CHAPITRE V
ESSAI DE SYSTEMATISATION
Grâce aux précédentes analyses, nous avons maintenant sous les yeux les réalités constitutives du mystère. Les sources de la révélation nous montrent la Rédemption à la fois sous un aspect pénal et sous un aspect moral : tous deux ont leur fondement dans la mission concrète du Christ et contribuent à nous éclairer sur la signification de son œuvre salutaire ; l'un et l'autre amorcent assez bien une spéculation correspondante et, de fait, on les trouve respectivement à la base de ces théories de Texpiation et de la réparation dont l'histoire est déjà longue dans la pensée chrétienne. C'est avec ces matériaux que le théologien peut et doit construire le système complet, le schéma logique de la Rédemption selon la foi catholique.
Il ne saurait, par conséquent, être question ici de ce rationalisme mesquin ou de ce vague piétisme qui ramènent la Rédemption à une action toute morale et subjective du Christ sur nos âmes. Pour nous, la vie et la mort du Christ ont une valeur devant Dieu ; elles jouent un rôle dans le rétablissement de l'ordre surnaturel et la réparation du péché : elles posent, en un mot, les conditions objectives de notre salut. Mais encore cette efficacité objective peut-elle être
ICSSAI l)i: SVSTKMAriSATlMN. '»{):
rnvisa^«M' à div^'is piMiils de viir, «loiit l.i riiulli|)li- (•it(;, si elle montre l.i liclicsse du mystère, i\r. laisse pas (1(» d<T(mler un |m'u uoIim^ espriL (hudfpies lignes du P. IVat rendriit hirn (ciic d<'*coneertante eomplexitc'.
La rédcni})tion est esseiitirllcMuont la (hvstruetion du péclit'». Autant d'aspects du péché, autant de faces de la rédemption : si le péché est un(^ déchéance, la rédemption sera un relèvement; si le péché est une inlirmité, 'a rédemption sera un remédi»; si le péché <\st une dette, la rédemption sera un ac(iuittemont; si le péché est une faute, la rédemption sera une expiation ; si le péché est me servitude, la rédem])ti()n sera une délivrance; si !«^ péché est une oITense, la réden»ption sera une satisfac- \o\\ du côté de l'homme, une })r(»pitiation du côté de 1 ûeu, une réconciliation mutu(dle entre DicHietThomme... Tous ces points de vue sont justes dans um^ certaine mesure, tous doivent être mis en lumière et ils ne peuvent l'être que successivement; mais tous sont incom- [)lets et c'est pour les avoir isolés, en exairérant l'un au détriment des autres, qu'on a imaginé des systèmes contradictoires, insuffisants dans leur étroitesse et faux surtout par leur exclusivisme *.
Entre ces divers aspects le rôle du théologien est de mettre un peu de cet ordre qui produit la lumière, et c'est le cas de faire intervenir les éléments formels que nous avons étudiés plus haut. Mais on peut prévoir que le résultat sera bien différent, suivant que Ton procède par juxtapositions analytiques, ou que 1 on cherche à découvrir par la synthèse un point assez central pour tout dominer en respectant les divergences légitimes.
1. F. Prat, La tht'olor/it' de S'cnt Paul. t. II, p. -278 et 290.
2US liiXrLICATlON CATIIOLIQI K l>r MVSTKIU:.
A cet égard, il est une question de la SaDinic dont les articles successifs ont plus d'une fois servi de fil conducteur V Saint Ihomas, recueillanl les principales expressions traditionnelles pour les appliquer à la passion rédemptrice, les ramène à quatre : « Uli'KDf passio Christi causaverit noslrnm saluleni per luodinn merîlL..y per inodum satisfac" linnis...^ per moduin sacrlficii...^ per modiim ri'demptionis ? » Cette quadruple division a paru propre à fournir le cadre cherché. Tout récemment, le P. Hugon et M. Laminne ont entrepris d'ordonner d'après ce plan, considéré tout à la fois comme suffisant et nécessaire-, les matériaux théologiques dont on a vu Tabondance et la variété.
Pour cela il faudrait montrer que ces quatre notions représentent autant d'idées bien distinctes et embrassent toutes ensemble les diverses parties d'un même objet, dont elles épuisent ainsi la portée logique. Là est la difficulté et Ton voit tout aussitôt nos commentateurs de la Soj)nrte aboutir à des interprétations divergentes.
On s'accorde sans peine sur les notions de satisfaction et de mérite : satisfaction suffisante et surabondante, mérites infinis, Tun et l'autre r(''partis sur nous pai' solidarité surnaturell(\ Le développement est classique. Mais déjà les d(Mix idées sont-elles absolument distinctes? Pour qui regarde au fond des choses, n'est-ce pas une réalité identique exprimée en deux mots, ou, si Ton veut, traibiite en deuxcon-