Ibid., \). •2U
'2. Ibid., p. 248-ïi'ti».
:i. Voir également L. LAn.vur.iiK, Lerons de théologie dogntatùjiie, Paris, i9H, t. I, p. 3ai-3iG.
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278 i:\PLICAT10N CATHOLIQUE DU MYSTtKK.
que le théologien s'attache à dëlinir, en dernière analyse, le pourquoi de son elïicacité salutaire, ce n'est pas dans son caractère pénal qu'il doit le chercher, mais dans sa valeur morale comme sacrihce. Cette conception n'est pas seulement le fruit d'une distinction logique : elle s'adapte sans peine à l'Evangile, dont elle fournit la meilleure interprétation. De même qu'elle embrasse en les distinguant dans une formule abstraite l'élément pénal et l'élément moral de la Rédemption, elle permet de retrouver l'un et l'autre sous leur vrai jour dans la réalité des faits.
Ici Ton entre dans une voie moins frayée, où la psychologie et l'histoire doivent mutuellement s'ap- })uyer pour nous rendre la physionomie véritable de l'œuvre du Sauveur. Mais on peut y marcher sans crainte à la suite des théologiens et des exégètes qui nous servent de guides.
Tout d'abord il faut remonter aux principes incontestables fournis par le dogme de l'Incarnation. La foi catholique j)roclame la parfaite humanité du Christ et, par conséquent, sa parfaite liberté : par où il faut entendre, non pas les souveraines initiatives de sa volonté divine — une sorte de monothélisme inconscient nous })orterait peut-être à n'envisager que celles-là — mais ractivité de sa volonté d'homme, de son libre arbitre créé, qui, joint à sa sainteté parfaite, fait le mérite de tous ses actes. A cette lumière, théologiens et mystiques ont entrepris d'éclairer ce sanctuaire de vie intime que fut l'âme du Sauveur dans ses relations avec Dieu.
Parce qu'il connaissent le Père, parce qu'il se sen-
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luit uni /i lui dr la plus iiitiiiic un ion, J('*8us-( Ihrist lui i(''in(M«^-ii:(il un amour iiii.il, l^iil tour à tour rt. lout à la l'ois (le roli<;ion, (rolx'issancc, de d(''Voùni(;nt. Les liislorirns les moins croyanls ont roronnu (»t admirr'r c'OS dispositions rcli^^icusds de I àm<' de Jésus; la foi on l'union liyposlaticpic nous permet de leur donner toute leur si<;nili('ation el leur valeur. I)ans eettc eonseienee, comme dans un miroir sans taches, l(»s moindres inlenlioiis dixines se iTlhUaient avec; une ni^lteté parlaili;, ce|)endant (pi(u*otte volonté, inv(»stie des |)lus riches dons de la ^rAci», leur olx'issait avec la ])lus conslant<' et la |)lus aimante fidélité. Autant la th(*olo<4-ie ailirme rexistence des deux ('nercries et des deux volontés comme sources distinctes d'action, autant elh» proclame leur harmonieuse convergence dans Tordre moral.
Mais, entre l'homme et Dieu, la relation dernière doit toujours se caractériser par la soumission. (Test l)our ce molil'que la foi et la piété s'accordent à voir dans Jésus le parfait serviteur du l^ère, précisément parce qu'il est son Fils bien-aimé. I/Epître aux Hébreux nous le présente disant à Dieu dès son entrée dans le monde : « Me voici pour faire votre volonté » Ilebr., \, 7, 9), disposition que l'Evangile nous montre partout en exercice. Dès son enfance, .Jésus répondait à ses parents : « Ne saviez-vous pas (]u'il faut que je sois aux choses de mon Père^ » (Luc, II, 49); au début de son ministère, il disait à ses Apôtres : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé » (Jeax, iv, 14. Ainsi l'existence tout entière du Sauveur, depuis le volontaire (^tracement de sa vie cachée jusqu'aux labeurs de sa vie publique, peut être considérée comme un poème d'obéissance et de religieux service. Il n'importe d'ailleurs pas essentiellement ici de distinguer entre les actions qui lui étaient imposées par précepte et
celles qui provenaieni de son initiative : les unes et les autres, inspirées par un même mouvement d'amour, atteignaient une égale perfection. La mystique du XVII® siècle aimait à représenler Jésus comme le « religieux » du Père : il n'est pas de conception plus strictement et profondément évangélique que celle-là.
Cependant cette soumission a pris, par surcroît, la forme douloureuse du sacrifice; et ici la générosité du Sauveur s'affirme davantage, parce qu'elle s'exerce dans des conditions plus pénibles. Tout ce que l'on a dit plus haut sur le sens et le rôle de Texj)iation pénale va retrouver ici sa place.
Les théologiens ont discuté pour savoir s'il y eut, ou non, pour Jésus précepte de mourir*. Quoi qu'il en soit de la question spéculative, deux choses sont à tout le moins certaines : c'est que le Sauveur a rencontré la souffrance et la mort au programme pratique de sa mission providentielle, et qu'il ne s'est pas dérobé à l'accomplissement de ce devoir. (( Il faut que le Fils de l'homme meure », disait-il à plusieurs reprises, cl saint Paul le représente plus tard avec juste raison « obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la croix » Philipp.^ ii, 8 . Mais en même temps Jésus se proclame libre : preuve qu'il ne saurait être question d'une exigence absolue et que cette nécessité s'entend d'un décret divin conciliable avec sa libre volonté ou mieux encore, suivant la conception moliniste, consécutif à sa propre détermination.
C'est le cas de se souvenir que la théologie catholique, comme on l'a sulïisamment prouvé plus haut, rattache les souffrances et la mort du Christ à la volonté permissive de Dieu. P\appelons l'excellente