‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 68 sur 183 · lbid.,y\ 17, 1, roi. llOî · texte numérisé non relu

lbid.,y\ 17, 1, roi. llOî

se dévouant à la mort pour le salut de leur pays '. Saint Cyrille de Jérusalem exalte le sacrifice du Sauveur, qui doit son prix à la sainteté de la victime.

L'injustice des pécheurs n'était pas aussi grande que la justice de celui qui est mort pour nous; nous n'avions })as péché autant que valait la justice de celui qui pour nous a livré son àmc-.

Et saint Grégoire de Nazianze écarte avec indignation ridée que Dieu ait pu prendre plaisir à la mort de Notre-Scigneur.

Comment admettre que le Père puisse se complaire dans le sang de son Fils, lui qui n'a pas même accepté Isaac offert par son père et a mis un bélier à la place de la victime humaine? Il est donc évident que, si le Père accepte le sang de son Fils, ce n'est pas qu'il l'eût demandé, ni qui! en eût besoin, mais à cause de l'économie (lu salut'^

La pensée n'est sans doute pas très explicite; mais n'est-il pas vrai que nous sommes loin du sombre drame de Fexpiation pénale? Une page de saint Augustin, qu'on peut dire très actuelle, nous donnera le ton de la meilleure théologie latine.

Qu'est-ce à dire : nous avons été réconciliés par la mort de son Fils? Est-ce donc que le Père, étant irrité contre nous, a vu avec tant de plaisir la mort de son Fils })Our nous qu'il s'est apaisé à notre égard ? Serait-ce alors (pie le Fils nous était déjà favorable au point de vouloir mourir pour nous, et que le Père était à ce point irrité

1. OiiK.iN., Cont. Ccls., Il, M et -l't: P. (i., XI, col. 81(i et Sii; et in lofrn., wviii, 14; P. G., \IV. col. 7-20-7-21. -2. CviiiiL.Hir.i;.. (a/rch. XII, M'i ; /'. (i., X\\ni,eol. 813. ;'.. (.ur.(;. Naz., Oral. XI, V. -2-2; P. G., XWVI, col. (î;.3.

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(|iril i\r se serait |>.is .ip.iis»' s.ins la inoi't lic mon \'\\s! Mais alors pour(|ii(»i l'AjM.trr (iit-'l ailleurs : Si Dieu est j)()uru(His^ qui srra rinitrc nnus/ Lui qui n'a pas vpartirn'' son propre h' ils, ntfn's /'(t livrr pour jkhis, mmmeni nver lui ne nous donncratil pns tous 1rs hirns^" Kn elTet, si W Père ne nous était pas déjà l'avorahlo, livrerait-il son Fils j)our nous?... Mais nous savons (|ue Dieu nous a ainn'-s. et non s(MileMïent avant (pie son Fils ne mourût pour nous, mais avant menu» de créer le monde... D'ailleurs le Fils non plus n'a pas été livré connue mal^^ré lui par un Père impitoyable, puisqu'il est dit de lui : // m'tt aimr et s'est livré pour moi. ( 'est donc (pie toutes clios(»s se font à la t'ois et on })arrait accord par le IN'-re et le Fils et l'Fsprit ([ui j)rocè(i(^ de l'un et de l'aiitrc'.

De la même e[)(^(|ue sont deux commentaires de saint Paul, (jui (k^vaient être heaiu oup lus au moyen âge sous les noms usurpés de saint Ambroise et de saint Jérôme. Tous deux éclairent en formules précises le point qui nous intéresse. « Si un innocent mis à mort est agréable à Dieu, dit VAmbrosidstrr, ce n'est pas par le fait qu'il est tué, mais parce qu il a persévéré dans la justice jusqu'à la mort-. » Plus brièvement le pseudo-Jérôme, que Ton croit être aujourd'hui riiérétique Pelage, écrit, à propos du texte bien connu Kph., v, 2, cette simple et suggestive glose : « Ils est livré lui-même volontairement, il n'a pas été livré par un autre malgré lui... Ce parfum si agréable à Dieu, c'est l'amour du Christ suavissinuis Dca odor est carilas)'^ . ^> En une formule lapidaire du même style, saint Bernard devait écrire contre les critiques superficielles d'Abélnrd : « Xon

/)fo/'s, scd {>oJ(int(ts phuuit sponle moricntis'*. »

1. Au(... De Trinitate, lib. MU. \, 14 et m, i:i ; 1\ L.,\\A\. col. lO-i".. ->. PS. Amhu., Kph., V. 2; P. L., \VU,col. 3i>'i. :^. Ps. HiEuoNYM., Eph.. V, -2: /*. L., X\\, col. 8-2,*J. ':. RF.aNAni).. Cont. errorcs Ahaeinrdi, vni.-il ; P. L.. CLXWll. col. I(>7(>.

Allant plus loin, puisque cette doctrine se trouve dégagée dans des textes formels, n'est-il pas permis de la supposer comme principe, au moins implicite, au fond de tant d'affirmations peu analysées sur la substitution pénale? On aurait alors la raison pour laquelle les Pères insistent tant sur Tinnocence de la sainte victime et la spontanéité de son oblation. Ainsi la notion morale de la Rédemption apparaît au moins en germe dans le plus ancien passé chrétien.

En tout cas. lorsque la scolastique a réalisé autour du concept de satisfaction la synthèse de la théologie rédemptrice, les plus grands docteurs s'accordent à donner à ce concept un sens éminemment moral. Comment pourrait-il en être autrement, puisque ce terme est emprunté à la psychologie des œuvres pénitentielles ? En s'appliquant aux actions du Christ, s'il augmente en perfection, il ne change pas de caractère.

Saint Anselme, le premiei* théoricien de la satisfaction, montre avec une rare pénétration que la malice du péché consiste dans ce fait qu'il est une offense de Dieu, c'est-à-dire une rébellion criminelle de la créature contre son créateur à qui elle devait toute obéissance. La satisfaction, qui a pour but de réparer ce désordre, signifie donc un surcroît d'hommage, une soumission supplémentaire, qui puisse compenser Linjure faite. Mais, comme l'homme en est incapable, le Christ vient la fournir pour nous par l'acte libre et surérogatoire de sa mort. Telle est la charpente du T///' Dons /tomo. Et la l)ase morale en est telh'ment certaine, malgré les formes juridiques

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Cjiir le sailli (loclrm* .illrcl*' <lr doiirirr- ;i ^^»ll \ni\*^ii\j,r . (]iio M. Ilaniack se plaint <!«' iir pas Iroiivrr <-Ik*z lui ridéo, qu'il cstiiiio si loucliaiilr, «Ir 1 \i\u(u'(*ul souffrauL pour les conpaMrs '

A sa suilo, les ;^i"aii(ls scolaslicpirs n riil('iMi«Mil pas aulronuM»! la satisraclioii du Sauveur. Dans 1 analys«i <pi'il (Ml donne, saiid Thomas ne fait intervenir la soulïrance (pfeii (JeiMiici- iiru.

('(^lui-hi satisfait |»i*()j)r«'nirnt pour uik* oITense ipii oflV(^ à TolVensé (pH'hjue clHise (pTil aiuuî autant ou j)lus (pril ne déteste rollrnse. Or !♦' ( lirist, en soulVrant par amour et obéissance, a offert à Dieu beaucoup plus (pie ne rexiiieait la coni])ensation de toutes les fautes du irenre humain, et cela : 1" à cause du l;rand amour qui Ta porté à souflVir; '2" à cause de ladi^^nité de sa vie, la vie d'un HounneDieu, qu'il olîrait en satisfaction; .'V' à cause de l'étendui^ (^t d(^ la jj:randeur de la soulï'ranc(^ endurée-.

Duns Seot n est j)as moins formel.

L'homme étant devenu l'ennemi de Dieu par le péché, Dieu a décidé de ne pas lui remettre cette faute..., si ce n'est au prix d'une offrande qui lui tut plus agréable que cette offense n'avait pu lui déplaire. Or, on ne peut rien concevoir qui soit plus agréable à la Trinité que ne lui est odieuse la faute du .uenre humain, si ce n'est l'hommage d'une personne plus chérie que ne l'est ou ne serait toute la collectivité humaine, dans le cas où elle n'aurait pas commis cette offense. L'ne telle personne, riuimanité ne pouvait pas la trouver dans son sein, parce qu'elle était tout entière vouée à la perdition. La Trinité (îonc a décrété d'offrir au genre humain cette personne aimée et de l'incliner à offrir ses hommages pour tous ses frères. Cette personne n"est autre que le Christ à qui

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