HlGON, Op, cit., p
2'JcS EXPLlCATlOiX CATHOLIQUE DL MYSTERE.
Souvent, c'est le reatus poenae qui a étr mis au premier plan : telle est, comme on le verra plus tard, la conception du protestantisme orthodoxe; telle aussi, celle de quelques écrivains catholiques.
Nous nous représentons volontiers les rapports entre Dieu et l'homme sous la forme des relations terrestres les plus augustes : relations du père au fils, du maître au serviteur, du souverain au sujet. Ici on retient de préférence la dernière. En vertu de cette analogie, le péché est considéré comme une violation de la loi. donc un délit ou un crime. Or ce qu'on appelle de ce nom ici-bas, c'est Tacte qui lèse quelque droit légitime, qui détruit le bon ordre et trouble plus ou moins gravement l'harmonie indispensable à la vie d'une société. En somme, le délit se caractérise par des manifestations extérieures : la justice qui le réparc agit dans le même ordre. Car nous entendons que le coupable doit être puni, c'est-à-dire frappé de quelque affliction sensible proportionnée à la nature de sa faute. Telle est la sanction qu'une loi équitable doit prévoir, qu'un pouvoir juste doit applicjuer. Et dans ce cliâtiment du coupable, où plusieurs ne voient peut-être qu'une mesure utilitaire, le philosophe peut à bon droit considérer le rétablissement objectif de Tordre, c'est-à-dire l'hommage rendu par la peine à une loi supérieure de justice.
A fortiori^ devant Dieu qui est la justice même, ce délit moral qu'est le péché doit-il être puni — et non pas d'une manière quelconque, mais exactement en proportion de sa gravité. N'est-ce pas la raison d'être, souvent exploitée, que notre intelligence découvre aux redoutables sanctions de l'autre vie ?
Mais ici intervient la liédemption. En fait, Dieu a voulu qu'elle se rivalisât dans la souffrance; le salut des hommes coupables est procuré par la mort
KLKMKNTS lU.IJ.S : LIAIMMK^N PK.WI.i: n\)
(iii C.lirisl innocent. ( !r lait a paru piM^pre à soiili'nir un systrinc, où la Ucdcniption est compris»coninii* une» Iranslaliun de jx-ine. I,e pj'clié inéritail un cliàliment : ainsi lo n'clame impéri(Mis(Mnont la justice. Mais .lésus-(!lirist a voulu le subir à notre pLuM» ; et Dieu niMis sauve niiséi'ii'orcJieuscnient par ce mystère de substitution. Tel serait lélément principal d(^ la Rédemption. Vax ell'et, le concept juridique d'expiation pénale loj^icpiement développe'' rend raison de toutes choses : il donne un sens aux expressions traditionnelles de rachat et de sacrifice ; il est compatible avec la notion moderne de satisfaction et semble tout d'abord (m\ épuiser le contenu, (l'est pourquoi autour de cette idée fondamentale une théorie s'est constituée, que l'éloquence et la mystique contribuent à répandre, qui semble sullire à (|uelques théologiens — de telle sorte qu'on peut la considérer comme la conception populaire du dogme de la Rédemption et que d'excellents esprits sont étonnés qu'on puisse en concevoir une autre ^ Il ne s'agit plus ici d'un simple cadre, mais d'une idée, d'une solution doctrinale très ferme — encore que les formes en soient diverses — dont l'examen va nous conduire au cœur du problème. En effet, les deux notions qui sont à la base du système, savoir la justice divine et la substitution du Christ au pécheur, sont pour un chrétien des vérités incontestables, et tout autant le caractère douloureux de la Rédemption telle que Dieu a voulu la réalisai' . Dès lors, il n'est pas douteux que l'expiation pénale ne doive entrer dans une théologie de la Rédemption, comme elle appartient à la foi catholique sur ce mystère. Mais la question est de savoir quelle place
1. La poésie mémo s'en est mêlée. Voir 1 êli\ Am/.ax, Gcthscmani'. l'nris. VM\.
23a EXPLICATION CATHOLIQUE DU MYSTERE.
il faut exactement lui reconnaître. Plus d une fois, on Ta considérée comme Félëment principal en fait ; plus encore, comme l'élément essentiel en droit. Or la théologie catholique, tout en acceptant dans de justes limites le principe et le fait de l'expiation comme un des éléments réels du mystère, Ta toujours tenu pour secondaire et accidentel. Telles sont les deux thèses qu'il faut confronter avec les données de la raison et de la foi.
Pour éclairer la discussion, il est indispensable de prendre contact avec ce qu'on pourrait appeler la théologie courante de l'expiation pénale. Voici quelques citations de nature à édifier le lecteur.
Essentiellement le système est dominé par la notion de justice, et d'une justice dont les exigences visent avant tout le châtiment du pécheur. Pour qu'on ne croie pas qu'il s'agit d'une construction a prioriy d'un être de raison créé pour les intérêts d'une polémique éventuelle, nous en empruntons Fexposé authentique à un théologien de valeur, le R. P. (Christian Pesch, qui semble l'avoir fait sien en lui donnant en quelques mots la précision d un théorème scolastique.
Le Christ est médiateur parce qu'il a réconcilié Dieu avec les hommes. A cause du péché, Dieu pouvait justement infli.a'or aux liommes des peines. Le Christ donc, comme chef et caution du p:enre luiuuiin, a pris sur lui ces peines pour les offrir à Dieu qui les a acceptées. Par suite, aux hommes qui entrent dans le corps mystique (lu Christ ])ar le baptême, Dieu ne peut plus désormais infliger aucune peine, parce que ces hommes ont déjà payé dans le Clirist la somme de peines qu'ils devaient...
iolI':mi:nts «ki:ls : i/kxpiation pknalk. m
Telle est hi (locjriiic (•;illi(>li(|ii(' suf l;i satisfartion «lu Christ '.
()ii se s;iur;iil scmliailci" loiiniilr plus claire. La thèse ainsi posée, rauteur (liri<^''(; ses arj^amcnls en consc^quonco. ('onleiitoris-iious dr citer h; eomniontairo si^nilicalir (|ii il l'ait du textci l)ieii connu de Jean-Baptist(i : « Voici l'ag-ncau de I)ieu, celui qui ote le péclu» du monde » (Jean, i. 20).
Af/neau de Pieu, c'est-à-dire Tagnc^au ([ue Dieu a choisi pour Yictini(\ afin cpie i)ar son iuiniolation soient enlevés les péchés du monde... Car tout ce (jui dans le monde a caractère do péché, il liuilèvera par son sacrifice. Le Christ enlèv(^ les péchés, parce qu'il a reçu dans sa personne le clK\timent dû à nos fautes-.
Que si Ton veut voir maintenant comhien ce simi)le canevas, qu'un théologien résume dans ses lignes pour ainsi dire schématiques, peut fournir de dévtiloppements à l'éloquence ou à la piété, nous n'avons que l'embarras du choix. Les discours ou méditations sur la Passion sont innombrables: chacun peut en retrouver dans son souvenir où le thème de la justice est plus ou moins richement exploité. On nous permettra cependant de rappeler quelques exemples caractéristiques où apparaît mieux que dans tout raisonnement la portée du système. Voici comment s'exprime le R. P. Corne.
1. Chr. Vescu, Dr Vcrbo incarnato, p. 230: - Piopter pecoatum Deiis al) homiiiibiis iuste poievdii poenas e.cpeterc. Clirislus igitur ut caput et vas generis humani poenas suscepit et Deo obtuUt... Lnde Deus liominibus... noa iam ullas poenas in/ligoe potrst, (|uia homines has poenas per Christum iam solverûnt. »
2. Ibid.. p. 233-i>3i. En se référant au texte complet, on constatera (pie c'est la thèse catholique de la satisfaction (\ue l'auteur entend ainsi délinir et prouver. Aucune restriction n'avertit qu'il y manque quelque chose. C'est bien la théorie de l'expiaiion pénale et sous sa forme la plus exclusive.
Rien ne serait fait pour notre salut, si Jésus ne s'était substitué à tous les pécheurs et si Dieu, acceptant cette substitution, n'avait consenti à considérer en lui le péclieur universel, à frapper on lui toutes les iniquités humaines et à recevoir en expiation Teffusion de son sang... Que résulte-t-il de cette volonté expresse du Père établissant son Fils victime universelle pour le péché et de la volonté du Fils se dévouant pour l'homme coupable? Ce fait étrange et mystérieux que les livres sacrés nous attestent : sur son Fils, sur Jésus..., Dieu réunit l'iniquité de tous les hommes, tous les péchés commis depuis le paradis terrestre jusqu'au jour du Calvaire..., en un mot le mal sous toutes ses formes. Jésus apparait aux yeux de son Père comme le pécheur universel, comme le péché vivant, comme un être maudit. Sa justice, sa vertu, sa beauté, les perfections de son humanité très sainte, tout disparaît sous l'ignominieux vêtement de l'iniquité. Dieu ne regarde plus en lui son Fils bien-aimé, mais la victime pour le péché, le pécheur de tous les temps et de tous les lieux sur qui il va faire peser toute la rigueur de sa justice ^
Ce même thème revient à plusieurs reprises chez le P. Monsabré, qui lait en tirer chaque fois de puissants effets oratoires.
Le pardon sans compensation éclipse tellement la justice que je m'en effraie... Sans vouloir imposer des limites à sa miséricorde, je comprends mieux son action si elle est précédée d'une satisfaction accordée à sa justice par Fexpiation du péché, si l'homme coupable ne revient à Dieu que raciieté par des peines volontaires (|ui l'humilient... et compensent l'éternel châtiment qu'il [\ mérité... Mais l'homme est-il capable de fournir la somme de peines que mérite le péché-...?
1. .L COKNR, Le Mi/slr7r (le \o(rc Scifjncur Jcsiis-Chrisf, 1. IV : Le sacrifice de Jésus, Paris, s. d., p. 310-3*21. ■2. MoNSAïuu;, Cari-me de 1881, vy Conférence, p. T.
KLKMMMS Kl I:LS LKM'I ATION I'KNAIJ:. 9.i3
Mêlas! ('\îst la !*d|KUiso nc'i^alivr (|iu s'impogo: mais la juslico diviîic a dans uolvr. Sauveur do quoi so coin|)ens(*i'.
Dieu il Irouvr dans s(jn Christ <•<' <|u"il aurait (;ii vain (•h(>r(}i('' dans les autres victimes : Ir ])éehé à eliAtior, rinnoetMîce... Le prophète Isaie... voit (hscendre sur lui tous les })éehés du n-enre humain... I\(î})résentant des l)écheurs, il devait avoir aux yeux do Dieu l'aspect d'un j)écheur universel... .V lui donc toutes les fautes... Dieu voit ou lui comme le péché vivant... Kt pénétrée de riiorreur que l'iniquité inspire <à la sainteté divine, sa chair sacrée devient, à notre j)laco, un ohjet maudit... ("était l'homme, l'homme universel, l'homme suhstitué aux pécheurs, de tous les lieux et de tous les temps, rhomme-humanité. A son aspect la justice divine oublie le vulgaire troupeau des humains, et n\i plus d'yeux que pour ce phénomène étrani;e et monstrueux sur lequel (^lle va se satisfaire. Épargnez-le, Seigneur; c'est votre Fils. — Non, non, c'est le péché; ii faut qu'il soit ch.itiéC..
l/Homme-Dieu est le portefaix de l'humanité. Dieu l'ayant chargé de toutes nos iniquités, il en subit le châtiment... Imaginez un géant miséricordieux... recevant sur son robuste corps les coups et les plaies destinés à chaque criminel... : c'est lui. Il porte les douleurs de tous les temps.... de tous les lieux..., de tous les hommes... On dirait que Dieu ne veut plus de lui; il l'humilie, il le frappe, il le brise. \'a, pauvre lépreux, rendez-vous de toutes les hontes et de toutes les plaies; va, sois banni de la terre des vivants-.
Aux mêmes sources s'alimente l'éloquence plus austère de M~ d'IIulst. Lui aussi, il montre dans la Rédemption fc Lœuvre parfaite de la justice et la pleine victoire de l'amour ».
t. Ibid., p. ^2-2-2:».
-2. MoNSAiîUÉ, Carc rc de 1879. 41« Conlérence. p. -21T-2IS. Voir surlout, dans la Ilolraito pascale de 1885. la ii'^ Insiruclioii sur • Jésus victime du pcclié .
CVst la justice qu'il fallait contenter d'abord. Tant qu'elle réclamait son dû, la miséricorde était liée et comme impuissante. Dieu a donc commencé par faire justice... C'est ici que s'épaissit Tombre du mystère. Une substitution est décidée qui va mettre le juste, le saint, à la place du coupable.
Et après avoir montré dans les phases successives de la Passion l'œuvre redoutable de la justice, l'orateur de conclure : « La vindicte est satisfaite et rien ne saurait plus arrêter les effusions de la miséricorde \ ))
Nous avons relevé ailleurs quelques passages entre mille dans les sermons de Bossuet et de Bourda- . loue-. En un mot, on peut dire sans exagération que cette manière de réduire la Rédemption à un acquittement par substitution de la peine due aux pécheurs est classique, sinon dans la théologie, du moins dans la chaire et la piété chrétiennes.
àNIais il ne suffit pas de considérer cette idée à Tétat de thèse abstraite. Car elle est devenue un principe d'interprétation, au nom duquel on explique les formes historiques de la Passion du Sauveur.
Oui, voilà l'homme qui représente en sa personne toute la famille humaine..., voilà l'homme qui a pris sur lui le péché de l'humanité pour en subir volontairement la peine, Tliomme contre qui se liguent toutes les formes du péché... Tous les crimes passés ou présents, commis ou à commettre, fondent sur lui et l'oppriment tellement qu'il tombe la face contre terre, sue du sang, agonise, ou demande grâce. Commencée par un cri d'angoisse mortelle, sa passion s'achève par un cri de détresse au milieu de l'abandon du ciel-^
I. >!«■ d'IIlmst. Carêinn de IKîH, Retraite pascale : le Vendredi Saint, |). 3-2o-;ia*i.
'1. \o\r LeD<>(/m(; delà Ilcdemptioti. Essai d'étude historit/ne, p. 8-9. :{. J. Cnr.NF, oyy. r//., p. 461.
KLIsMKNTS lU KI.S M'A IM \ IloN l»KNALK. 2Xt
Dans cotlc soi-lr dr synllièse, (pii <^nvis;i^(î la Passion (oui ciiliènî sous un inrmfî jour ir:i^u\\n', on voit n(''annioins (\\\r ccrlains rpisodcs rclirnnr'iit davantage l'attention. I.r |)r('iiiirr de Ions par la date et Tiniportance est la scrne de Tai^onie. (l'est l«'i que, dans Tobscurité de la nuit, se réalise ou du moins se eonsoinnie poui- l'anie «lu Sauveur ce mystère d'elîroyable suhstitnlion. (pii le met devant Dieu à la place de l'humanité coupable. D'où cette tristesse d(* son <\m(» dont l'hlvaniifile nous a conservï' 1(î poi*;nant récil. N'oici dans quels termes la commente M^-- Gay.
11 faut (pie ce soit nn vrai homme (pli soit ])uni de nos péchés... Le voilà donc <[ui livre» spontanément son àme à toutes ces défaillances (pii nous sont familières... Il a peur... Et de quoi a-t-il jxnir? Du péclu'. Dieu fit voir à sainte Thérèse une àme en état de péché ; la sainte déclare en ses écrits que, sans un miracle, cette vision Teùt tuée. Or ce n'est plus une âme, c'est la foule innombrable des âmes pécheresses cjue voit la sainte àme de Jésus; ce n'est pas un péché, mais tout l'incommensurable amas de l'iniquité humaine, qui va fondre soudainement sur lui. Lui qui a du péché une horreur infinie; lui avec qui le péché est radicalement incompatible, il faut qu'il s'approprie nos fautes, et, pour ainsi parler, se les identifie... C'est de quoi il a peur. Il a peur aussi de la justice de Dieu... Il a peur de la colère de ce juge justement irrité et dont Tirritation, il le voit, est maintenant passée jusqu'à la fureur. Il a peur de la malédiction divine; car c'est la vérité que lui, Jésus, la bénédiction vivante et infinie, comme il s'est fait pécheur pour tous, il doit être maudit pour tous ^
C'est pourquoi le Sauveur prie pour que ce calice lui soit épargné.
1. M-"" Gay, Sermons, précédés d'une préface de M-»" d'Hulst, Paris et Poitiers, 189i. Passion pour le Vendredi Saint, t. n. p. *2l('.--217.
Mon Père, s'il est possible! Et il n'est pas possible. Jésus voit se dresser devant lui ce décret immuable, sorti des profondeurs de l'essence divine et unanimement promulgué par tous les attributs divins : Oportet Christum pati. Cela ne supporte pas de révocation et ne peut pas plus changer que Dieu même... Voilà donc Jésus réduit et resserré entre l'iniquité de toute la terre dont il a horreur, lïnexorable justice du ciel dont il frémit, et le décret divin qui le charge de cette iniquité pour satisfaire à cette justice... Il faut qu'il s'ouvre à ce double déluge du péché et de la peine, qu'il mange ce pain amer de nos iniquités, qu'il boive jusqu'à la lie ce vin âpre de la colère céleste; il faut qu'il absorbe et cette fange humaine et cette vengeance divine; il faut que lui, qui est le sanctuaire du monde et le cœur de l'humanité, il en devienne l'égout '.
Des élévations que suggère au P. Corne ce qu'il appelle « la passion du cœur», citons seulement ces quelques lignes.
.Jésus tremble de peur à la vue de l'iniquité humaine dont Dieu charge ses épaules. Il s'effraie des rapports (pie sa substitution à l'homme pécheur établit entre lui et tout ce qui existe. Devenu le péché universel, il a une sorte do ressemblance avec le mal, avec Satan et tous les réprouvés ; il est pour les justes, pour les anges, pour la Vierge Immaculée un objet de répulsion; Dieu luimême va lancer sur lui Tanathème : il sera l'excommunié universel, le maudit. Il s'épouvante à la pensée des coups terribles que la colère divine va frapper sur lui pour lui faire expier les crimes du genre humain et qui formeront pour son âme et pour son corps la plus effroyable des passions -.
\in effet, pour compléter le terrible programme d'expiation, la passion du corps devait suivre celle
J. M-"" Gay, Sermons. |». -2-20.
-2. J. Coi'.NK, op. cit., !>. S*^'A>.
KIJOMKNTS m<:KLS I. KXI'I \ I ION l'DNALi;. 231
(Je rAiiie, vl nous savons cnrnhicii clic lui amrrc. D'après ce principe, on comprend (pi(;ls conirn(Mitaircs ])Cuvonl su<if^»'('M'cr les scènes atroces de la llag(dlalion, dn conronncnient d'épines, d(^ V lùat honiOy du crucifiement. Nous |)assons pour .irriver au momcnl où le sombre draine atteint son apof^ée. C'est lorsque Jésus en croix, dans la su|)réme an- <joisse de la dernière heure, ])rend à son compte les paroles du l^salmiste : « Mon Dieu, mon Dieu, pour- (|uoi m'avez-vous abandonné/ > Le sejis de ce mystérieux abandon ne saurait être douteux. Bourdaloue ne craint pas de dire (jue c est « eu quelcpie sorte la peine du dam qu'il fallait (|ue Jésus-Christ éprouvât pour nous tous )> ^ Dans le même sens, de pieux auteurs modernes accumulent les descriptions énergiques, dont il faut encore citer quelques spécimens.
Ici, c'est Dieu (mi quelque sorte abandonné de Dieu; c'est l'humanité de Jésus repoussèe, pour ainsi dire, par sa divinité... Chargé de tous les crimes des hommes, devenu le péché universel, fait malédiction pour nous, suspendu entre les iniquités de la terre et les colères du ciel..., Jésus éprouve le sentiment et fait une sorte d'expérience d'un réel délaissement; il sent le ciel comme fermé au-dessus de lui et l'enfer ouvert à ses pieds, l'enfer avec sa honte, sa douleur, son désespoir éternel et infini comme Dieu dont il sépare à jamais.
De peur qu'on ne se méprenne sur le sens de ces termes voilés, Tauteur ajoute, quelques lignes plus bas : c( Jésus voulut éprouver ce tourment des damnés ^la soif), comme il venait déprouver la peine du dam^. » Ailleurs, nouveau tableau aux couleurs encore plus vives.
1. BouuD.VLOi E, Premier Sermon siii- !a l'assion de J.-C, Clùicrcs complètes, Besançon, 1823, t. X. p. 100. -2. J. CouNE, 0}!. cit., p. 218-220.
Jésus sur la croix tient la place des pécheurs; il est devenu pécheur à cause de nous, il a été fait pour nous malédiction... Tout d'abord cette malédiction Tenvironne par le dehors comme un vêtement... La malédiction pénètre ensuite au dedans de Jésus et s'attache à son esprit, à sa volonté, à son cœur... Jésus tremble dans toutes ses puissances sous le regard de la justice divine. Enfin, la malédiction contre les pécheurs pénètre jusqu'au fond de l'âme du Sauveur, jusqu'à ce centre de l'être inaccessible aux entreprises de nos ennemis, mais que Dieu peut bouleverser et anéantir. Comme les réprouvés sous le coup de la perte éternelle du ciel qui est l'épouvantable peine du dam, Jésus se sent abandonné de son Père et comme orphelin de Dieu, exposé seul dans sa nature humaine à la vengeance céleste... Spectacle étrange qu'on ne voit que sur la croix : Dieu persécutant un Dieu, abandonnant un Dieu, le Dieu délaissé se plaignant et le Dieu qui délaisse se montrant inexorable K
Et pour qu'on ne croie pas à de pieuses exagéralions, voici tout à côté le principe qui rattache ces développements à la logique impérieuse du système.
C'était le coup suprême. Dieu ayant déchargé sa colère et sa justice étant entièrement satisfaite, Jésus pouvait mourir... Tout est consommé, la victime vient d'exhaler le dernier souffle, l'immolation qui satisfait la justice de Dieu et rachète le monde est accomplie '.
M-"" Gay tient un semblable langage, non toul d'abord sans quelque réticence. S'adressant au divin Sauveur dans une de ses « Elévations », il écrit :
Vous vous êtes fait péché pour nous, vous substituant à nous et prenant sur vous tous nos crimes, non seulement la peine ([ui leur était justement due, mais la ressemblance, mais le vêtement, mais l'état ; sciemment,