‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 74 sur 183 · A. S.VBVTIEH, op. ctt.. p · texte numérisé non relu

A. S.VBVTIEH, op. ctt.. p

3. HiGON, op. cit., p. 100. Voici lo texte de saint Thomas : • Non

N'est-ce pas une invitation à s'abstraire de toute hypothèse trop incontrôlée, pour chercher le secret de la destinée du Sauveur et la raison de ses souffrances dans ce que nous savons des choses humaines y Ici donc Tenchaînement des causes secondes, dans la mesure où il nous est donné de l'apercevoir, retrouve son rôle. En même temps qu'elles fournissent à une âme généreuse la plus magnifique occasion de déployer son héroïsme, elles nous révèlent ce que Ton pourrait appeler la trame historique de Texpiation.

On aurait pu concevoir un Messie puissant et honoré, accomplissanl l'œuvre providentielle au milieu de Fenthousiasme populaire — et c'est ainsi que l'attendait la foule : il a plu à Dieu de choisir une voie différente. Il est certain que l'âme du Christ fut consciente de cette alternative et c'est volontairement qu'il assuma un rôle dont le fatal dénoùment était facile à prévoir' : « Qui proposito sibi gniidio s us ti nuit crucerUy confusione contempla » [H eh. y xiï, 2 .

Donc, par une soumission à la volonté de Dieu qui n'exclut pas son initiative, il accepte la pauvreté et l'humiliation; il consent à choquer ses compatriotes par une morale austère, à scandaliser les doctes par des affirmations incomprises sur sa divine transcendance; il n(^ craint pas de stigmatiser les vices de l'aristocratie pharisienne et sacerdotale, déchaînant

solum attendit (piantam virlulein dolor cius habcrct ex divinitale anita, sed otiam (|uaiitum dolor eiiis sufliceret secundum humauani natiirain ad lantain salislactioncm. » Siim th., pars 3', qu. 46, art. (). ad (>'"".

\. C'est dans ce sens que les auteurs iiilcrprètent la scène de la lenlalion. A ce i)ro|)os, M. Lelireton a écrit avec une remanjuahle vigueur : " Ne sent-on pas encore le fréiuisseinent de cette lutte intime dans la réponse indii^née que le Christ fait à saint Pierre «juand cet Apôtre voulait le déiourner de sa passion ?» Les or/fy/^cs du dofjwr (le Ui Trinitr, Paris, 11)10, p. ïil', note 1.

KLK.ML.MS Kl.hl.h . I.A i; l.l' M'. \ I l< »\ MollMI 2K.{

par SCS ( rili<|ii(vs nih- oppo^iliori (jui iir rirvait pas lui pardonner. Triiez est la mission dont il se scnl investi par son Prre et (pi il rnihrasst; sans lirsiter. II sait ponrlanl \r sort qu'on a fait aux anci(Mis prophètos vi plus r«*('rniin('nt à Jcan-liaplisUî : crlte pcusiM» u'arriHc j)as sou coura^^r. D'où la |)('rsp(»c'live de sa mort cpii riMnpIit ri^van^ilc et à la<|iirlle, résolu |)oui' lui-uirnie. le maître se préoccupe seul(*ment de pri'parcM- Tespiit pusillanime de ses disciples. Le crime des hommes demeure tout entier; mais il n'a stM'vi qu'à micMix l'aire ressortir la magnanimité de Jésus.

Qui mainUMianl s'étonnerait, étant donnée l'humanité intégrale du Sauveur, que la partie inh'rieure de son être, instinctivement avide comme la nôtr»' de satisfactions cl de Ijoidieur, ait fait entendre sa réclamation? In <^rand scolastique admet dans Tame (kl Christ, suivant une discrète mais significative expression. « iilfectioucn) connifodl » ^. Voilà pourquoi il était sensible à riuiuiiliation et à la douleur, pourquoi en particulier la mort excitait dans son àme une instinctive répugnance. « Il s'est attristé de sa passion et de sa mort, écrit un disciple de saint Thomas, parce que sa vie était son bien et qu'elle lui était d'autant plus précieuse qu'il en pouvait tirer plus de gloire pour son Père et plus de grâces pour ses frères-. » Sans doute l'empire de sa volonté sainte sur les impressions sensibles ne s'est pas démenti, mais ce ne fut pas sans souffrance.

Avec les meilleurs théolo2:ions. on a donc le droit d'allîrmer que. tout ce qu'un homme est capable de

1. DL'nsScot. 0/). O.ron.. IH. disl. wiii. q. unica. il' 8: t. XlV. p. «iTOi>71.

2. 11. P. ScinvALM. Le Chris f i'n pris sa tnt Thomas d'Aquin.^. H-IO. Cf. p. 3-26-3-27.

284 KXi;|.lCATION CATIIOIJQUK DU MYSTÈHE.

souffrir, le Christ Ta souffert : ceci, bien entendu, d'une manière générale et sans entrer dans ces calculs (Téquivaleiice où s'est complue certaine piété protestante. Il a souffert dans tout son corps des coups et blessures dont nous n'avons pas à rappeler la cruelle série. Plus encore a-til souffert dans toutes les puissances de son ame : condamnation injuste et infamante par des juges passionnés, ingratitude de la foule, trahison des amis, blasphèmes et outrages des ennemis; enfin, au plus intime de son être, la tristesse, l'angoisse, la crainte '. De même, au point de vue intensif, peut-on dire que la souffrance a pris dans notre Sauveur son maximum d'acuité, soit à cause de la gravité de ses supplices ou de la particulière délicatesse de sa constitution physique et morale, soit parce qu'il a voulu s'interdire toute influence des facultés supérieures sur la sensibilité endolorie "^

C'est par là que nous pouvons comprendre la scène si profondément humaine de Gethsémani, où, toutes les horreurs de la Passion imminente se présentant à la fois comme dans un assaut furieux, l'humanité du Christ tremble d'abord devant l'amer calice, mais s'incline pourtant sous la main divine dans un élan de si touchante soumission. Par Là nous pouvons nous expliquer aussi la plainte de Jésus mourant, qui n'altère d'ailleurs pas un seul instant sa filiale confiance. Car, s'il peut s'écrier avec le J^salmiste : « Mon DicUy mon DieUy pourquoi m'di^eZ'Vous abandonné? », il ajoute aussitôt — et l'on devrait moins l'oublier — : « Pcre, je remets mon âme entre \h)s mains. »

Or toutes ces souffrances do corps et d'âme sont

I. Snm. th., pars :\\ (|ii. w», art. :i. Cl. (ju. i:;, art. (î ot '2. Ibi'L. arl. (J. Cf. Hh;on. o/k cit.. |). l'il l'i'j.

KIJOVIKNTS HKKI.S ; LA Hf.PAR \TI()N MnKAI.K. 2Hr,

imr Miitc (^1 mir pcinr «lu |n'rlir. M;il^i«' s.i |i;irl'.iilc iniiocoïKM', Didi ir.iv.iil pas voulu <|u"cII('S fussciil «'parj^j^nées à son (!liiisi. I^t cN'sl ainsi, par I iiiliTincdiairc des circoustanct's liisl(»ri(|u<'s et des condidons concivlcs où se dtToidait la mission du Mt'ssir. (pi(» sCst accomplir crUi^ myslJTicusr r\[)ialion (pii «Miii-ait dans le proi^ramme du saîul.

Tout cela n'est pas vrai scMdement d'unr vérité' llié()lot;i<|ue et spéculative : l'àme sainte du Sauveur l'éprouve Ci.)mme une rc'alité. Jésus, en elTel. (|ui se savait innocent et j)ur, ne pouvait pas avoir «onsci(uicc de soulTrir pour des pc'chés personnels : c'est donc (]u'il |)0rtait la peine des péchés d autrui, l.a méditai ion assidue du célèbre oracle d'isaïe entretenait dans son âme relip^ieuse cette induction déjà si naturelle.

Historiens el(riti(]ues ont relevé la i^rande place de cette prophétie dans la pensée <le Jésus. C^est la qu'il montrait, au début de sa prédication, le prog-ramme essentiel de son Kvangile (Luc, iv, 1(3-22); c'est là (fli'au moment de sa Passion il renvoyait ses disciples comme à une autorité décisive Lu:, wii. 37). 11 n'est pas douteux, par conséquent, que ces paroles qui nous émeuvent encore aujourd'hui n'aient déjà, et bien plus encore, frappé son àme. « Homme de douleurs et abandonné de tous, broyé pour les iniquités du peuple, emporté par un jugement inique et compté parmi les pécheurs » : n'était-ce pas sa propre histoire, quand sa nation le vouait à la mort et que le sanhédrin lui infligeait la honte de la condamnation suprême, quand les juges et les soldats, les bourreaux et la populace, allaient s'acharner contre sa faiblesse impuissante? Et dans ces agents immédiats de sa mort, ces pauvres esclaves du fanatisme et de l'ignorance, de la jalousie ou de la lâcheté,commentne pas croire que le clair regard de son

:iHi\ EXPLICATION CATHOLIQUE DU MYSTKHE.

àme apercevait rhumanité entière, animée des mêmes convoitises, complice morale des mêmes forfaits?

Mais aussi le serviteur chanté par le Prophète se résigne comme l'agneau conduit à la boucherie; plus que cela, volontairement il oflre sa vie à Dieu en sacrifice pour le péché. L àme de Jésus nourrissait des dispositions non moins généreuses, et c'est, à n'en pas douter, la pensée qui l'inspirait, quand il parlait de sa vie donnée en rançon, et tout autant, à la dernière cène, quand il présentait à ses apôtres le calice de l'alliance nouvelle.

Par delà ces motifs plutôt extérieurs de souffrance, on doit encore faire une place à la douleur intime produite par le contact du péché. Non pas qu'on doive supposer le Christ réellement chargé de la honte de nos fautes, ni môme qu'on puisse parler proprement de la contrition de Jésus ^ Il faut exclure soigneusement tout ce qui impliquerait pour le Sauveur une ombre de culpabilité personnelle ou le moindre semblant d'une aversion divine. Mais on peut retenir pour l'appliquer à Jésus l'iApression produite dans une conscience pure par la perception du mal moral, impression redoublée chez lui par un vif sentiment de la sainteté divine et la plus fraternelle sympathie pour les pauvres pécheurs.

En effet, tout le cours de sa vie, Jésus avait coudoyé le péché, m'avait rencontré dans l'indifférence du peuple, à son appel et plus encore dans l'hostilité des classes dirigeantes, jusque dans l'égoïsme et les compétitions de ses disciples. A l'heure de sa Passion, il le voit déchaîné et triomphant. Car les traliisons et les injustices, les opprobres et les calomnies dont il est l'objet ne sont pas seulement un attentat

I. • Non salsari poiest lalio conlrilionis nisi in eo ipso quipecca- Uim cnrninisiL -> Gard. Iîillot, Do Icrho Inc., p. tr>t.

KLICMKNTS IIKKI.S I \ lU l'MlATION MOHAI.K *87

< niitrc sa |)('rs(nm<'. Il y voi! ri sml, parer (|u il a (•oiis('ioiiC(î (Ir sa lilialioit «livinr ri dr sa niissicm messiani(|ur, un mrpi'is sarriir^^r <lii (Imi «je Dim par rxrrllrnrr.

('.(miincnl son àinr sainlr n amail-rllr pas soiifl'rrl (Ir rr ilrhortiriiiriil du mal. provoqua par son niiiiislrrr inrmr lir salut. ^ Lui (|iii ainiail l)i(;ii son l\'i'e d'im si trntlrr annuir ri (jui s indii^iiail ;i la vue des prolanations inlli«^<'rs à son Irinplr paiune foule uiercuinlile. comment n'aurait-il j)as r<î8senti les injures laites à son nom saint, les entraves eoupal)l(*s apport('rs à l'avènement dr son rèyne, les n^oltes multipliées pai' la malice ou la bassesse des hommes contre son adorable volonté? (hiand il pleurait sur Jérusalem iniidèle, qui peut (louler qu'il ne fût moins sensible à la destruction j)rocliaine de la ville sainte qu'à la perte des âmes ég'arées de ses compatriotes? Cette interprétation fut toujours celle de la j)iété: c'est aussi celle de riiistoire.

La théologie catholique reg-arde cette peine comme une des plus douloureuses que le Christ ait subies ^ C'est la doctrine formelle de saint Thomas.

Non stnilement le Christ a souffert pour la perte de sa vie corporelle, mais encore pour les péchés d'autrui. Et à cet éii'aril la douleur du Christ surpassa tous nos sentiments de contrition, soit parce (prelle procédait d'une plus i»rande sagesse et charité, soit parce qu'il soutïVait en même temps pour les péchés de tous, selon cette parole d'Isa'ie : // a véritablement parte nos douleurs -.

i. -> Lu plus grande peine intérieure de Jésus, celle qui ne l'ahaiulouua jamais durant sa vie mortelle, ce lut d'être, lui. la saiLtete même, en contact quotidien avec les pécheurs de la terre. • Card. Ma?{mng. Le sacerdoce èlernel. trad- Fif.vf.t, p. 159.

-2. Si'.)n. th., pars 3'. qu. 40,* art. G, ad 4'"" : • Dolor in Christo e\cessil omneni duloreui cuiuscunique contriti. »

288 EXPLICATION CATHOLlQUt: DU MYSTERE.

Suarez adopte à son tour et développe renseignement du Docteur Angélique.

Il est certain que la douleur que le Christ a ressentie pour le péché fut plus vive et })lus intense (prelle ne fut ou ne peut être pour aucun homme... C'est que le Christ soutirait pour toutes les fautes de Ihumanité... ; de plus, personne n'a aussi hien connu et pesé Toffense de Dieu, lingratitude et la malice qui est dans le péché; personne n'a considéré aussi attentivement les motifs que nous avons de le détester; personne n'a aimé Dieu d"un tel amour ^

Ces faits peuvent être regardés comme acquis en dehors de tout système. Et les théologiens ne craignent pas de constater que la crainte et la tristesse ont envahi, non pas seulement la sensibilité inférieure du Christ, mais aussi les régions supérieures de Tàme-. D'où surgit le problème classique, et que nous n'avons pas à résoudre ici. de concilier cette réelle souffrance avec la vision béatifique dont le Sauveur jouissait dès cette vie. Mais ce qu'il importe de ne pas oublier, c'est que toujours cette souffrance, qu'elle qu en fût la cause et l'étendue, s'achevait en amour. Sans rien perdre de son caractère pénal, elle devenait morale, et par la liberté qui en était la base, et par la plus grande charité qui en était le terme.

I. SiARK/., De Incarnalione, Disp.XXXMI, ecrl.ii. n. ;i. Opéra omnin. CMlil. ViVKS, 1. XIX, p. :)3-2-533.

•2. Voir Si VUE/, De Incnrnalione, Disp. WXVUI, scd. m; t. XVIll, p. aO.*i-3(M;, et rapprocher la proposition J;i coiidamni-e par Inno- «ent xn eî) IG9<» : « hilerior Clirisli pars in criicc non communicavit siiprriori suas iiivoluntarias |)erturl)a(ionos. -^ I)i:\/.in(;ku-I;ann\vai;t, n- ]:m.

KLÉMKMS UKiîiLS : LA lUiPAKAlh» MOllALK 2hj

\ oilà ce qu'il nous i;st doiintî iJ<; lire dans llwanj;ilo, sans (|u'il soit besoin pour cela de recourir à aucune théorie* précon(;u(î : il suflit de recueillir les données réi^lles qu'il présente, pour les encadrer ensuite dans une histoire et unj psycliolo^^ie dont le texte sacré fournit encore tous les éléments. Ainsi voit-on se dessiner à «ij-rands traits ce qu'on pourrait appeler la biographie morale de Jésus : les traités classiques de l'Incarnation en posent les principes: les historiens et les exégètes en ont diversement tenté l'application; par-dessus tout, les croyants n'ont pas de plus chère joie que d'en « réaliser » le contenu dans le silence dt^ leur cœur. Mais de ces faits il appartient à la théologie de dégager la signitication.

Il est inutile de faire longuement ressortir combien, partons ces traits de sa carrière humaine, le Christ se rapproche de nous. Quand il travaille et lutte pour accomplir son œuvre, quand il reçoit jusqu'au plus intime de son âme le contre-coup douloureux de la malice humaine, quand il souffre et meurt à la tâche, c'est alors qu'il apparaît véritablement notre frère, encore qu'en cela même il nous dépasse de son infinie grandeur. Aussi bien, ses exemples ne sont-ils pas devenus, dans l'Église, l'aliment de toutes les méditations et la source effective des plus humbles efforts comme des plus admirables générosités?

Mais il ne faut point s'arrêter à cet horizon inférieur : bien infirme serait la foi qui ne saurait rien apercevoir par delà nos intérêts ou nos avantages, même les plus précieux. En effet, cette vie et cette

Li: DOGME DK I.V REDEMPTION. 17

290 EXPLICATION rAlIlOl.lQUE DU MYSTERE.

mort saintes, si elles ont un sens et un prix pour nous, n'en ont pas moins en soi : elles sont une réalité dans l'économie du monde spirituel comme dans l'histoire; elles comptent pour la sagesse de Dieu plus encore que pour 1 empirisme borné des appréciations humaines.

Toute conscience d'homme sent et sait que nos moindres actes s'enregistrent devant réternelle justice : l'échelle de leur valeur morale varie pratiquement suivant les difhcultés objectives qu'ils présentent et les dispositions subjectives qu'ils provoquent ou dont ils procèdent. Or la sainte âme du Christ, qui n'a jamais connu le moindre péché, était, au contraire, toujours dans les plus religieuses dispositions de soumission et d'amour à l'égard de son Père ; et les épreuves suprêmes de la Passion ne font qu'accroître ces sentiments, au lieu de les démentir. Il est facile de comprendre qu'un si pénible sacrifice, si généreusement accepté, atteigne le maximum de valeur morale que comporte notre humaine nature. Lui-même a donné le critérium décisif à cet égard, quand il disait : « Il n'y a pas de charité plus grande que celle qui consiste à donner sa vie pour ceux qu'on aime » Jean, xv, 13 . Cette preuve de sublime charité, les circonstances de sa mission ont conduit le Christ à la fournir au monde. Et si pareil dévoûment est de nature à exciter notre admiration et toucher notre cœur, qui ne voit en même temps qu'il a devant Dieu un prix que rien ne saurait égaler?

Dans ces soutîrances imméritées de l'Innocent, nous pouvons et devons voir, comme il a été expliqué plus haut, une providentielle expiation de nos fautes. Ce fait de mystérieuse solidarité entrait dans le plan divin, ])0ur que nous fut rendue plus apparente la justic(i de Dieu et la malice du péché. Nous

kij:mi:nts kkkls ; i.\ ukivmution mohai.i:. '«ji

avons dit ('(miiiirnl Its ronl iii;^riircs liisl()ri<|U«'S, «>i'i la voloiiUi i\vs lionmirs j^iirdci loulr sa res|)(jn8al>ilili' tïl la voIoiiUmIu (lliiist huit smi nnritr, ont afiien*la iM'silisation de, ci' (hMi-cl.

(Quelle (juc soit cepcndanl la rcaiit»* d<* ce l'ait «L riinportance ih^ cotte idée, n'est-il pas vrai, ponr (|ui prend les choses d.ms leur ensemble, (pie lasoulTraace niat<'ii(dle n'est v\v\\ ;iiiprrs de Pacte de la volonté <pii l'accepte ou la sollicite/ D'autre part, à ie<^afdcr ri\van«^ile, il est évident que la soulîrance n apparaît |)as dans la \\r de .h'sus comme une lin, moins encore c<minie un étal peinianent. Au contraire. <dle ne repr<'sente, au sens le plus strict et le plus philosoi)lii(pie du mot, qu'un accident dans sa carrière messianique, où elle se superpose à toute une vie d'obéissance el de religieux d(''voûment, <lont elle provoque par surcroit une nouvelle manilestation.

Tels sont les faits ; el ils n()us traduisent, à n'en pas douter, les proportions du plan divin. Il faut donc, sous peine de fausser lespersi)ectives de rKvanj^-ile, ne point sacrifier au drame final tout ce qui l'a précédé. Jusque dans le touchant mystère de la Passion, ne serait-ce pas faire preuve dune étrange étroitesse que de négliger au j)rolit de la souffrance, si tragique soit-elle, les sentiments qui la préparent ou <jui s'ensuivent? En un mot, c'est dans l'ordre moral qu'il faut chercherle sens dernier de la mort de Jésus non moins que de sa vie. Sur cette base historique, comme sur un roc inébranlable, est construite la doctrine catholique de la Rédemption.

On a vu plus haut comment les théologiens mettent rélément essentiel de la satisfaction dans un acte moral, dans un hommage quelconque rendu à Dieu en réparation du péché. Aucune définition ne convient mieux à l'œuvre du Christ, d'où les spéculatifs n'ont fait du reste que la dégager.

Déjà les sentiments exprimés dans sa vie ordinaire, toujours si aimante et filiale, possédaient la plus haute valeur religieuse, et il y avait là, si l'on tient compte de l'union hypostatique, de quoi compenser aux yeux de Dieu toutes les iniquités du monde. Car, selon le plan divin, les hommes n'ont toujours formé qu'une seule vaste famille. Or Jésus, parce qu'il est le Fils de Dieu, en est maintenant le chef; et Ton entrevoit ce dessein de miséricordieuse sagesse qui ravissait l'âme de saint Paul : de même que nous avions été perdus par un seul, par un seul aussi nous sommes tous sauvés; l'obéissance du Christ contrebalance, devant l'éternelle justice qui est aussi l'éternel amour, la faute du premier père.

Bien qu'en toute rigueur un seul acte du Verbe incarné eût suffi à cette fin. Dieu cependant a voulu, si l'on peut ainsi dire, faire surabonder la mesuré de réparation, comme si l'humanité seule devait la fournir. Voilà pourquoi le Christ a multiplié les hommages et les actes de vertu, pourquoi surtout il a offert à Dieu le plus haut témoignage d'obéissance et d'amour dont notre nature soit susceptible : celui qui s'exerce dans la souffrance et. le sacrifice. Si l'on se rappelle que la Passion fut, de la part du Sauveur, un acte libre dans toute la force du terme, où pourrait-on trouver un plus parfait hommage rendu au souverain Maître que le don généreux d'une si noble et si précieuse existence? Ccst à ce titre, suivant la doctrine de saint Thomas, que la mort du Christ est entrée dans le plan divin du salut.

Il y a dans les mérites et les satisfactions de Jésus- Christ un double aspect qui nous permet de distinguer en eux une double valeur : la valeur 'personnelle, qui résulte de l'union avec le Verbe et se mesure à la dignité de la personne divine...; la valeur objective, qui tient à l'objet et aux circonstances des actes... Un seul acte

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par sa val(nii*])ers(mii('ll(' jxmv.iit satisfaire», sans auriin doute, pour toutiîs les olïoiises ixissihlcs ; mais dans le» dessein do Dieu, il fallait atteindro jusqu'à rapof;ée de la valeur ol)j(H'tive, aller jus(ju'an hout de la soiilTrance, jus(|u'au bout (lu sacrifice, Jusfju'au bout dtî l'auiour par la passion et la mort sur la croix'

Ainsi noire Uédemplion, sans cesser d'rlrc un mystère, rentre dans un ordre providentiel accessible à notre inl(dlit^enc(\ il n'y a plus ii im.iî^nner ce Dieu impitoyable, déchaînant contre h; substitut des pécheurs toutes les foudres de sa colère; pas même ce juj^^e sévère, attentif à n'accorder son pardon aux coupables que moyennant l'exact ac((uittement de leurs peines. Mais on comi)rend qu'il y ait, dans l'acte du ('hrist recevant de son Père une mission de sacrifice et l'accomplissant jusqu'à la lin avec le plus parfait amour, une somme de valeur morale qui laisse loin derrière elle les pires excès de la malice humaine et dont le bénéfice nous est assuré devant Dieu parce qu'il était constitué notre représentant.

Kt qu'on n'aille pas croire que cette manière d'entendre la Rédemption soit une invention moderne. Nous avons déjà dit comment tous les théologiens en ont affirmé le principe ; quelques-uns se sont avancés déjà bien loin dans la voie de l'application concrète. Qu'on en juge par cette page de Scot.

Tous ces actes que le Christ a accomplis en vue de notre Rédemption n'étaient pas nécessaires, si ce n'est par suite du décret divin qui en avait ainsi ordonné. ( 'est donc par une nécessité de conséquence que le Christ a dû souffrir. Mais au fond tout est contingent à proprement parler, et l'antécédent et le conséquent. Il faut donc tenir que cet homme a souffert pour la justice. En effet, il vit les péchés commis par les Juifs; il constata quel

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