‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 55 sur 183 · Par exemple HruiEr., t. H, p. ^-21 et siiiv · texte numérisé non relu

Par exemple HruiEr., t. H, p. ^-21 et siiiv

xvii' siècle la considération du sacerdoce et du sacrijice de Notre-Seigneur Jésus-Christ : il y a sur ce point toute une littérature, dont Touvrage bien connu du P. de Condren forme le chef-d'œuvre*. C'est pourquoi on a pu écrire avec raison : « Pour Je catholique, c'est un dogme que la mort du Sauveur fut un véritable sacrifice-. »

Il n est donc pas d'idée plus traditionnelle et qui soit plus indissolublement liée à l'expression de la doctrine rédemptrice. En effet, le sacrifice représente 1 acte par excellence de la religion, par lequel la créature rend au Créateur le plus grand hommage dont elle soit capable et sefforce dattirer sur ellemême les miséricordes divines. De ce chef, l'idée de sacrifice convient à la mort du Sauveur, au moins en ce sens qu'elle a sa valeur propre devant Dieu et devient par là même un moyen assuré de nous obtenir ses faveurs.

Qui ne voit cependant qu'il faut, si l'on veut préciser théologiquement le sens du mystère, dépasser cette affirmation générale où sénonce la foi ? Or ici la notion de sacrifice est loin de tenir les promesses dont elle pouvait d'abord sembler riche.

Un premier inconvénient, celui-ci tout à fait accidentel, c'est que l'habitude permet de la traiter comme une valeur en soi : d'où facilement il arrive (|u'on emploie le mot sans se préoccuper de définir la chose. On jugera du procédé par cet exemple pris à saint Grégoire le Grand.

1. Voir ('paiement Léonard m. Massiot, Traité du sacerdoce et du sni-ri/lce de Jrsus-i'hrisf. Poitiers, Klcuriau, 1708. « Plowdeii. un Ani;lais qui habilail la Krance, a (Mril en Iranrais aussi un Traitr 'hi satTi/ice de Jcsus-Chrisf [Pims, illH] (\u\ se rapprorlie assez de celui <le Massiol. >• Oxksuam, Jfisloire dn dogme de la Rrde/tij)fion, trad.

UlMNKAl , p. 2H(i.

t2. Hic.oN, o;>. cil., p. 117. CI. .1. <.i;iMAi,. Le Sacerdoce el (c Sncri/ice de \ot re-Sei{/neiir Jr.s II s-C/irisf^^ Paris, 1911, p. i.-i.'i.

KI.KMKNTS I()KMI:LS IH M^STIUK. vq;

('ivé ])()Ur la vie, mais iwcr rusiinc dr son lilu-f» .ii'' iro. riioinine se lit. voloiit.iircinciit rcsrl.ive de la nn»rf. Cette faute drvait donc être détnntc, mais clic ne pou vait Tctrc «juo i)ar un sacrilicc. Il t'allait y pourvoir. ('cpcn(iant. (|uel sacrilice Iroincr ([aù J)Ù1 absoudre les lioninies/ Il n'était pas juste, en ciret, (juc j)Our riioniine raisonnahle des victimes animales fussent immolées. I »*(>ù ra])()tre a dit : « Ces victimes étaient nécessaires pour })urili(M' l(\s exemplaires des choses célestes: mais il 1^1 fallait d'autres ])our l(»s choses célestes elles-mêmes » {Ih'br., i\, ?;]). Si donc les animaux sans raison n'étaient pas uiuî victime convenable j)our cet animal raisonna l)h* qu'est rhommc, ii fallait clierciier un homme qui dût être olïert par les hommes, de telle sorte que pour un [)écheur doué d(^ raison une victime raisonnable fût éu'orgée. Mais quoi ? On ne pouvait trouver dliomme sans péché, et comment une hostie ])ar nous offerte nous p(^urrait-elle purilier si elle n'est elle-même sans péclié? En etî'et, une victime souillée n^^ pouvait purilier les hommes souillés. Ainsi donc, pour avoir une victime raisonnable, il fallait oiTrir un bonnne, et pour qu'il pût purifier l'homme de ses péchés, il fallait que cet homme fût lui-même sanspéché.Mais comment un homme seraitil sans péché, tant qu'il héritait de la tache originelle/ (."est pourquoi le Fils de Dieu descendit pour nous dans le sein de la vierge et pour nous s'y fît homme. Il prit notre nature, non pas notre faute. Ainsi put-il offrir le sacrifice pour nous, faisant de son corps une victime sans tache pour les pécheurs, qui fût capable de mouri:par son humanité et d(^ nous purifier par sa justices

Dans ce développement on reconnaîtra sans peine le schéma d'une théologie de la Rédemption ; mais n'est-il pas évident que c'est là un simple cadre? Il y est beaucoup question de sacrifice; mais sans qu'on dise en quoi il consiste, ni par conséquent pourquoi il est nécessaire et comment la mort du

1. (.REGun.MAGN., Moral.. \\b. \Vn. i\ \\\. iG: P. L.. lAWl.col. .>2

Christ en réalise les conditions. Et Ton pourrait facilement multiplier les exemples, où le même thème est développé , tant chez les Pères que chez des auteurs modernes, sans que soit définie davantage la notion essentielle qui en forme la base logique.

Serait-ce que Fidée de sacrifice a par elle-même un sens évident et qui s'impose à quiconque prononce le mot y On se Fimagine parfois, et il ne dépend pas de certains manuels que cette illusion ne soit encore plus accréditée. Cependant les théologiens savent qu'il y a sur ce point de notables divergences entre les écoles catholiques. Sans doute, une opinion qu'on peut dire classique place l'essence du sacrifice dans la destruction de la victime. D'où il suit que Faccent principal est mis sur Fidée de justice, donc sur la valeur du sang et de la mort pour Facquittcment de la peine ; et par là se construit toute une apologétique populaire de l'expiation. Mais d'autres estiment que l'essentiel du sacrifice est, abstraction faite de toute destruction, dans la consécration et l'offrande symbolique faite à Dieu d un objet qui lui est agréable. C'est le sentiment de Suarez, qui a été rajeuni dans ces dernières années par des tliéologiens de haute valeur^ ; et qui ne voit que cette conception fondamentale aura sa répercussion dans la manière de comprendre la mort du Sauveur?

Étant donnée cette controverse, il est hors de doute qu'on fait œuvre décevante en employant comme clair et univoque un terme qui a précisément besoin d'être défini et dont la définition même est si sérieu-

1. Sur ceUc conlrovcisc classique, voir G. van Nooin, Tractatiis de Sacramcnlis, Amsterdam, 1<)l(), p. 343-.'î4G. Cf. Hre.ON, op. cit., |). 104. Comme [jartisans d(î la seconde opinion, l'auteur cite, outre deux théologiens allemaiids, Scheeheii et Schan/, deux Sulpiciens Iraiicais bien connus pour leurs travaux théologi(|ues, MM. Bruneau et I.epin.

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sciiH'nl conlcsltM'. Au lieu diiii lar;^(; rdilice doclrinal accessible h Ions les csj)rils, on n'a plus ([u'unt; l'açade fra<i;'il(^ ou, ce (|ni est pire encore, uric construction de coinbal. rel nous païaît T'Ire, au pointde vu(î de la spéculai ion tli(''olo<^^i(|ue, le plus ^-rave déficit du conc(»ptdo sacrilice.

Ajoutons <|ue cette analo<^ic, prise au Ian|^a^(» rituel, n'exprime ([u'um^ Faible partie de cette r('*alité complexe <ju'est le mysière de la Croix rc'demptriec. I^lnlrela mort liéroï([ue de Jésus-Christ et régcjrgement des victimes sui' Tautel, on peut bien trouver (]uelques traits de ressemblance, qui permettent d'instituer un certain rapport ; mais n'est-il pas également vrai qu(^ ce qui frappe le plus, au premier abord, ce sont les différences et que la réflexion ne parvient pas à les atténuer toutes r* Aussi les théologiens qui sont soucieux de précision ne veulent-ils pas employer Texprcssion traditionnelle sans ce que l'on a très bien appelé « le correctif indispensable » '. Saint Thomas qui admet, à n'en pas douter, un verum savvificiuni -, ajoute en même temps cette nuance trop oubliée : « La mort du Christ fut une manière de sacrifice très agréable à Dieu » (quod- DAM sACRiFiciUM acceptissimuni Deo)^ — et cette formule de significative réserve est d'autant plus remarquable chez un maître dont la pensée rigoureuse s'exprime en termes si soigneusement mesurés. C'est un sentiment du même ordre qu'inspire au lecteur la page suivante de M^' Iledley. *

Les théologiens catholiques ont toujours pour objet, dans leurs efïbrts en vue d'établir une définition du sacrifice, d'en trouver une qui convienne au grand sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ. La passion et la mort

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