‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 52 sur 183 · Si'JH. //^., Suppl · texte numérisé non relu

Si'JH. //^., Suppl

POSTULATS PllllOStUMIUjI I s Kl I)()(;M ATIQUKS. 1M3

|) une pari, mi prul l,i ('(msiiiciMT coimn*' l.i liiMlinlion, rexprcssi(>Fi l.i plus parFailc. «Irs sentinicnls ifitinics. I^ar rapport aux linminos. l'arruMir iir inms paraît vérilal^lciuiMil siiK-ric (pic s'il se inaiiiruslL' au prix de quolcpu^s privations vl son intensité se mcsiirt^ à la <i^ran(lrur des sacrilices cpTil inspire. Ainsi en est-il par rappoi't à Dieu : iuahutio tt/f/n/is^ ct/n' bitio opcn's. 1) aulriî part, la soullrance en elle-nierne répond à la notion de justice qui préside à la satisfaction. Ia> pécheur a poui' ainsi dii-c enlevé à Dieu (]uelqu(U*lu)se de ce (pii lui est du : il est naturel (pi"à son tour il se dé|)ouillc lui-même de quelque chose pour le céder à Dieu; i)ar là, il anticipe d\ine certaine façon le ju<;*ement divin. Mais qui ne sait que le*; actes en soi les plus miM-itoires ne valent que par rintention qui les dirige? Ici donc l'élément moral se retrouve tout entier et avec une nouvelle rigueur. Après saint Paul, FMglise ne cesse de proclamer que, sans la charité, toutes les aumônes, toutes les prédications, toutes les mortifications seraient vaines. H Si la pénitence a la vertu de satisfaire, dit saint Thomas, c'est surioul à raison de la charité que rhomme apporte à la souiTrir '. )>

Ce qui revient à dire que. de toutes façons, ce que Dieu attend de la créature raisonnable, c'est sa soumission et son amour : tel est le seul hommage qui puisse plaire à son cœur. Lorsqu'elle a eu le malheur de le lui refuser, elle n'a plus d'autre ressource, pour

\. Sum. th.. Suppl., qu. 13. ari. ± On comparera sainte Catherine de Sienne écrivant : « Dieu lui disait : Ne sais-tu pas, ma lllle, que toutes les peines que IVinie su|>porte ou peut supporter en cette vie ne suflisent pas à punir mcnic la plus petite faute? L'offense qui m'est faite à moi, le Bien inliui. appelle une satisfaction infinie. CVsi pourquoi je veu\ que lu saches que toutes les i^eines de cette vie ne sont pas une punition, mais une correction... Mais c'est avec le désir de l'âme que l'on expie, c'est par la vraie contrition, c'est par le regret du pèche que l'on satisfait a la faute et à la peine. » Dialog., i, i; tiad. IlriMArn, Paris. 1013. t. 1, |). «).

18i EXPLICATION CATHOLIQUE DU MYSTERE.

faire oublier sa faute, que de la détester et condamner par un sincère repentir, dont les pénitences extérieures seront naturellement le fruit, puis de se remettre au service de Dieu avec une ardeur nouvelle, une scrupuleuse fidélité, dans l'espoir de se faire pardonner à force de dévouement. « Parce qu'elle a beaucoup aimé, disait Jésus de Madeleine, beaucoup de péchés lui sont remis » (Luc, vu, 47).

Ainsi ferait un sujet rebelle vis-à-vis de son souverain, un fils à l'égard de son père offensé. Notre conduite à l'égard de Dieu doit s'inspirer des mêmes sentiments, et Ton voit que, pour réparer le péché comme pour le concevoir, nous restons dans l'ordre des plus hautes réalités morales.

Tous ces principes, si nous avons bien su les entendre, valent absolument, parce que fondés sur l'essence des choses; ils s'appliqueraient donc dans le cas de simples relations, naturelles ou surnaturelles, entre l'homme et Dieu. Ce n'est pas en ce moment la question de savoir si l'homme serait capable d'offrir à Dieu, par ses seules forces, la réparation suffisante de son péché; du moins pourrait-il et devrait-il l'ébaucher dans la mesure de ses moyens et suivant la marche que nous avons décrite. Mais on sait que le cas est purement théorique ; car la foi nous offre un médiateur dans la personne de Notre- Seigneur Jésus-Christ.

Il peut sembler superflu de rappeler le dogme christologique do Tl^glise. Cependant, pour qui s'est un peu familiarisé avec certaine littérature moderne, il est aisé de se rendre compte que plusieurs auteurs, qui veulent encore se dire croyants, sont loin de

POSTULATS l»llll.()SniMII(JI KS KT !)()( i.M AilQlJKS. is:,

])()ssé(lerà crX r^dvd une doclriiicj l^Tirif.*, (|uan(l ils ne (lissimulont pas sous iirh* |)hr.is(î()l()^'-ie pieuse les erreurs ou les coulusious les i)lus f^rossières. Or, u'est-il pas évident que Tœuvrc du (Ihrist est en raj)port avec sa personne oX (jue la liédennption, en un mot, suppose riuearnaliony Si JT'SUsde Nazareth n'est (pi'uu lioinnie ordinaire, fut-il le plus saint et le plus parfait, son action sera du môme ordre que celle que les meilleurs d'entre nous exercent sur leurs semblables, et rien de plus. A la hase d('s théories pr('tendues modernes de la Rédemption, se trouve la notion d'un C.hrist ainsi diminué: inversement, la doctrine catholique repose sur la foi traditionnelle au Christ Fils de Dieu.

Un enfant de l'église tient donc et professe que Jésus-Christ notre Sauveur est Dieu et homme tout ensemble ; il adore en sa personne un Dieu fait homme ou, si l'on aime mieux, un homme uni hypostatiquement k la divinité. Notre Christ nest pas je ne sais quel amalgame informe de la divinité et de l'humanité, ni un homme pur et simple vaguement assisté ou inspiré de l'esprit divin. Il est un être humain de notre famille et de notre race, ayant une intelligence pour comprendre, un cœur pour aimer, une volonté pour agir, dont l'activité se développe par conséquent dans les conditions communes de l'humanité. Mais la source profonde comme le terme dernier de ses actes est en dehors et au-dessus de la sphère terrestre : cette nature humaine est possédée et appropriée par une personne divine dans la plus indissoluble des unions, celle qui constitue notre individualité. Et tout cela ne veut être que la révélation évangélique du Fils de Dieu, traduite le moins imparfaitement possible dans le langage technique de la théologie.

De la nature du Christ découle son rôle. Créature parfaite de Dieu, privilégiée des dons les plus purs

isr. EXPLICATION CAÏIIOLIQUE DU MYSTERE.

(Je la grâce, son humanité nous apparaît d'abord comme le chet-d'œuvre des mains divines ' : c'est (( le Fils bien-aimé, en qui le Père a mis toutes ses complaisances ». De ce chef, il a le devoir et le pouvoir de rendre à Dieu le plus parfait hommage. Et de fait, à travers Tl^vangile, Jésus nous apparaît, comme aux jours de son enfance, tout entier aux choses du Père, de ce Père dont il ne parle jamais ([u'avec les accents de la plus profonde tendresse et de la plus religieuse gravité, dont la volonté fait sa nourriture et dont le service constitue toute sa mission.

A ce rôle personnel s'ajoute un mandat qu'on peut dire social-. Jésus est l'envoyé du Père auprès des hommes et, comme saint Paul devait dire bientôt, « le médiateur entre Dieu et nous » (/ Tini.^ ii, 5;. Par où il faut entendre que le Christ est rintermédiàiro de Dieu à nous, c'est-à-dire l'organe de ses révélations, le porte-parole de ses volontés, et réciproquement, de notre côté, qu'il est la source unique du salut, le seul moyen que nous ayons d'aller à Dieu, et, suivant son expressive formule, « la voie, la vérité et la vie » .

Plus encore, dans l'économie de l'ordre surnaturel le Christ a un rôle représentatif : devant Dieu, il est le chef moral de Thumanité. Et il n'est pas nécessaire pour cela d'imaginer avec M. Wilfred Monod que le Christ, « être unique, tout en réalisant l'idéal de l'individu, condensa dans sa personne la plénitude

1. Voir 8<n?î. //j., pars W. qu. T : « /><• f/rcUia Chrisli. secunduin i/uod rsl quidam st'nrfulan's liomo. •> Parmi les plus récents corumentatcMirs du docfeur angélique, on peut consulter B. Schwaim, Le i'/nist d'après Hfnnt Thomas d'Aquiu, Paris, lîHO, cli. n. p. firi-lOG.

2. C'est dans la.SV>?>?»?r //ico^o/y/q'î<r l'objet de la question suivatile : • De f/ratin C/iriali.seciindinn qinul cstrnpvl Fxcli'siar. .. cf. Scn>>Ai "m, o)t, r?t., cil. m. p. l(Mi-1()S.

POSTULATS IMIII nSOl'IllQlKS KT IKXlMATIl^l'ES. Ih7

(le l'esprce* ». Nous lu; «lirons pas davantage avec M. liaininiic : « (hi()i(|U(' la natun; du \'(îrl>e soit un«; nature individuell(3 <>t que le (.lirist soit un liornine «lislinct dos auli'cs, néanmoins cette nature; humaine a(.(iuicrt par son union liyposlati(|ur avec une personne divine un earactèn; d'universalité^. » (^ette Sorte de réalisme, qui rapj»elle les plus étranges s[)éculations du moyen Age, serait sans d(jute trop piMi intelligible à des esprits avidc^s de précision, il sullit de dire, avec saint Paul, (|ue le (Jirist a été constitué par Dieu nouvel Adam, c'est-à-dire la tête et le représentant de la famille humaine, pour que la solidarité d(^ sa vie sainte compensât à notre prolit le lamentahle héritage du premier père. « Comme tous meurent en Adam, ainsi dans le Christ tous seront vivifiés » (/ Cor., xv. 22 .

D'où il suit que le Christ n'est pas pour nous un étranger. Homme, il l'ut soumis à toutes les obligations morales de riiumanité, qu'il remplit avec une inaltérable ptu^fection : à cet égard, il est notre modèle, « le premier-né de plusieurs i'rères ». le type idéal de l'âme régénérée. Chef moral de l'humanité, il agit en notre lieu et place, accomplissant ce que nous aurions dû faire nous-mêmes, ce que nous devons maintenant faire à sa suite et à quoi ne cesse de nous solliciter son esprit présent au fond de notre cœur. De lui nous tenons tout, mais à condition d'unir en tout notre àme à la sienne. Il est logique, en effet, que les meml)res suivent l'impulsion de Ici tète, que chacun des hommes vienne ratifier par son adhésion personnelle l'œuvre de son représentant.

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