I. ^um. th.j pars ;i',qu. \X, uit. 1 ^i
•1. Chacun d'eux eu fait la dcriaraliou lot uullo. N'»ir Hh.on, j». -if. •27, et Laminnk. p. «•{.
K^nM I»I SNsi |.:maii.s\ I Im\ ->(♦*
ct'pls ijui II oiil cntrccux (ju uim* disliiM lion forniclli satisfarlioii (Icsi^n.iiit 1 (imimt «lu (iiirisleii lanl (|ii('. réparation du ixclie; innitr, en tant <|uc source; de j^rAceyM. I-aniinne iinil |)ai* «ri convenir : « l.a s«'itislaction, dit-il, est uiu' espèce de iiHTitc : donner satisraclion pour une faule. r'est en nn'ritri le pardon*. » l^t voilà, (le ce chef, <lcux membres de la <piadruple division (pii rontn^nl I Un dans l'autre.
L'embarras est plus ^^rand lorscpfil s'atrit de faire une place au conccf)! d'expiation pénaii». ( A la v» rite, éiril M. Laniinne, il ii'v a pas au sujet de ce caractère de la Uédemption comme distinct de son caractère méritoire et satisfa(^toire de définition expresse de IMg'lise'-. » Saint Tiiomas. daulre part, ne Ta pas expressément catalogué. Comme il faut cependant le faire entrer dans la classification, M. Laminne découvre l'expiation pénale sous la métaphore du rachat, tandis que le 1*. Iluoon Tidentitie avec la notion de sacrifice. Dès lors, la rani^on pour celui-ci est un simple synonyme de délivrance, et le sacrifice n'arrive pas à dépasser pour celui-là la portée d'une ingénieuse métaphore : « Comme, dans l'holocauste, le feu envoyait vers le ciel la fumée des victimes, ainsi le feu de l'amour qui embrasait le cœur du Christ lui a inspiré la volonté de se livrer à la mort et a fait monter vers le trône de Dieu l'offrande quil faisait de lui-même pour le salut des hommes^. >
Cette incertitude dans les résultats n'est-elle pas de nature àjeter quelque doute sur la valeur du point de départ adopté '^. On n(^ peut qu'aboutir à une im-
\. .1. L\MiN>K, op. ^/^, p. 1-2'*. Cf. p. VXK.
'1. Ibid.. p. 138. Pareillement le P. Hugon écrit : « Ces idées nesunt pas toujours neUement (listingu(H?s dans l'Ecriture et la tradition » ;0//. ('//., p. 14 et en note : <■ 11 faut, bien avouer qu'elles ne sont pas toujours suliisamment distin^ruées dans certains ouvrages actuels.
3. Ibid., p. -2\6. El cependant on eiilond dépasser les notions de satisfaction et d'expiation ,p. -21 'é .
passe en traitant comme quantités distinctes des notions qui expriment seulement divers aspects de la même réalité. Du reste, saint Thomas n'est pas responsable de cette confusion : il est facile de voir, en le lisant, que ses réponses se ramènent toujours au même principe réel, savoir l'amour déployé par le Christ dans sa Passion.
En premier lieu, le Docteur Angélique se demande si la Passion du Christ est la cause de notre salut « par manière de mérite » (per modum meriti] ; et il est bon de remarquer au passage que cette expression, qui revient chaque fois dans la suite, suggère un rapport d'analogie plutôt que de véritable identité. Dans sa réponse, il ne définit pas expressément le mérite ; mais cette notion se dégage avec toute la clarté désirable des deux propositions suivantes : « Manifestum est quod quicumque in gratia constitutus pr opter iustitiam patitur ex tioc ipso meretur.., Secundum quod eani [passionein] aliquis voluntarie sustinet^ sic habet principium ah interiori et hoc modo est meritoria, » Ici donc le mérite apparaît comme la souffrance volontaire d'une àme en (^tat de grâce ; c'est, en tout cas, dans ce sens que ce terme est appliqué à la Passion du Christ.
Passant ensuite à la satisfaction, saint Thomas en donne une définition qui comprend à peu près les mêmes éléments.
111e proprie satisfacit pro offensa qui exhibet offenso id quod aeque vel magis diligit quam oderit offensam. Christusautem, ex charifate et obedienia patiendo^ malus aliquid Dec exhibuit quam exigeret recompensatio totius olîensae humani generis : primo quidem propter magnitudinem charitatis..., secundo propter dignitatem vitae suac.y tertio propter generalitatem passionis,,. VA ideo passio Christi non solum sufficiens, sed etiam superabundans satisfactio fuit.
ESSAI l>i: SYSrrMM I^M ln\ {ni
.\ csl-il |>ns (lillicilc d a|»<jrc(:\nir, • nlr<; ir iiktiUî et la satisfaction ainsi d/'lliiii', (|nrlf[ur «liffiTonrc rrMo/f Voici inaintcnani en rjuels tniiics saint TlioniaH j)ai*lr (lu sacrifier.
LcriMciuiii proprlr (iicitin aliquid lactuin in honorcm pi'Dprie Dco dehitinn a<l cmii pl.icaiidnin... ( 'hristiisautein soi})suiii ()l)tulit in passione pro nobis, et hoc ipsu/fi fjuod volunlarie passioncfn sustinuit Dro ma.rime acceftlum fuit, ntpote ex charitate maxinui provoniens, Undc nianifestiiiii c<t quodpassio Cliri^ti fucrit voriim sacrificiiini.
Ici encore n est-il pas évident que le sacrifice n'est pas antre chose (jne la satisfaction sous un autre nom y Quant à la rançon, le Docteur Angélique est formel.
Uuia iuitur passio Christi fuit sufticiens et superahundans satisfactio pro peccato et reatu })oenae generis humani, eius passio fuit quasi quoddani pretiuni per quod liberati sumus ab utraque obligatioiie. ÎSam ipsa satis/actio qua quis satisfarii sive pro se sivr pro alio pretium quoddam dicitur.
Ainsi est-ce toujours la même réalité qui revient sous des vocables diflerents, et ce fait n'a pas échappé à d'excellents interprètes de saint Thomas. On ne trouverait sans doute pas un théologien qui consentît à voir dans le rachat autre chose que la satisfaction. « Redetnptio, écrit le R. P. Chr. Pesch. secundum rem idem estacsatisfactio Christi; sed ita appellatur sub alio respectu ^ )^ Ne faut-il pas en dire autant du sacrifice? C'est à quoi se résout le P. Hurter, lorsque, après avoir mis cette notion au premier plan de sa thèse, il arrive à définir son contenu réel.
1. Chr. Pesch, Compeadium theologiae dogmaticae^ Fribouri5'-en- Brisgau, 1913, t. III. p. 73. Voir également A. d'Aiès. lîtudes, 20 avril 1913. p. 193.
:\0'^ EXPLICATION C.VTHOLIQIE DU MYSTI RE.
Hae(^ substitutio syinbolica typiis erat alterius realLs substitutionis, ut quod vetera illa sacriticia ostendebant necessarium et portendebant futurum. satisfactionetn inquam jyro peccatis. ipse se ipsum ofPerendo in sacri liciiim adimpleret^
Voici enfin des commentateurs de la Somme qui absorbent résolument dans Tunité tous les menibre^ de la division quaternaire fournie par le texte. Ecoutons un disciple du cardinal Billot, M. G. van Noort :
Cum omnia quae de salis factione Christi dicenda sunt etiam de merito élus valeant, cum praeterea redemplio et sacrificium ad causalitatem satisfactoriam ac meritoriam fere reducantur. ad vitandas repetitiones de. sola satisfactione loquemur-.
H est vrai qu'une légère hésitation se traduit encore dans ce mot « fere » ; le maître est tout à fait affirmatif.
Ad eamdem causalitatem sive satisfactoriam sive meri toriam pertinent duo sequentes modi... \am cum dico per rnodum sacrifîcii, intendo quod passio per quam Cliristus satisfecit ac meruit fuit opus excellons virtutis religionis. id est verum ac proprium sacrificium. Et similiter, cum dico per môdnm rcdonpfionis, explico specialem quemdam respectum qui attendi débet in satisfactione crucis^.
Ainsi donc, soit de la battre même de saint Thomas, soit de renseignement des meilleurs théologiens, il résulte que les idées de rançon, de sacrifice, d(^ mérite et de satisfaction, au lieu d'exprimer les élé-
•1. HiiuKi;, Thcol. don'/ri. romp.. 1. 11. p. .V25. A contparer avec lt< ilK^se du sacerdoce et du sa( rilicc énoncie plus haut, p. 521 et 54<'<.
2. G. VAN NooKT, [>(' Deo Uofirmyitnrc, p. lï>-i. Cf. p. 116. note 3 ; «< Hinc vides (juain alTiues sini raiin lodomptionis <'t ratio sat'sf^c tionis. » Voir éi;alemenl p. 107.
X Gard. Bu, LOT, De Vcrho i,H\. y. '.:>(►- '.M.
KSSAI DK S\ST|;MAIIS\I ln\ 301
mrnls pnriicis oi romplùmcnlairos d Un iiiriiH' fait. s';ippli(]!i(*nl l(»nt(*s (''jj;;il(»nifnt .1 l.i rr.'ilil*- totnic du myslrrr, siiivanl le point dr vnr jnrmcl diKpnd on I rnvisajçe. NOilù poinijiKM r'rstnn vicr de mctliod** que dv les jiixtaposrr connno des concepts |)liis on n\oins syni(Hriqu(*s, dont la snccossion encadrerait Mil lonL |>lns vaste cpie charnn d'eux; ce Bont j>lntot. si Ion os(* dire, autant de notions con(M*nli-iques. superposé(»s [)ar la réilexion à un inr-nic objet, dont cliacunc l'ait ressortir un asp^'ct. Il faut donc en revenir à la synthèse, cpii seule p(»rniet de ne j)as se méprendre sur la portée de certaines analyses.
(! est dans les réalités fondamentales de la foi. i)ar delà toutes les abstractions d'école, que la théologie traditionnelle de FMglise a su trouver le principe vraiment synthétique, le point central et lumineux d'où tout s'éclaire dans une harmonieuse unité.
Est-il ])esoin de rappeler que la TuMemption est en acte dans l'Evangile, à l'état de donnée vivante et concrète, avant d'être mise en thèses par la réilexion des spéculatifs? Or, ce qui frappe sans doute le plus à travers le touchant récit des textes évangéliques. surtout si Ton pense aux brillantes descriptions que les Prophètes faisaient du Messie, c est l'humilité et la souffrance du Fils de Dieu. Malgré sa dignité, malgré son innocence, toute sa vie est faite d épreuves, depuis l'obscurité de son enfance jusqu'aux tribulations de son ministère public et aux avanies de sa passion. Et lorsque des faits extérieurs on remonte aux sentiments intimes de son àmc, on y devine une source cachée de nouvelles souffrances, qui éclate au grand jour dans la scène de l'agonie :
toutes les douloureuses contradictions du cœur blessé, de la sainteté oiîensée, de l'amour méconnu.
Un fait aussi important ne saurait passer pour négligeable, et le cœur du chrétien en perçoit le sens avant même que sa raison ne Texplique. Car la douleur n'a de raison d'être que comme châtiment du péché; Jésus cependant est innocent et pur : si donc il souffre, c'est qu'il porte la peine des péchés d'autrui. Les Apôtres ne s'y sont pas trompés, qui appliquèrent au Sauveur, dès le premier jour, l'oracle d'isaïe sur le serviteur frappé pour les péchés de tous et broyé pour leurs iniquités. Avec plus d'analyse, mais non moins de conviction, tous les théologiens reconnaissent depuis à la Passion du Christ un caractère expiatoire. De ce fait nombreuses et mystérieuses sont les raisons. Mais, le péché étant un désordre et comme tel méritant une peine, on conçoit que Dieu, soit pour mieux en montrer aux hommes la gravité, soit pour faire éclater sa propre justice, ait fait entrer la souffrance dans l'économie de la Rédemption.
Non pas sans doute que nécessairement il en doive être ainsi. Mais ce moyen, choisi par Dieu de préférence à tant d'autres, est également celui qui répond le mieux aux convenances de notre nature, puisqu'il est fait pour nous inculquer, et par le cœur plus encore que par l'esprit, ces deux lois fondamentales de l'ordre moral : pas de péché sans châtiment, pas de relèvement sans expiation. A ce point de vue, la Passion fut toujours le thème préféré des méditations chrétiennes, et à juste titre : il n'est pas de source plus efficace de repentir et de pénitence.
l^n môme temps, comment ne pas être frappé de la sainteté parfaite du Sauveur, qui se traduit par la plus constante soumission aux volontés de son Père et donne à sa vie tout entière un caractère
KSSAi l'i svsTiM\ns\ r i()\ :îo:.
/'rnincrnrTKîMt inoial ' S|n'(i.il(inrnt jM»iir <•«• qui (;st (le la soulTrancc (;l. de» la niorl, non seiil(Mri(înl il les accepter avec rôsignation ; mais, pour (lur(»s rurdles l'iissont à la scnsihililV' de suri ûmc, il les embrasse avec une sainte ardeur et une ^cn/Teuse vaillance. Plus que cela, dans Tliypotlirs^' th('*oloj^i(|n('incnt très licite où le prée(»|)t(» d(^ mourir n'aurait pas existe* pour le (llirisl ou i)ien n'aurait pas eu le caractère d une strict(i obli^^alion, on pourrait dire <pie rinitiative de ce sacrilicîc est due à l'élan s[)ontané de son amour. La piété chrétienne ne s'est pas moins attachée à cet aspect de la vie et de la mort du Sauveur et n en a pas tire moins de fruits.
Mais, pas plus que Téh^ment pénal, cet élément moral n'est étranger à 1 é'conomie piovidentielle du salut. Non seulement il y entre à titre prati(|ue, par l'intluence toujours attirante et féconde qu'il peut exercer sur nos Ames; mais il a sa place dans l'économie objective de la Rédemption, ('/est, ici encore, une de ces vérités que le cœur du croyant devine, au moins autant que sa raison la prouve.
Qui n'a senti que l'âme de ,Iésus fut. dès le premier instant, et ne cesse d'être l'objet des complaisances divines; que sa sainteté est devant Dieu la compensation de nos misères; que ses mérites sont notre seul espoir dans tous nos besoins et notre refuge en cas de péché? Et la raison éclairée par la foi montre, en effet, comme autant de déductions certaines, ([ue tout le but de la création est de procurer la gloire de son auteur : que le grand mal du péché vient de ce qu'il détruit cet ordre providentiel ; que, par conséquent, une des lins de la réparation, la principale sans doute, doit être de le rétablir : ce que le Christ a fait par la valeur morale de ses actes et sentiments, dont l'union hypostatique agrandissait infiniment la grandeur et la portée.
3(Mi EXPLICATION CATHOLIQUE DU MYSTERE.
Il faut ajouter d'ailleurs que, si notre analyse peut à bon droit distinguer dans l'œuvre du Rédempteur ce double aspect pénal et moral, ils sont pratiquement confondus dans l'unité d'une vie toute faite d abnégation. Ni l'expiation, en effet, ne se comprend sans l'amour qui Faccepte ou la provoque; ni l'amour n'aurait tout son sens effectif, s'il n'étaii consommé dans le sacrifice. Voilà pourquoi c'est à la Passion, ainsi globalement prise et conçue comme le terme d'une vie de dévoûment, que la foi chrétienne a toujours rattaché le mystère de notre salut. Dans ce fait, à son tour la théologie découvre tous les éléments pour une pleine réparation du péché.
Car cette vie et cette mort du l'ils de Dieu étaient dtyà par elles-mêmes d'un prix incomparable. De plus, en tout cela le Christ agissait au nom de l'humanité, dont Dieu l'avait constitué le chef moral En lui donc et par lui, on peut déjà dire que tous les hommes rendaient au commun maître leurs hommages et sollicitaient leur pardon, comme de fait après lui, sous l'inlluence de son esprit et avec le secours de sa grâce, tous les croyants continuent la même œuvre réparatrice. S'il est vrai qu'il n'y a pas d'événement plus important dans l'histoire du monde moral, on comprend qu'il soit le centre du plan divin pour la restauration de Tordre surnaturel.
On voit ainsi comment, d'après l'Eglise catholique, le mystère de la Rédemption est situé en pleine réalité historique et psychologique. (]e n'est plus une sorte de schématisme théoriqueet abstrait superposé arbitrairement au réel ; ce sont les faits euxmêmes, saisis dans leur enchaînement synthétique,, dont la foi vient éclairer le sens profond et la valeur transcendante. Au lieu d'être étranger à l'Evangile le dogme de la Rédemption nous apparaît comme
rSSM λK SVSri'MM I^MInX 'm"
1 histoire loul rntjrlr (lu h'ils «le |)|rii. (|i»;^Ml.'illijUC-
nif^nt iiilrr|)rrt(U' par rrnscij^ijtMiirnt dr \'\''.<rliHO. Par oii le mystère se sim|)lif*M» .ni regard <lii Ihéolog-ien, sans rien perdre de sa sig-iiilicalion.
Kn effet, cette vie et celte m<»rt saintes ne sontelles pas le plus parfait lioniinaj^e rendu a la majesté divine et, par conseijuent, la compensation de I injure i|ue lui inllijnfent nos |>écli(''sy Dans ce sens on peut parler de satisfaction. On peut même donner à ce mot loule la pli'nitude île son acception juridique, puisque cet liomma<,'-e réparateur est offert à Dieu au nom d<* (ous ses frères par le représentant de J humanité et qu il tient de la personne qui l'offre une valeur qu'on peut dire infinie, i^ar lui-même, un aete aussi excellent est capable de rétablir à notre protit, devant réternelle justice, récjuilibrc de Tordre moral, sans oublier rpTil doit ensuite être renouvelé par cbacun d'entre nous. I^n même temps il y a là une source inépuisable de valeur morale, c'est-à-dire un titre réel pour le Sauveur aux faveurs divines, dont il bénéficie lui-même largement et qu'il répartit ensuite sur les siens : c'est la notion de mérite. Ainsi se trouvent désignés deux aspects de Tonivre rédemptrice, devant Dieu comme devant nous : son aspect pour ainsi dire négatif, en tant qu'elle répare le désordre du péché, et son aspect positif, en tant qu'elle nous rend nos droits perdus à la grâce.
Cependant peut-on concevoir un plus parfait exercice de la vertu de religion que la vie tout aimante du Verbe incarné, que cette perpétuelle ofîrande qu il faisait à Dieu de sa personne et de ses intentions, de ses moindres actions et souffrances, sentiments qui atteignent leur apogée dans l'épreuve suprême de sa mort sanglante? Ôr c'est bien là tout l'essentiel de ce que représente la notion religieuse de
sacrifice'. Et si l'on veut pousser plus loin l'analyse, il sera facile d'y trouver, avec la piété si théologique du grand siècle, le prêtre et la victime, la préparation et TofTerloire, l'immolation dans sa réalité physique et sa direction formelle, la consommation (lu sacrifice dans le ciel et la communion du croyant sur la terre.
Que si l'on envisage la Rédemption moins par rapport à Dieu que par rapport à nous, elle apparaît comme une délivrance, une bienfaisante intervention qui brise le joug de notre esclavage spirituel. Et l'image du rachat vient d'autant plus naturellement à l'esprit qu'elle rend assez bien la manière onéreuse dont il a plu à Dieu d'accomplir cette œuvre de salut.
Ainsi toutes les expressions reçues retrouvent leur place et, sans tomber dans un vain formalisme, on rend justice à la tradition qui les a plus ou moins consacrées ; mais chacune prend un sens concret, par son contact avec Tunique réalité qui en forme la base. Là-dessus il ne saurait y avoir et il n'y a pas de désaccord entre théologiens catholiques : l'unité organique de la Rédemption est aussi certaine que la continuité manifestée par l'histoire dans la vie du Rédempteur. Si l'école a multiplié les catégories, ce n'est que pour mieux rendre la richesse débordante d'un même fait ; et si elle a préféré, comme on l'a vu, le concept de satisfaction, c'est qu'il a semblé plus apte, sans rien supprimer des données traditionnelles, à absorber le contenu réel des autres. De toutes cependant on peut bien dire qu'elles sont incomplètes: mais toutes aussi sont exactes, dans la mesure où elles expriment l'un ou l'autre
1. r.'cst le renouvelN^nonl des niômos dispositions sous les espèces euchaiisliques <|Ui «'onsiituc resseniiel du sacrilice de la Messe.
KSSAI l)K SYSIKMATISATION. àOU
aspect do TcLMiyrr totale : savoir \r myslère de l'incarnalion et do la Passion du P'ils de DicMi, di'îcroté par le PiTi^ et a((('|)t('' par U) l'ils, dans unr; romniune inspiration d'amour, poni* la Lrl(»ir«'d(î I)i(Mi vi le salut du monde
VolonticM's bien dos lln'ologiens arrôtoraiont ici Ituir cn(pit't(\ dans la paisible posstîssion do ces donnoos conununos. Mncoro osl-il (piu, lo dogme étant ainsi posé, on peut on chercher le sens précis, le trait spéciliquo vi ossentiel, co qui rovienl à savoir «piollo ini|)orlanoo il conviont d atlriburr à sos divers éléments conslitutils. C't\st ici (juese produisent des conceptions divergentes, qu'il faut essayer de comprendre sans espoir de les réduire à l'unité.
Tout d'abord voici l'état des opinions tliéologiques. En négligeant les conceptions purement formelles, on a pu très justement ramener à trois les explications réelles tentées par la théologie en la matière. Nous empruntons l'exposé méthodique et rigoureux qu'en fait le D' Ileinrichs.
Il y a d'abord la théorie du châtiment [die Straftheo- 7'ie). Sous le nom de cliàtiment au sens propre, il faut entendre, non pas seulement une peine infligée, mais intligée précisément pour la réparation de Tordre détruit et de la transgression volontaire. Les autres fins, médicinales, méritoires ou autres, ne sont pas nécessairement exclues; mais elles doivent être subordonnées au but premier et essentiel. Par suite, le sujet propre de la souffrance pénale ne peut être que celui dont la transgression coupable doit être réparée, c'est-à-dire le pécheur lui-même; car le châtiment a précisément pour but de
:M0 I:\PLI( NTKLN GATIIOI.IQUE DU MYSïJu^E.
lui arracher par force ce ([ue sa volonté refuse. Sans doute une autre personne pourrait endosser la ])einr et fournir ainsi une certaine compensation extérieure à l'ordre détruit. Même alors cependant faut-il, si l'un ne veut pas laisser s'évanouir la notion du châtiment, ({ue la réparation de l'ordre violé soit le motif dominant pour rinfliction de ces peines.
Que si maintenant de la notion de châtiment nous retenons une seule partie, le fait de supporter un mal, et si nous en écartons l'idée de vengeance, pour mettre à sa place, dans celui qui inflige la peine, un sentiment de complaisance pour la volonté qui se soumet volontiers à ce rôle douloureux, nous avons l'idée d'expiation {Si'fh7ie). Les éléments constitutifs de ce concept sont donc, d'une part, le fait de supporter un mal, d'autre part, l'absence de tout motif de représailles dans l'intlictiondece mal. Par ce dernier point, la théorie de l'expiation s'oppose à la théori(^. du châtiment, avec laquelle elle coïncide par le premier.
Nous pouvons encore aller plus loin et faire abstraction de n'importe quel mal conmie connotation essentielle, de telle sorte quil nous reste seulement la complaisance divine poui' une action qui est faite en compensation pour le désordre du péché. De cette fa«;on nous atteignons le concept de satisfaction proprement dit. Bien entendu, il n'est pas besoin pour cette idée que l'élément souffrance soit exclu de fait; il suffit qu'il le soit formellement. Par conséquent, dans la théorie de la satisfaction, ce qui apparaît comme essentiel, par contraste avec la théorie do l'expiation, c'est le fait d'oUVir une réparation d'honneur'.
Va Fauteur ajoute pour mieux préciser encore :
Nous concevons ainsi satisfaction et expiation dans le rapport d'une idée plus large à une plus étnûte. Tout acte d'honneui' tendant à l'acquittement d'ime dette est une satisfaction, indépendamment de cette considération