Ko. U\ c.oy, Ilevue Ihomiste, li)l2, p. î»4-f)o
5. Il faut y ajouter le terme jumeau de mérite : l'un et l'autre ont la même origine et la même destinée. Quoique formellement distincts, les rleux mois sont pratiquement synonymes : les observalions qui suivent s'appii(iuent également aux deux.
i<:lkmi:nts i ohmki.s du mystkkk. :?i7
sif^'ner les (Piivies j)i;ni(onli<'lIrs du pécheur, c/esl un fait notoire (jii On ne liouvc pus de cas où ils rai(»nt ap|)li(|iié à Tomivimî nMleniplrico du CJii'isl. de uièuK^ ([u'il demeure cucoim' <'*tran^''er à la tliéolo^^ie i»'rec(iue. Mais, au dciail de la période s(;olasti(|ue, saint Anselme allait en (aire la hase de son Cur l)eus /fo/no^ d'où il s'(*st inlioduil tout nalurellemenl. iuali'r('* 1(* silence respectueux ohservc' h son endroit par le iMaître des Senlences, dans toute la théologie scolastique et moderne.
Les historiens du dehors ont parfois entrepris de discréditer, par celte nouveauté rehitive, le terme et rid(^e de satisfaction. iMais les faits de l'histoire ont suffisamment familiarisé les théologiens avec des cas de ce genre pour les mettre en garde contre toute tentation de surprise ou de scandale. Tout le monde sait qu une même foi fondamentale peut recevoir des expressions ditlérentes, que plus d'une fois le besoin se fait sentir, au cours des âges, de formules plus précises, là où pendant longtemps on s'était contenté de plus vagues. Souvent c'est la controverse qui est l'occasion de ce développement; mais aussi le seul progrès de la pensée chrétienne suffit à le réaliser : tel est le cas pour la théologie de la Rédemption. Le fait même que l'idée de satisfaction ait été si rapidement et si universellement acceptée est la preuve qu'on n'y voyait pas une innovation doctrinale, mais seulement une manière plus heureuse d'exprimer la foi traditionnelle. Enfin la consécration que ce terme d'école a reçue dans le formulaire olficiel de 1 Église est la suprême et décisive garantie de sa valeur.
Voilà pourquoi la théologie de la Rédemption est depuis longtemps construite autour du concept de satisfaction, tellement que lun et l'autre sont unis désormais, dans notre esprit comme dans notre langage, par une association indissoluble. Et ce fait, u: Dor.Mi: m: i, v rkokaiption. 13
même en dehors de toute considération d'autorité, doit être regardé comme des plus heureux. Car la satisfaction est chose d'expérience commune ; chaque chrétien, ayant plus ou moins connu le péché, connaît aAissi, parles indications de sa conscience et renseignement de l'Église, les moyens de le réparer. La satisfaction est encore une réalité de l'ordre moral : chacun sait que les œuvres matérielles, quelles qu'elles soient, n'ont de valeur que par l'intention qui les anime. Ces deux circonstances rendent l'idée de satisfaction plus apte que toute autre à qualifier l'œuvre rédemptrice que le Christ accomplit devant Dieu au nom de l'humanité coupable et à glisser dans l'intelligence, même la plus rudimentaire, une notion concrète de sa nature.
Néanmoins il s'en faut que tous les exposés théologiques qui l'exploitent soient également réussis. 11 n'est pas de formule tellement adéquate à son objet qu'elle pn^serve quasi automatiquement de la moindre déviation ceux-là mêmes qui la répètent avec le plus de bonne volonté. Et si cela est vrai partout, à plus forte raison dans Tordre des questions théologiques, qui soulèvent toujours tant de difficultés et facilitent non moins de méprises. Aussi ne s'étonnera-t-on pas que le concept de satisfaction n'ait pas empêché quelques théologiens de payer leur tribut à l'humaine faiblesse ^
<( Satisfaction » est un terme de la langue juridique, depuis longtemps passé, non seulement dans le langage ecch'siastique, mais dans l'usage courant,
1. Kccemmciit le procès de la satisfaction a été vivement mené par M. d'Alcs. lue. cit., p. 177-178 et iî)4-10:i. Cependant, à côté d'elle. les autres notions lui paraissent « moins ricties.... moins |)lastiques el moins aptes à épouser tous les contours du dogme » ip. 180), les autres llieories « plus rudimcntaires et moins comprélicnsives • (p. IfK. .
KLKMKNTS lOKMKLS 1)1 MVSTKUK. MU
|M)ur si^nili(*r racle par l('<|uol on désintériîssc; quol- (|u un ù proportion de son droit. Avant tout, il comporte donc une idi'C de mesurer et d éf^^'alitr : Tétymolo^ie /<^/r('/'c^ ,s7^//.s- est, ;i cet rj^ard, revf'datrice. \m matiènî d'argent, où ce terme reçoit son a|)plicalion la plus facile, satislaclion sij^nilie le paiement inté- *>ral de la délie. Mais on |)eut TappliquiT aussi en niatièri^ morale; satislaclion d('si;^'-ne alors laccomplissement adéquat du devoir ou encore la réparation sul'lisante de l'injure, le devoir et l'injure pouvant être compart's à une sorte de (hute. celle-là obli^raloirc et lég-itime, celle-ci volontaire et coupable. Dans tous les cas, la satisfaction requiert l'équilibre pour ainsi dire physique et (pianlitalif entre le doit et ravoir; elle est donc essentiellement affaire de justice et n'existerait à vrai dire pas s'il y avait lieu à une remise quelconque, comme serait le cas d'une dette qui n'est pas payée, d'un devoir qui n'est pas accompli, d'une réparation d'honneur qui n'est pas suffisante.
C'est bien dans ce sens et avec cette nuance que la théologie rédemptrice a compris lidée de satisfaction. On veut exprimer par là la proportion aussi rigoureuse que possible entre ce que Dieu demandait de nous et ce que le Christ-Sauveur a fourni à notre place- Mais le danger était de s'arrêter à cet aspect tout formaliste et extrinsèque, de retenir le schématisme juridique en négligeant la réalité qui en est la base, et certaine théologie n'y a pas toujours échappé.
Non seulement nous pourrions évoquer le souvenir de la scolastique décadente et de ces longues discussions qui remplissent les traités de l'époque pour savoir si la satisfaction du Christ est, ou non. ad strictos iuris apices. Mais, sans parler de ces abus d'un autre âge, il arrive parfois à certains théologiens ou apologistes d'en commettre de semblables sur la
doctrine essentielle de 1 Église. Qui n'a lu de ces exposés, manuels classiques ou œuvres de vulgarisation, où Ion établit par d'excellentes thèses que l'homme devait à Dieu une satisfaction pour son péché et qu'il était dans le plan divin d'exiger une satisfaction proportionnée à la faute; que l'homme, à cause mémo de son péché, ne pouvait dans ces conditions acquitter sa dette; qu'il fallait donc un Homme-Dieu pour fournir la satisfaction requise; mais aussi que la Passion du Christ, à raison de la dignité de sa personne et de Tintensité de son amour, a réalisé une satisfaction non seulement suffisante mais surabondante à linlini ? Et tout cela serait parfait, si Ton n'oubliait de définir au préalable la réalité dont on parle. C'est bien la doctrine catholique et la succession des thèses qui en développent le contenu; mais tout cela demeure comme vu du dehors. D'où il suit qu'on peut lire de fort belles pages sur ce thème sans savoir en quoi précisément la satisfaction consiste, ni ce qui, dans la vie et la mort du Christ, peut en motiver l'application.
On dira peut-être que la chose va de soi et que tout le monde doit comprendre à première vue ce que signifie le mot de satisfaction. Il n'en est rien; et cette id('e mériterait déjà quelque explication, même quand il s'agit des œuvres de l'homme, a foriiorl lorsqu'on l'applique par analogie à l'œuvre du médiateur. La satisfaction, que ses premiers initiateurs avaient situ<'e en pleine vie psychologique, en arrive à être traitée comme une valeur absolue. Et ce fait est doublement fâcheux, soit parce que ce formalisme iTa rien de commun avec la vcTitable tliéologie, soit ])nrcc (|uc notre Age est moins disposé que tout autre à se nourrir de ces sortes d'abstractions.
Aussi bien le défaut poussé à ce point est-il plutôt
KLICMKMS l()inii;i s IM MVSTKUK. 'n\
rai'c: lu pliipiiil des llH''(>Io<^i«Mis drlinissrnl la satisfaction j)ai' (nicl([u'uiic des loniiulcs traditi(»nnclles : rccoinpfusdlio honoris l(i('si\ irparntlo ininviao illatdc. Mais, cela l'ail, la plupart r;;aleiiiriit se montrent sobres d'analyse et passent incontinent à la démonsliidion, comme si ces termes suffisaient à tout éclaircir : une en(|uele à li'avers les manuels d'usage coul'ant serait, à cet é|^ard, des plus édifiantes. VX pourtant ne serait-il pas bon de savoir en quoi consiste rinjure i'ail(» à Dieu, «ommenl le péclu' peut léser son bonneur (*t par quels moyrns le pécbeur ou son représentant peuvent entreprendre de le réparer? Voilà bien les questions capitales, les seules vraiment importantes poui* tout esprit soucieux de cherclier des réalités par delà les formules : elles sont loin de recevoir toujours une réponse précise.
Où le cas devient tout à fait perplexe, c'est lorsqu'on s'aperçoit que les tbeologiens qui veulent passer de la définition verbale à la définition r(''elle aboutissent à des notions discordantes, u II faut bien remarquer, écrit le D' Ileinricbs, que le concept de satisfaction, en lui-même comme dans l'application que la révélation autorise d'en faire à l'œuvre rédemptrice du Cbrist. n'est pas univoque [niclit eindciitig '. » C'est de quri Texpérience peut être faite à peu de frais.
Voici, dans les manuels de ^I. van Xoort et du P. Prével. deux traités récents de Tlncarnation, qui ont l'avantage de refléter d'autant mieux l'enseignement commun qu'ils sont moins personnels. L'un et l'autre s'accordent sur la formule fondamentale de la satisfaction '.inuirine co?npensatio; l'un et l'autre s'appliquent à la développer en quelques mots. M. van Noort écrit :
1. D' r. Hkinrk lis. Die Genu[i(vA'nçislchre des hl. Ansehns. p. 3.
Satisfactio directe respicit extinctionem debiti seii reatus... Valor aiitem, proinde etiam acquivalentiasatisfactionis, primario non a praestantia operis satisfactorii, sedadignitate personae satisfacientis dependet. XaturalU salis faciendi modus est per assiimptionem operum poenalium.
Cette notion s'applique à la satisfaction que le Christ a fournie à notre place.
Post haec apertum videtur quo sensu intelligenda sit satisfactio vicaria Christi. Deus offensus Christum-hominem constituit mediatorem..., ut ex persona totius liumanitatis iniurias Deo illatas obedientilabore et dolore compensaret... Vicissim Christus-homo onus illudsuscepit atque per opéra poenalia, imprimis per supplicium crucis, explevit^
Le P. Prével se réfère au principe de saint Anselme : c( Quiconque a péché doit rendre à Dieu rhonneur qu'il lui a dérobé : c'est ce qui constitue la satisfaction. )> Et il continue :
Satisfactio autem principaliter praestatur per voluntariam ad Deum submissionem et ipsius valor aestimatur primario ex di^nitate personae satisfacientis 2.
Ainsi nos deux témoins s'entendent pour dire que la satisfaction tend à réparer Tinjure faite à Dieu et
1. G. VAN NooiiT, Tractatus de Deo lledemptore, Amsterdam, 1010, p. 107-108. CI. |). 111 :« Froprie diceiiduin est Deiiiii a Cliristo innocente opéra pocnalia exegisse ut pro peccatorihus satisfaccret. »
2. P. B. Pi;i:vF,L, Theolocjiac doomatlrae elcmenla, Paris, 1912, t. II, p. 117. CI. C. VAN CKo:\iiiuur.GiiE, Trartnlus de Verho /?icar)?a/o, Gand. IÎM>9, p. 108-100 : u Satisfactio honoris rc^stitutionem importât et definiri solet : (()ni|)ciisatio iniuriao illalne per liheram honoris ae<iuivalcntis redditioneni. Qua definitioncduo assignnntur satisfactionis elenmenta : l" iuridica icstilutio seu reparatio Itonoris in ordlne moraiî,- 2" aequalilas seuaccpiivalentia inter iniuriam illatamethon<t rem redditum. » Il n'est pas question d'opéra poenalia.
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(|U(i sa valeur cIcjxmuI delà personne (jui l'ollre. Mais le premier entend la satisfaction e(Mnrne nn acquitteinerd di^ peine (ît, de ceclief, la l'ail consister (îssentiellemenl dans la souiïrancc;, tandis (jue le s(;cond la conçoit p/i/icipnlit/'r comme uno niparation d'honneur ri la traduit, j)()ur ce motif, en une œuvre morale de soumission. Il n est pas (piestion pour 1(î moment de savoir hupielle de ces deux conceptions «-st la meilleure ; mais on ne saurait sans doute nier qu'elles sont dilTérentes. Et voilà donc que ce terme, malgré son crédit olTiciel et ses allures technicpies, est loin d'abriter des concepts uniformes. Toutle mondes'accorde à parler de satisfaction; mais, lorsqu'il s'agit de traduire la satisfaction en langage concret, comme le plus naturellement du monde les versions se trouvent être divergentes, pour ne pas dire contradictoires. N'y a-t-il pas de quoi mettre l'esprit au rouetV Le comble de la confusion est atteint lorsqu'on entend le même auteur parler successivement l'un et Fautre langage. Et tant s'en faut que le cas soit inouï. (( La satisfaction, écrit le P. Pesch, est la réparation d'une injure personnelle, l^ar le péché l'homme ravit à Dieu l'honneur qui lui est dû et lui inflige une injure, en tant qu'il nie son excellence comme maître souverain et fin dernière de toutes choses. Pour que donc soit rétabli Tordre troublé par cette conduite, il faut que cette injure soit compensée par des œuvres capables de rendre à Dieu son honneur ^ » D'où Ton est légitimement induit à penser que ces oeuvres doivent être de Tordre moral, comme le désordre même auquel elles portent remède. Mais, quelques pages plus loin, arrivant à la satisfaction du Christ, le P. Pesch ne parle plus que ( des peines
1. Clir. Pesch, Praelectiones dogmaticae^ t. IV : De Verbo incarnato^^ Fribourg-en-Brisgau, 1909, p. -205.
qu'il a souffertes comme chef du genre humain, pour les offrir à Dieu qui les a acceptées » en lieu et place de celles que nous devions ^ Un logicien rigoureux demandera sans doute pour laquelle de ces deux conceptions il faut opter.
Pour échapper à la difficulté, on a imaginé quelquefois de réunir dans une même définition les deux éléments en cause, de telle sorte que la satisfaction comprendrait comme éléments essentiels et la réparation de l'honneur et Tacquittement de la peine. Les formules conciliatrices sont d'ordinaire le triomphe de l'imprécision. Ou bien, en effet, les définitions de ce modèle sont vraiment synthétiques et représentent les éléments indispensables de la chose à définir : dans ce cas, c'est la condamnation jetée sur les notions qui persistent à demeurer exclusives — et la conséquence serait grave, puisqu'elle atteindrait la quasi-unanimité des théologiens du présent comme du passé. Sinon, il reste que ce soient des formules hésitantes, qui évitent de se prononcer sur le point délicat; de telles approximations sentiraient trop l'insouciance ou la diplomatie pour convenir en pareil sujet. C'est pourquoi leur succès a été plus que restreint jusqu'à ce jour; quelles que puissent être les illusions de leurs auteurs, elles contenteront difficilement les esprits exigeants que les précédentes discussions auront éveillés sur le sens et l'intérêt de la controverse.
Si l'on réunit maintenant en faisceau, comme elles le sont dans la réalité, toutes ces difficultés diverses, qui ne voit qu'il ne suffit pas de développer le thème théologique de la satisfaction, moins encore de prononcer le mot, pour éclaircir le mystère de la Rédemption devant une intelligence qui cher-