‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 50 sur 183 · Voir (.. Pf.iî., op. cit.. p. 5'(i-o · texte numérisé non relu

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POSTULATS PIIILOSOIMIIQIKS II !)< K.MATIQI KS 177

l\n\v *;ra\(', en cHcl, (|ih' soil le |»(''flh'', il n'est pas nécessairement iiT(''pîn'al)lr. Antant la foi chnticnne alïirme la sainteté' do. Dim, avec, la justice qui en est une C()nsé([uenee, autant (^lle procîlame sa mis(''ricorde. u Je n(^ veux pas la mort du méchant, mais qu'il se convertisse et qu'il vive », disait déjà ht Dieu sévère de l'Ancienne Loi (Kzkch., xxxiii, 11), et c'est le cas de se rappeler que l'Kvangile nous présente Di(Hi comme le père toujours prêt à accueillir le prodit^'ue repentant. D'autre part, en cette vie d'épreuve, la volonté humaine n'est pas encore définitivement fixée dans le mal; la grâce divine aidant, elle peut s'en détacher librement, comme elle s'y est attachée par sa faute. Ainsi, tant du coté de l'homme que du côté de Dieu, la réparation du péché apparaît possible. Mais il s'en faut que ce soit sans conditions.

Tout d'abord on doit dire qu'il y a dans le péché quelque chose qui ne se répare pas : c'est l'acte même par lequel il a été commis. En effet, dès là qu'une ibis cet acte a été posé par nous, rien ne peut faire qu'il ne l'ait pas été; à tout jamais il est et demeure dans l'ordre du réel. Comme, d'autre part, il est dans le passé, aucune action présente ne saurait l'abolir dans sa réalité physique : nos meilleures dispositions ne peuvent avoir d'effet rétroactif. Et c'est une des raisons pour lesquelles le pécheur n'a pas de droits qu'il puisse invoquer devant Dieu; sa faute ne saurait bénéficier que du pardon, c'està-dire d'une mesure toute gratuite de clémence.

Ne faut-il pas cependant, pour que cette amnistie soit compatible avec le plan de la divine sagesse, qu'elle sauvegarde les lois suprêmes du gouverne-

ment moral, d'après lesquelles tout mal doit être puni? D'où l'on voit certains théologiens, préoccupés, si l'on peut ainsi dire, de garantir Dieu contre Texcès de sa propre indulgence, réclamer comme nécessaire une procédure qui aiïirme également les exigences de la justice et prémunisse, soit le pécheur luimême, soit le reste des hommes, contre le scandale d'un pardon trop facile ^ Encore que ces considérations pédagogiques et utilitaires aient un réel fondement, elles sont certainement secondaires. La législation humaine, qui n'atteint que l'extérieur, peut prendre des mesures pour l'exemple : devant la sagesse divine, le bien général est infailliblement assuré par l'observation des lois individuelles. Il n'y a donc pas d'autres conditions au pardon du péché que celles qui surgissent de la nature du péché lui-même.

C'est pourquoi, le péché étant un acte de l'homme, c'est de l'homme — et ceci soit dit sans exclure la grâce — que doit sortir l'acte réparateur. On peut, en effet, négliger Thypothèse subtile et chimérique, caressée par de rares théologiens, d'après laquelle la grâce et le péché pourraient coexister dans une même conscience; ce qui revient à dire, au point de vue qui nous intéresse, que Dieu pourrait accorder son pardon à un péché que l'homme n'aurait pas désavoué. Plus encore, puisque le péché a sa source

1. C'est le point de vue familier aux lliéologiens protestants; mais il n'est pas dédaigix'; [)ar quelques auteurs catholi(|ues. « On comprend, écrit M. Laminrie, (|uc, si les hommes sont éloignés du i)éclié par le spectacle des maux que le péché attire sur la société luimaine, la miséricorde de Dieu pourra plus l'acilemcnt s'exercer à l'égard des coupables. >« La Rédemption, p. 141. Et plus loin : «< Malgré le pardon, le péché se manifeste connue un désordre et une cause de soutîranccs, ce que la justice de Dieu exige pour que les hommes soient d(;tourn<'8 du pcclié » (p. 14<>). De même M. Ernest Bertrand ne veut i)as (.\\w l'amour du père dég<'nère en « une coupable in dulgence -. Une nouvelle eonerpUon de la liédemption, p. 417.

posri LATS niiL()S()i'iii(,n i:s i;t i)(H;\tATigi es. it'j

dans un riMworscrncnl <lrs lins dt' fiotn» arXwiir nioral(* et (|u'il sij^-nilic, par consrujiH'nt, un désordre intiino au fond des alîoctions de Irlre, nous d(;vons dir(î (luc, par oc; cAlé, sa réparation est essentiellement personindle. (^ue faut-il donc pour cela?

Il ne sullit évidcmiment pas d interronipro l'acte coupable, ni même», à parler strictement, d'c'utnvprendrc à partir de là une conduite correcte ; car e(;ci laisserait subsister le désordre antérieur. C'est bien ce que sentent, dans Tordre des relations bumaines, toutes les âmes délicates; de même, et à plus forte raison, en est -il ainsi poui" les rapp(jrts entre Tbommc et Dieu. Suivant la comparaison employée par saint Thomas, le péché crée une sorte de distance entre Dieu et nous.

Lors donc (^ue cesse l'acte du péché..., l'homme ne revient pas aussitôt dans l'état où il était auparavant; il y faut un mouvement de volonté, contraire au mouvement antérieur. Ainsi, lorsqu'on s'est éloip:né de quehiu'un, ne suffit-il pas de s'arrêter pour se rapprocher de lui; mais il faut un mouvement inverse pour nous ramener en arrière ^

Etant donné que nos fautes persévèrent devant Dieu comme une vivante réalité, on conçoit qu'une action positive soit nécessaire de notre part, sinon pour annuler les précédentes, du moins pour leur faire contrepoids et rétablir devant réternelle justice Téquilibre rompu. « Si l'homme, dit saint Thomas, ne saurait retrouver le temps perdu, du moins peutil compenser à l'avenir ce qu'il aurait dû faire dans le passé-. »

Mais encore quelle doit être cette action réparatrice

ï. Sum. th., i^ -2*\ qu. 86, art. -2. '2. Suppl., qu. 13, art. 1, ad 4""'.

et comment la concevoir? Ici trop souvent Ton est porté à confondre la réparation avec l'expiation, c'est-à-dire avec la peine qu'une loi naturelle ou positive rattache à nos méfaits.

Sans doute l'expiation ainsi entendue a sa raison d'être, que Fàme devine comme d'instinct, et dont la théologie a bien aperçu la logique.

Par le péché, l'homme a transgressé l'ordre de la justice divine; il ne peut y rentrer que par une peine compensatrice qui rétablit l'égalité. Ayant accordé à sa volonté plus qu'il ne devait en allant contre l'ordre de Dieu, il est juste que le pécheur, selon l'ordre de la justice divine, souffre spontanément ou malgré lui quelque chose qu'il ne voudrait pas.

Voilà pourquoi, dès ce monde, tout péché s'accompagne tôt ou tard de souffrances, sans compter les expiations de l'autre vie, et pourquoi aussi le pécheur se sent porté à s'infliger des pénitences volontaires. Cependant il est bien clair qu'il ne suffit pas de la peine pure et simple, si grande soit-elle; un autre élément est requis pour que la satispassio se transforme en saiisfnciio. Le Docteur Angélique continue aussitôt :

Étant donné que Ihomme s'unit à Dieu par la volonté, la souillure du péché ne peut être effacée de son àmc que si la volonté de l'homme accepte l'ordre de la justice divine, c'est-à-dire en ce sens (ju'il s'inflige une peine à lui-inènie de son propre gré, en compensation de la faute commise, ou encore qu'il supporte avec patience celles que Dieu lui envoie. De ces deux façons la peine aura vaUnu^ satisfactoire'.

Mais, dans les deux cas, intervient un facteur mo-

1. Sum. th., 1 ' -2', qu. 87, art. 0. Cl'. Supi»!., (ju. l.'i. art. -2.

POSTULATS PIIII.OSOPIIIQUKS KT I)()(;MATIQUES. isi

rai : huto de cet indispcMisablc <''l<''nicnt, la soufframe t(Hit(» s(Mil(^ reste une piiiiitiun sans (Mractère nîparâleur, a l^xpier uur lanle, écrit très justernrîit un auteur modcinc d'une uMMliocre ortiiodoxicî, M. W il- IVcd Monod, c/cst-à-dire subir toutfîS les cons«'*- (puMices (jui en découlent, ce n'est pas r<'*parer cette laute: retrihution n'est pas réparation*. » l'ourqu elle le devienne, il laul (jue la eonsei(;nce du C(»upal)le ratifie le bien-fondé du cluHinient et qu(î par là sa volonté S(* redresse vers la loi du bien.

VA l'on enlr(^voit sans doute comment tout ceci se relie à la notion catholique du péché (jue nous avons exposée tout à l'heure. Puisque le péché est essentiellement un désordre moral, qui ne voit, comme on Ta souvent dit et comme on doit le redire encore-, qu'il faut un acte moral pour le n'parer? « Deus iutnetur cor. » Le péché blesse Dieu, parce qu il est une méconnaissance de ses droits; il faut y répondre par une plus solennelle et plus sincère et plus pratique allirmation de son autorité suprême. Ou encore, si le péché est constitué par un manque d'obéissance et d'amour, on comprend que seul un témoignage d'amour et d'obéissance soit capable de le compenser. En vertu du même principe, on voit que plus grave est la faute, plus considérable devra être le surcroît d'hommage réparateur, u Satisfaire, disait saint Anselme, c'est rendre à Dieu l'honneur qui lui est dû^ », et toute restitution doit obéir à une loi de justice.

1. AV. MoNOD, Les bases psychologiques de la Rédemption, p. 6:>. Cf. p. 103-10'K

2. « Pour les réparations comme pour les ofl'enses, c'est le point de vue moral qui est surtout en jeu. » Hugon, op. cit., p. 93. Cf. Prat, TlxèolO(jic de saint Paul, t. H, p. !28i) : * La réparation d'une offense ne peut se faire que par un acte conscient et libre. »

3. Cur Deus liomo, I, il, approuvé par saint Thomas, Suppl.,qu. 1-2, art. 3. Cf. qu. 13, art. 1.

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