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Lorsque saint Paul allirnir (jiic 1(* (ilirist a été fait péché et ni;il('(li(ii()u noiir nous, saini Tliomas i'Utend, après saint Augustin, (|u il s V'sl olVrrt en victime pour nos péeliés, qu'il a souiïert nnalfi^ré son innocence la mort corporrllr «pii n'îsulte d'une malédiction de Dieu contre la chair coupable ''^. Nous sommes loin du slyle de la chaire.
Saint Honavenlure entretient de semblables scrupules. 11 se demande à son tour comment on peut dire que le Père a livré son Fils à la mort et il r*'pond : « Noïitiadidit in/Iigcndo luorleni vel praeripiendOy sed pernnttcndn et ^udunlaieni eius acceptando. » Aussi bien, continue-t-il, -< Dieu ne prend pas plaisir à la peine, mais il se délecte et se complaît dans la bonne volonté avec laquelle la peine est supportée et ordonnée à son honneur'^ >>. Et ce sont là des théologiens qu'on ne suspectera sans doute pas de minimisme intenti(Uinel.
Plus scientitique. Texégèse moderne n'est pas plus favorable à la doctrine en question. Sur l'interprétation des épisodes mystérieux de la Passion qui sont une des bases de la théorie, voici l'opinion d'un exégète chez qui la piété se combine avec le sens le j>lus averti du réalisme historique. Le P. Lagrange écrit à propos de l'agonie.
Jésus est triste à en mourir... Le sujet de la tristesse de Jésus, c'est avant tout sa passion et sa mort. Quelques Pères, préoccupés de montrer que Jésus, étant Dieu, n'était accessible à aucune passion véritable," n'ont pas
1. >iiUii\. //<., pars 3'. qu. iT. art. W. Voir t'salement Card. Bill(»t, he
Verho Inc., p. 448-449.
-2. Ibid., q. 15. art. 1, ad 1"". et qii. 46, art. 4, ad 3""\ 3. BdNAv.. In III Sont., Disput. XX. qu. 5. Édition de Quaracchi,
voulu concéder ce point. Depuis, certains auteurs mystiques ou ascétiques n'ont voulu reconnaître d'autre cause à la tristesse de Jésus que le spectacle des péchés des liommes, l'inutilité de ses souffrances pour un grand nombre, etc. Knabenbauer répond très justement : Veriim cavendum est ne pietatis et gloriae Christi ici esse arhitremur r/uod s. litteris non concordai '.
l^t sur la plainte de Jésus mourant :
(Jn ne peut oublier que ces mots sont empruntés à un psaume. En les prononçant, le Sauveur nous invite à penser que son âme s'entretient dans les sentiments marqués par le psalmiste. Les situations sont les mêmes et cependant, au milieu de ses souffrances, le psalmiste entrevoit la délivrance et le salut; ne convient-il pas d'attribuer à Jésus les mêmes élévations et encore beaucoup plus parfaites^?
Dans les déclarations de saint Paul, le P. Prat ne voit plus qu'une affirmation de la solidarité qui unit le Sauveur à notre humanité pécheresse. Il ne s'agirait même plus de la Passion, mais seulement de rincarnation.
Jésus-Christ comme chef du genre humain, dont il représente la cause et embrasse les intérêts, personnifie le péché... On voit par là qu'il n'y a pas substitution, mais soHdarité. Jésus ne devient pas « pécheur » ou « péché » à notre place, ce qui serait absurde et impie; il le devient pour nous, à notre profit et à notre avantage, en prenant notre nature et en entrant dans notre famille 3.
Puis donc que la théorie rigide de Texpiation j)énale n'est exigée, ni par les principes de la théo-
1. Lagranc.e, Évaufiilr selon snint Marr. \^. 3(r2. -2. IhifK, p. m*.
'^. V. I*UAT, 01). cil.. I. M. p. JîKi.
KLKMKNTS liKI'iLS LKXIMaTKKN I»KNALK. 'i.
lo^io. ni par l<'s textes de I llciiliirc. il reste qu'elle soil, non pas rexplic-alion obvie et (juasi nécessaire du domine, mais une li\ pothèsci entre autres possibles; (*t nous sommes plus à l'aise [)our ra[)préeier. Or il est dillicile de ne pas .ipereevoir (pi'ello se hêurle à de graves dillieultés.
(hie Ton veuille bien se rappeler rpiebjues-unes des déclarations citiM^s plus haut en abon<lance. Si on les dépouille du prestige illusoire de la piété et de l'éloquence pour dégager, sans vains ornements ni palliatils. Tidr^e latente; qu'elles contiennent, on se trouve en présence de propositions rranchement inadmissibles. Aussi bien la tliéologie catholique ne les a-t-elle jamais admises: elle les a, tout au contraire, énergiquement désavouées, chaque fois qu'elle en a rencontré d'équivalentes chez les auteurs protestants.
En vertu de quelle psychologie parviendra-ton à faire comprendre que Jésus, lame sainte et pure par excellence, unie par surcroît à la personne du Verbe d'une union hypostatique, ait pu recevoir sur lui nos péchés jusqu'à s' a identifier » aux coupables et porter « la responsabilité du mal moral ' » ? S'il ne s'agissait encore que d'une imputation extérieure ! Mais on nous assure que le divin Sauveur, tout en gardant bien entendu son innocence intime, a pu se sentir criminel, qu'il a éprouvé la honte de nos fautes comme si elles eussent été les siennes, qu'il a connu la contrition et le repentir '-. En conséquence, il n'ose plus se présenter devant son Père : il tremble
l. ces expressions sont de M^'^ (I'Hllst, Carême de 1891, p. 33-2. Cf. M-*" Gay, Sermons cités, t. Il, p. -216.
-2. Voir J. Corne, op. cit., p. 01 et 93. Cf. p. 3'i4 et suiv. : . Innocent aux yeux des hommes, il est criminel devant Dieu et responsabkde toutes nos impiétés. Complètement substitué aux pécheurs, il sait que, à ce titre, Dieu justement irrité détourne do lui sa face et lui ferme le ciel... »
au sentiment de sa justice irritée; il meurt dans une détresse douloureuse qu'on ne sait plus comparer qu'à la damnation.
Ce dernier point est assurément le plus étrange et l'on se demandera peut-être comment des âmes pieuses peuvent en arriver à de pareilles conceptions. Qu'on se rappelle pourtant le raisonnemenl fondamental du système et la conclusion apparaîtra d'une éclatante logique. Jésus-Christ souifre pour expier le péché et en porter la peine à notre place. Or le péché mérite l'enfer, dont la peine du dam constitue le principal supplice. Donc le Sauveur, déjà si cruellement affligé dans ses sens, devait connaître quelque chose de cette malédiction qui fait la peine du dam : sinon, l'expiation n'eût pas été complète '. Le syllogisme n'est-il pas rigoureux? Mais aussi que dire d'un principe qui entraîne de pareilles déductions? Contre cette dialectique artificielle et néfaste, le sens chrétien fait entendre une instinctive protestation. Il n'y a qu'à relire dans sa touchante simplicité le récit de la Passion pour voir combien peu cette sombre image répond au Jésus authentique de l'Évangile, si calme, si confiant, si finalement dévoué jusque dans les douleurs de son suprême sacrifice.
Non moins choquante est Tidée de Dieu que cette théologie suppose. Volontiers on met en avant sa justice et, pour mieux en accentuer les traits, on arrive à parler de colère, de vengeance, de fureur; doù ces pages aux anthropomorphismes véhéments dont nous aurions pu sans peine multiplier les exemples. 11 semble qu'en Dieu la miséricorde soit impuissante et qu il ne puisse pardonner sans avoir
1. Nous pourrions citer, si raiitciir non était encore vivant, l'ouvrage dont ce syllogisme est à peu pr('s littéralement extrait.
KLKMKNTS WVAA.S : I/KXPIATION nK.NAIJO. '/i7
calmé les exipccncos (l(^ sa justice — et (î'esl alors un eonilit au seiu cl(^ Trln» divin, ((ui rappelle ce parall(^lo<j^raninic des forceps, raille |»ar Strauss et Sahali(T, aboutissant à la (lian;-onalc de la salislaction vicaire.
(^ue faut-il ce|)endantpour satisfaire cette justiceV Rien d autre i\nc la d(*struction (d la mort, puis(prell(î se coniplait dans Tcn^'or^^cnient des victimes — et l'on remarque bien (]ue, dans la Loi mosaïque, Dieu se choisit des victimes à la fois délicates et fortes, pour (]u'ellcs ])uissent soulTrir plus et plus longtemps '. I^ncorcccs sanglantes liccatomb(»s sont-elles loin de combler ses formidables exigences : d'où Tlncarnation et la l^issionquienest le terme. La justice devait aller jusque-là.
Et Ion nous alVirme que c( Jésus n'est plus, aux yeux de son Père, le Fils bien-aimé objet de ses complaisances : c'est le répondant universel des crimes du monde >> -. « ('est en cette qualité et dans la vérité de cet état de pécheur qu'il se présente à son Père, à la justice, à la sainteté, et forcément à la colère, aux revendications et aux malédictions de son Dieu^. » Par suite, il sera frappé, châtié comme un criminel, maudit comme un damné : toute l'effrayante série des supplices qui brisent son corps et des angoisses qui étreignent son âme représente l'œuvre implacable de la justice. Car u ayant mis tous nos crimes sur Jésus, il devait aussi faire peser sur lui sa juste vengeance » '. Sans doute Jésus était innocent ; mais il suffisait qu'il eût pris par substitution la ressemblance de nos crimes. « L'apparence même