et prévenir, s'il en était besoin, toute surprise, voici un bref aperçu de la marche que suivra notre exposition.

1° A la base d'une théologie de la Rédemption et

INTKODUCTION. IV.I

la oommand.'int, se trouvent nn corl.ini nonihn' dv vérilc'is préliminaires, les unes ralioniielhîs. les autres révélées, que les cours de théolo^r-ie dispersent ordinairement en divers endroits. Il a |)ani bon de les grouper ici tout d'abord, moins ])our 1rs ('tablir. puisqu'elles sont incontestc^es entre catlioliques. que pour les rappeler. Ce sera toujours le moyen de nous mettre devant les yeux le problème tel que r^glisoTa compris et peut-être de nous orienter déjà dans la voie des solutions. D'où un premier chapitre sur les postulats philosophiques et dogmatiques du mystère.

2° En abordant l'étude proprement tliéologique de la Rédemption, on s'aperçoit que le dogme s'est exprimé dans des concepts multiples et (jue la tradition des écoles a utilisé les principaux. On parle couramment h propos de la mort du Christ, de rançon, de sacrifice, de satisfaction, de mérite; et souvent les thèses afférentes s'affichent au premier plan dans nos manuels, comme si elles fournissaient la clé du mystère. Mais un examen attentif montre que ces diverses idées, bien qu'elles répondent chacune à quelque aspect de la Rédemption, ni ne l'épuisent par elles-mêmes, ni seulement ne l'expliquent. Ce sont plutôt des éléments formels, c'est-à-dire des cadres consacrés et appropriés : ils ont, de ce chef, un rôle utile à jouer après l'explication du mystère; mais, à eux seuls, ils ne peuvent pas plus la donner que dispenser de la fournir. L'objet du chapitre second est d'apprécier dans ce sens leur valeur théorique et l'usage pratique qui en a été fait.

S*" Comme éléments réels du mystère et principes rationnels pour en éclairer la signification, il y en a deux, et rien que deux. Le plus saillant est la souffrance imméritée du Sauveur, où apparaît l'expiation voulue par Dieu de la peine de nos péchés.

Aussi ce fait a-t-il été, non seulement retenu par la piété, mais exploité par la théologie : il existe un système de l'expiation pénale, dont l'orthodoxie protestante en général et même quelques auteurs catholiques se contentent pour rendre compte de la Rédemption. La théologie catholique admet le fait de l'expiation comme appartenant à la foi et prend soin de le préserver contre toutes les exagérations de forme qui le rendraient inacceptable; mais elle tient que la théorie exclusive de l'expiation doit être dépassée comme insuffisante. Pour elle, l'aspect pénal rentre sans nul doute dans les convenances de la Rédemption, et, pour ce motif, on le retrouvera en étudiant la raison d'être du plan suivi par la Providence; mais il n'en constitue pasla partie essentielle, ni le but principal. C'est pourquoi l'idée d'expiation ne fournit encore qu'une étape provisoire dans la solution du problème : de son fondement et de sa véritable notion, de ses limites et lacunes, le chapitre troisième est destiné à fournir la preuve.

4^ Par delà cet aspect pénal de la Passion rédemptrice, on peut en considérer aussi l'aspect moral : c'est à celui-là que la théologie catholique s'est attachée de préférence, et autour de lui qu'elle a réalisé la synthèse intégrale du mystère. La réparation du péché demandait nécessairement un acte moral d'hommage rendu à Dieu. Non seulement le Rédempteur a fourni ce minimum; mais toute sa vie sainte, obéissante et dévouée, forme un ensemble parfait d'actions méritoires qu'il offre à son Père offensé en compensation de nos fautes. D'ailleurs il a plu à Dieu que cette vie se déroulât dans la souffrance et Jésus accepte librement cette dure destinée, qui devait le conduire à la mort après les épreuves les* plus douloureuses du corps et de l'âme. C'est ainsi que l'expiation retrouve sa place, mais subordonnée

INTRODUCTION. t6t

à rainour donl elle «si la condition ou \r n*sultat. l^ar C()iiS(''(|ii('îit. U' point de vue moral ne supprime pas le pré(;éd('nl, m.iis le dépasse et Tabsorbe. F.e chapitre; (piatiirme monti'cra la place (pi'il tient dans l(^s principes catholicpies. les applications historicpies et lhé()lo<^i(pies dont il est susceptible.

f)" Une fois le conU^nu rérl de la hédem[)tion ainsi éclairé, il reste à lui appli(juer les cadres traditionnels resserves au chapitre second. On a parfois essayé, si Ton peut ainsi dire, de découper le mystère en quatre parties correspondantes aux quatre notions classiques de satisfaction, de n^rite. de sacritice et de rachat. Au contraire, la Rédemption doit être prisc^ dans sa réalité synthétique et concrète, faite de souffrance expiatoire et d'amour dévoué, dont ces divc^rs concepts définissent assez heureusement les principaux aspects formels. Ces affirmations communes laissent d'ailleurs place à des opinions ou tendances difterentes. suivant Tappr^'ciation spéculative qui est portée sur les mêmes éléments admis par tous, en particulier sur le rôle de la souffrance expiatoire dans l'économie rédemptrice: mais la foi est en dehors et au-dessus de ces discussions d'école. Déterminer delà sorte aussi exac* tement que possible les certitudes acquises et la part des légitimes divergences doit être le terme de toute investigation théologique : c'est pourquoi le chapitre cinquième, qui se présente comme un essai de systématisation, sera comme l'aboutissant et le résumé des trois précédents.

6*^ De l'œuvre rédemptrice ainsi analysée découlent des effets innombrables, qui en détaillent la nature devant notre raison et en font goûter les fruits à notre cœur : efïets par rapport à Dieu, qui fixent son rang et son rôle dans le plan de notre surnaturelle restauration; efïets par rapport à nous, qui font

entrer quelque chose du mystère dans notre expérience morale et mystique, dans notre vie religieuse, individuelle et sociale. Ces principaux effets seront classés dans un chapitre sixième, qui devrait embrasser, pour être complet, toute la théologie de la grâce et de la vie chrétienne, de l'Église et des sacrements. On comprend que tous ces thèmes ne pourront être touchés ici que par leurs sommets, c'està-dire par le point d'attache qui les relie au dogme de la Rédemption.

7° Enfin, réfléchissant dans une vue d'ensemble sur tous ces faits qui constituent l'économie rédemptrice, la théologie essaie d'en chercher le pourquoi. Pour mieux en établir l'enchaînement logique, de grands théologiens comme saint Anselme ont cru y voir et tâché d'y montrer une sorte de loi nécessaire. La théologie catholique dans son ensemble renonce à cette périlleuse satisfaction. Et le décret initial de Rédemption, et Tlncarnation qui le réalise, et les conditions douloureuses qu'elle a revêtues, lui paraissent autant d'actes libres et tout gratuits de l'amour divin. Mais si elle s'interdit de faire intervenir aucune nécessité dans la série de ces actes qui dessinent le plan historique du salut, elle ne laisse pas d'y apercevoir de sérieuses et nombreuses convenances. Un chapitre final esquissera les principales, dont l'ensemble jette quelque jour sur la raison d'être du mystère; et toutes les idées secondaires qu'on avait dû écarter au cours des discussions antérieures sur l'essentiel de la Rédemption retrouveront ici leur place légitime et leur véritable valeur.

Cette synthèse sera-t-elle assez compréhensive pour ne négliger aucun des éléments traditionnels et assez méthodique pour respecter la loi nécessaire des proportions? Il appartient à nos lecteurs d'en juger. En tout cas, l'auteur souhaiterait n'avoir mis

IMUODUCTION. 103

à la tracer qiu^ le minimum du (îoncoptions ixirsonn('Il(*s. Son ambition n'était aulrc (pic (J(; présenter telle (pi'elle est la doctrine cjitholicpie ; son espoir ou son illusion est de ne pas l'avoir trop ^^ravement trahie. Que si l'exposition positive a dû (;à et là s'accompagner de qucdques critiques à l'adresse de conee])tions délieientes ou erronées, on voudra bien ne l'attribuer ([u'à un besoin de précision (it do lumière. On a dit très justement au sujet de la théologie catholi(]ue delà Rédemption :

La catégorie morale présente l'immense avantage d'accueillir aisément et d'unir le coté objectif et h; côté subjectif de la Rédemption... Elle comporte d'ailleurs plusieurs variétés inégalement riches, inégalement compréhensives. Il n'est que juste d'en marquer les limites essentielles, et de signaler les déformations imputables à de maladroits interprètes ^

Au cours des pages qui suivent, l'auteur a été soutenu par la même conviction et ne voudrait pas avoir réalisé d'autre programme. S'il s'était trompé, d'autres certainement auront à cœur de faire mieux.

J. A. i)'ALi:s, Le dogme c Iholique de la Rédemption, Études du ao avril 1913, p. 196-197.

Page 1