‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 62 sur 183 · ID., Sermons déjà cités, t. II. p. âio -iiii · texte numérisé non relu

ID., Sermons déjà cités, t. II. p. âio -iiii

Il a accepté d'être privé de consolation, de se sentir délaissé, d'être en proie à ce sentiment qui frappe les maudits... Notre-Seigneur a voulu souffrir quelque chose de semblable, d'une certaine façon, à la peine du dam. afin de nous délivrer de Tenfer... Il avait voulu prendre sur lui la dette de nos crimes, il a été comme écrasé sous le poids intolérable de la colère divine contre tous les péchés du monde. Il a été en quelque sorte maudit pour nous K

Tout comme les prédicateurs et les mystiques, plusieurs historiens de Jésus-Christ ont accueilli cette exégèse, et chacun peut en relever les traces plus ou moins accentuées dans les récentes Vies de Notre-Seigneur'^. De toutes façons, cette manière d'envisager la passion sanglante du Sauveur est associée aux habitudes les plus profondes de la pensée et du langage chrétien. Or, jusque dans ces développements les plus excentriques, qui ne voit qu'elle prétend traduire et illustrer la même conception de la Rédemption dont nous avons tout à l'heure rappelé le principe?

L'importance de cette théologie, attestée par le fait même de sa vulgarisation, nous fait un devoir d'en examiner de près le bien-fondé, et le respect dû aux personnes ne saurait interdire au théologien de faire, quant aux idées, les distinctions et restrictions nécessaires.

I. !.. (.Ki.MAL, Jésus-ChrUL étudié ci médité, Paris, IVHl, t. H, p. 'i-20- -4-21.

'2. Voir FouAKD, t. H, p. i-ri-i'-H) : « A cette lieure, le ciel se voila, l'enfer seul resta devant les yeux du Sauveur, qui entrevit le désespoir «iienicl... 0 cf. Oliimep., La Pca^sion, p. .'ifJO, où il est parle « d'une solitude comparable à celle (jui dcscsi)ore le damne ».

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Dans le système g-lobal ilr liîXpiaLioii pénale Ici qu'on vient di» h^ décrire, i! l'aut toul de suite faire deux parts : (Tun eoté, les priiu:ipcs tels cprun les Irouve dans Tenseig'ncMnent mesuré des théologiens; de Fautre, les déveloj)pem(^nts dont ils sont revêtus par réloquence plus ou moins passionnée des prédicateurs. Que cette sorte de tln^ologie oratoire passe parfois, dans Tesprit de quelcpies-uns de ses porteparole, pour la théologie tout court, il est possible; mais, quoi qu'il en soit de l'inspiration fondamentale et surtout des intentions, elle n'en est pas moins, par Texagération de son langage, en dehors de toute la tradition catholique. Ici nous avons la tache facile: car ce fait est incontestable et n'a jamais été sé'rieusement contesté.

Un théologien rigoureux observera tout d'abord que la thèse n'est pas prouvée par les raisons que Ton invoque à son appui. 11 est vrai qu'lsaïe présente le serviteur de Dieu comme frappé pour les péchés de son peuple. Saint Paul enseigne dans le même sens que « Dieu n'a pas épargné son propre Fils, mais qu'il Ta livré pour tous » {Ro/fi.^ viii, 32). Plus hardiment il parle du Christ devenu « péché » (77 Cof\, V, 21) et « malédiction )> [GaL, m, 13) pour nous. Ces textes ont servi de leit-niotiv à nos prédicateurs. Au premier se réfèrent ces expressions de ((péché vivant », de (( pécheur universel )>. pour lesquelles le P. Corne semble avoir une particulière prédilection; et le P. Monsabré ne croit pas dépasser le sens du second quand il écrit : ^( C'est le maudit par excellence, la malédiction faite homme, selon

2i2 EXPLICATION CATHOLIQUE DU MYSTERE.

Ténergique expression de T Apôtre ^ » Une longue accoutumance, où la piété tient plus de place que la réflexion, nous a tellement habitués à regarder les choses sous un certain angle qu'un effort est parfois nécessaire pour les concevoir autrement. Il est pourtant certain que ni la théologie, ni l'exégèse n'autorisent de pareilles interprétations.

Il est à remarquer en premier lieu qu'elles sont étrangères à l'antiquité. Les Pères ont expliqué ces textes sans y voir cette colère de Dieu aboutissant à la malédiction de son Fils; de même ont-ils commenté la scène de l'agonie sans qu'on trouve rien chez eux de ces descriptions effrayantes ou pathétiques qui semblent s'imposer aujourd'hui. Moins encore l'idée leur est-elle venue d'attribuer au Sauveur en croix quelque chose de la peine du dam. De cette exégèse traditionnelle on retrouve le fidèle écho dans la théologie du moyen âge.

Saint Thomas se pose formellement la question : (( Utrum Deus Pater tradiderit Christarn passioni? » Et voici quelle est sa réponse, où l'on remarquera qu'il s'efforce de mettre au point les formules les plus significatives de l'Ecriture.

De trois façons, Dieu le Père a Hvré le Christ à la Passion : 1"^ en ce que, dans ses volontés éternelles, il a préordonné la Passion du Christ pour le salut du genre humain, selon la parole d'Isaïe : Dieu a placé sur lui V iniquité de nous tous, et encore : Dieu a voulu le briser dans Vinfirmité; 2'> en ce qu'il lui a inspiré la volonté de souffrir pour nous par la charité qu'il a infusée dans son âme; c'est pourquoi le prophète dit au même endroit : il s'est o/f'ei-t parce (/u'il l'a voulu: 3*^ en ne le protégeant pas oojitre la souffrance et l'exposant au contraire à ses persécuteurs ; d'où le Christ suspendu à la

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