Cité ibi(L, t. V, f). 1-2()-l
PUKPAHATlOiN ri'.OVI DK.NTIKLLK. 19
mort est (l(;c()UV(^rf(î. Je vais vous iiislniini, je \}r(',c\\r. la doctrine... Il y a deux Uthk^s, ô moines, dont doit (Hn; éloigné celui qui veut une vie spirituelle. Que sont ces deux tei'mos? I/un, c/esl la vie dans les plaisirs, livrée à la volupté et à la Jouissance ; (die est basse, sans noblesse, contraire à l'esprit, indigne, vaine. L'autre, c'est la vie de mortilication; elle (»st triste, indigne, vaincs De ces deux tînmes, o moin(^s, le parfait s(^ tient éloigné; il a distingué la voie intermédiaire, celle qui ouvre Tneil ci qui ouvre l'esprit, oX (jui conduit au repos, à la connaissance, à rillumination, au nirvAna... Voici, ômoines, la vérité sainte sur la cause de la souffrance : cette cause, c'est la soif d'être,... c'est la soif des plaisirs, la soif du devenir, la soif de la puissance. Voici, ô moines, la vérité sainte sur la suppression de la souffrance : c'est la suppression du besoin par l'anéantissement complet du désir... Je l'ai reconnu, je l'ai vu; la rédemption de mon esprit est définitive. Cette vie est pour moi la dernière, il n'y aura plus pour moi de naissances * .
Ainsi peut-on dire que « la délivrance est la raison d'être du bouddhisme^ » ; et ceci lui assure une place importante parmi les doctrines de rédemption. Mais est-il besoin de dire que cette sombre métaphysique, aboutissant à proclamer le néant complet de la vie et de la mort, est aux antipodes du christianisme ?
D'autres religions posent plus exactement le problème. Admettant une divinité distincte de l'homme et un rudiment de morale qui fixe leurs relations, elles doivent se préoccuper du cas où ces bons rapports seraient altérés par une faute de notre part. La notion de péché est d'ailleurs l'une de celles qui varient le plus suivant le niveau des conceptions religieuses. Dans ces religions arriérées, où toute la
1. Cité dans Ch.vxtepie de L.v Saissaye, Manuel d'histoire des religions^ Paris, 190 i, p. 380-381.
2. L. DE La Vallée-Poussin, Bouddhisme, Paris, 1909, p. 107. Cf. p. 144.
morale semble se réduire à une série de « tabous » plus ou moins arbitraires, où la divinité est conçue comme une force redoutable dont il faut capter les bienfaits ou détourner la colère, les idées de bien et de mal ne peuvent qu'être des plus imparfaites; et ce n'est pas chez des populations grossières, sensibles par-dessus tout aux réalités de Tordre matériel, qu'il faut s'attendre à trouver dans les consciences Tangoisse du péché. Aussi bien, par suite de conceptions animistes ou dualistes, chez ceux qu'on appelle les primitifs comme chez les anciens Perses et bien d'autres encore, est-il courant de rencontrer, parmi les actes réprouvés par les dieux, des manquements tout extérieurs ou même involontaires, des accidents naturels, de simples coïncidences superstitieuses'. Cependant les religions plus élevées ont une notion plus pure de la loi morale, comme en témoigne, chez les Egyptiens, la confession négative contenue dans le « Livre des Morts ^ ». Dans certains passages du Véda se traduit un très vif sentiment du péché.
Les méfaits que nous avons commis volontairement ou sans le savoir, soyez tous d'accord, ô dieux, pour nous en libérer. Si j'ai mal agi étant éveillé, si j'ai péché dans mon sommeil, que ce qui est et ce qui sera me délivre de la souillure comme d'un poteau de torture 3.
Qu'on lise encore ces extraits d'un hymne à Varuna :
Quel était donc, ô Varuna^ mon si grand péché Que le chanteur qui t'aime tu veuilles le tuer?
1. VoirM^'" A. Lk Uoy, La Religion des ji;rnn«7?/^s, Paris, 1911, p. ïîiri- 2'é<i et, pour le dualisme persan, Cuantepie de I.a Salssayk, op. cit., p. 4(i2-/i70.
2. Texte dans .1. IIuiiy, C/iristus. Manuel d'iiisloire des religions, Paris, lîH-i, p. 490 4fM.