‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 57 sur 183 · M-' Hedi.kv 0}f. rit., 1». 10:i-l!»(i · texte numérisé non relu

M-' Hedi.kv 0}f. rit., 1». 10:i-l!»(i

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pins cxcelleiitr, autant (juc raiititypc •'•(•li|)S(' la timirc ' t (jiic la ivalitt' elVacc^ h^s syiiihoUvs. (j'est un vice de lo^'i que et de méthode. Au (Calvaire. .Iésiis-(.'hi'ist n'est, pis seulement victime : il est saerilieatcur '.

Après ces aulorilcs calindiciues, nous scra-l-il [)ermis de ciLer ([uclcjnes lignes d un éci ivain rationaliste f* (le S(Ta, bien entendu, à litre de sim|)le ar<^ument (id honiincm et sans prendre a notre compte les exagérations ([u'elles conliennenl. Mais sans doute peuvenl-elles servir à mettre en relief le vice rédliihiloire de certaines assimilations.

Il est impossible de rapprocher, autrement que ])ci; métaphore, la mort du Christ sur la croix du rite de 1: victime immolée et hrùlée sur l'autel. Pour réaliser sur le Calvaire l'idée du sacritice antique, il faut faire de la Croix un autel; des bourreaux du Christ, des prêtres sacriHcateurs, ou bien dire que Jésus a été tout ensemi^h et prêtre et victime; encore la symétrie et la correspondance restent-elles imparfaites, car Jésus ne s'attache pa> lui-même à la croix. Sans doute, on peut littérairement se plaire à cet ingénieux parallèle; mais en le dévelop pant, on ne fera jamais, comme l'auteur de l'épitre aux Hébreux, qu'une allégorie, où les mots seront d'un côté et la nature réelle des faits d(^ l'autre. Encore faut-il noter une dilférence essentielle entre cette mort du Christ et le sacritice de l'autel. Dans ce dernier on ne demandait pas le consentement de la victime -.

En revanche, l'idée de sacrifice recueille des adhésions bien faites pour la compromettre. Un auteur italien signalait naguère, non sans ([uelque grandiloquence, « ht stupenda e suhlintc teologia de/ sucîi'fjcio

1. K. PiiAT, La tkcologic de saint Paul. l. Il, p. -271. M. d'Alès vuiî \\ cl approuve comme fort opportun « le pro^'nimme de cet ografilissement » fleinandé par M-' Hed]e>. Loc. rit., p. 18h.

•2. A. Sahatiki;. op. cit.. p. [V^-9{i.

cristiano » et s'indignait que l'on osât trouver impropre cette expression de nos saints livres ^ Pour réduire ces scrupules à leur juste valeur, il sutlit de savoir qu'ils étaient formulés par M. Salvatore Minocchi, un des chefs et une des victimes du modernisme en Italie.

Avec moins d'emphase, certains protestants modernes voudraient ramener les théologiens à la notion biblique de sacrifice^. Et sans doute peut-on voir, dans cette religion du terme scripturaire, un effort intéressant pour donner un suprême centre de ralliement aux troupes débandées de l'orthodoxie : mais cette antique expression offre-t-elle un sens assez précis pour s'imposer par elle-même, ou bien ne serait-elle pas un voile commode pour abriter les conceptions les plus contradictoires et dissimuler, en somme, Tabsence de toute foi positive?

Car la raison n'est pas difficile à découvrir de ces subites sympathies dont les réformateurs de toute catégorie se plaisent à entourer la notion de sacrifice. Auguste Sabatier l'exprime sans ambages.

Acte de dévouement absolu, la mort du Christ n'appartient pas à l'ordre des sacrifices rituels, mais à un ordre infiniment plus élevé, à l'ordre moral. Socrate refuse de sortir de prison et de fuir, par respect pour les lois de son pays; Winkelried se dévoue à Sempach et prend à brassée les piques autrichiennes, pour frayer une route cà ses compagnons; le chevalier d'Assas, en mourant, donne la victoire à sa patrie. Et l'on parle, dans l'histoire, du sacrifice de ces héros. Mais qui ne voit que le mot a pris un sens moral, qu'il est devenu une métaphore dont tout le monde se sert, mais dont personne

1. s. MiNocciiF, dans Sliidi rcligiosi^i. V (190G), p. 557 et 578.

2. Voir en particulier G.-C. Foley, Ansielm''s thcory of thc Atone ment, p. 207 et 213, et, chez nous, K. Mim.go/, Le pcrhé et la Rcdemp-

ion fVaprès saint Paul, p. 2W.

KLKMLMs louMi'j.s 1)1. \nsTMn: M.J

n'est dupe? Il ne r;iiit j>as èli'o davanUL^c diipr (iu mot, quand on i)ai*lo du s.ici'ilicc du Cln-ist '.

Kt M. Minocclii nVnlondait pas les rhoscs autroincnl*-.

(Icrtains autours catli()li(|ucs na s(Tai<'nt-ils pas, malgn'' tout, los dupes — assurf'ment inconscientes — de celte expression équivoque? On serait tent<'' de le croire à lire ce morceau d un pr<'di(;aleur distin-

o'ué.

H ne pouvait être conçu de plus beau sacrifice commencé (|ue celui du Christ au (letlisémani, sanctionné que celui du Clirist devant Caiphe, devant Piiate, consommé que celui du Christ au Calvaire. Parce que l'humanité a, dans cette vertu suréminente, tout l'attrait dont elle peut avoir besoin pour se délivrer du mal, le refouler aux enfers, déiiager sa conscience de ses étreintes, par conséquent aller au bien proportionellement, nous conclurons, Messieurs, deux choses : à savoir, d'abord, que Jésus mérite bien, à notre égard, le titre souverain de Rédempteur, qu'il est le Rédempteur par excellence; en second lieu, que la justice divine est satisfaite, en tant

1. A. S.viiATiKi;, op. cil., p. 97. Voici, loiii^tempsaupaiavant, une interpretalioii du même genre, bien que plus discrète, duc à un im|)Orlant théologien de Strasbourg : - En réalité. Christ est mort victime sur la croix pour le salut des hommes. En se soumettant volontairement à toutes les calamités et aux épreuves qui étaient inséparables de l'œuvre du salut que le Père lui avait contiée, il se sacrifia lui-même pour l'humanité. Elle est donc aussi un sacrifice volontaire pour le salut tlu monde cette mort qui s'unit étroitement avec l'œuvre entière du Sauveur, dont elle est une paitie essentielle... Dans un sens seulement, la mort de Jésus nous parait encore un sacrifice : en tant qu'il s'est donné lui-même pour la grande cause de la Rédemption de l'humanité et de la fondation du royaume de Dieu. » K. Brlcii, Christianisinc et foi chrétienne, Xnxd. Caz.wx, t. II, p. \->o. Cl. p. 115.

'2. « Gesû realmente non o|)orùaltriment!^ non alirimenti ci redense, con la sua vita, la sua doltrina e la sua morte, che adempiendo per lorza d'amore alla legge délia umana solidarietn, insegnaudo, benelicando, morendo Ira noi et con noi et per noi. >> Lnc. cit., p. 584.

214 EXPLICATION ( ATHOLIQLK DL MYSTEUE.

• (pie Jésus, par sa vie, mais par sa mort surtout, a ij^alvanisé la conscience humaine dans sa lutte contre le m; I moral.

Ainsi il est véritablement intermédiaire entre la justice de Dieu et la conscience de l'humanité : ainsi, pour continuer à parler notre langage métaphorique, suscitant, par ses suggestions irrésistibles, la conscience de riiumanité vers le bien, liors du mal. il apaise la justice de Dieu et il mérite pour tous les hommes.

Et lauteur évoquant, à l'appui de sa thèse, « les noms des Décius. des Ivpaminondas, des d'Assas )>. « le geste d'un Condé à Nordlingen ou d'an Bonaparte à Arcole », de s'écrier :

Kncore un coup, quel est le sens, quelle est la valeur de ce geste? Grâce à lui la bataille est gagnée. Or il n"a fait (qu'une chose : donner lui-même l'exemple en se dévouant. Parle fait il s'immolait pour la patrie ou la gloire... Tel est le sacrifice que nous appelons dévouement...

Or, Messieurs, nous ne saurions trop le répéter. l'Homme-Dieu a voulu ce dévouement de sa part, mais porté à ses extrémités d'amour... Pour qui? Pour vous, pour nous tous. Messieurs, })Our tous les hommes, pouv rhumanité tout entière. A quelle fin? Pour entraîner rhumanité à sa suite, pour la faire vaincre ])ar son exemple^.

Il est douteux qu'aucun théologien consente à trouver dans cette page une expression suffisante, ou seulement correcte, du mystère de la Rédemption.

Ces divers motifs permettent de conclure que la notion de sacrifice ne se suffit pas à elle-même pour fournir l'explication cherchée de l'œuvre rédemptrice. Si l'on néglige de la définir, il reste qu'en utilisant les termes consacrés du vocabulaire rituel on

i. {'.. yriFAisii X, Lo lirdrmjiHon, Paris. 1fK»-2, p. <i:>i-«i.'>G.

KLKMKMS H)UMI:lS l)i: i\nSTKIU': '.15

«it'cuiimK' tl<'^ Inrinulcs sans icjusislaiicc. (!"llr, im;lliode. si elle «'l.iil pimsscr, jus(|iraii boni et par honlicur elle nr l'rsl jamais c()iii|>l('tornont - aboutirait à ce que U'S crovaiils sr. coiilcnlcnt (!«' r«'*p<ler <les locutions couvcnlionuclles sans en (licichcr le véritable contenu; et par lii, non seulement on linii-ait par laisser échapper l;i si^iiilication piofonde du mystère, mais la foi elle-même serait exposée à des eritiiiues facilement vielorieuses '. Kt le danpi'er deviendrait plus i;*rave encore, si, <i^ri\ce à Téquivoquc d'un terme trop peu précis, on devait favoriser Tiniiltration sournoise du rationalisme.

(hie si l'on entrepriîud de donner au pn^alable une détinition du sacrifice, il faudra la faire assez large pour planer au-dessus des systèmes. (?est de quoi saperçoivent les tliéologiens attentifs aux réalités. Ainsi le P. Prat, qui s'arrrete à la formule suivante : «. Rite religieux dans leipiel un objet sensiljle est détruit en l'honneur de la divinité » et en commente de la sorte la volontaire discrétion : « 11 n'est pas expédient de préciser davantage en faisant entrer dans la notion de sacrifice soit la manière de roiïrir, soit le but immédiat visé par les adorateurs, soit le mode d'opération, réel ou supposé, du rite sacré; car une définition trop explicite a le double inconvénient de ne pas convenir à tout sacrifice et de reposer sur des théories contestables'-. )> Mais quelle lumière pourra-t-on tirer pour l'intelligence de la Rédemption d'une notion ainsi réduite?

Et Ton insistera peut-être que ces théories mêmes supposent un fond commun, que le sacrifice signitie

1. M. d'Alès écrit : < Le don de soi. allant jusqu'à la mort, n'est |)as une notion tellement abstruse que. pour Tentendre, il faille recourir à une science bien rare • 'loc. cit., p. 187\ Serait-ce là tout le sens dogmatique du sac ri lice?

'2. F. PiiAT, op. rit., p. -2(Vu

pour tous les théologiens une oblation sensible destinée à reconnaître le souverain domaine de Dieu et à réaliser avec lui la communion religieuse de la créature; que d'ailleurs, en fait, le sacrifice consiste toujours dans une immolation *, 11 est très vrai, et dans ce sens on peut et doit parler de sacrifice à propos du mystère de la croix : c'est l'énoncé même de la foi catholique. Mais cette affirmation ne semble-t-elle pas soulever plus de problèmes qu'elle n'offre de solutions? Loin do fournir une explication au théologien qui cherche à préciser la signification de la mort du Christ et le pourquoi de sa valeur rédemptrice, elle a besoin à son tour d'être expliquée. En d'autres termes, si l'idée de sacrifice appartient à l'écononie dogmatique du mystère, elle est par ellemême insuffisante pour en réaliser une interprétation vraiment théologique.

Aussi ne peut-on s'en contenter, et, si la théologie catholique la conserve à bon droit, c'est en s'efforçant d'analyser plus à fond la réalité qu'elle exprime et qui lui donne tout son sens.

Du reste, ces notions de rançon et de sacrifice ont été supplantées dans la langue des écoles par le terme technique de satisfaction-.

Celui-ci ne peut pas se réclamer de l'Ecriture, ni de la tradition patristiquc : l'Écriture ignore le mot et si les Pères latins l'emploient couramment pour dé-

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