‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 81 sur 183 · Heinuiciis, op. cit., p · texte numérisé non relu

Heinuiciis, op. cit., p

u'i IvXpijcahon cmiiolique du MYSTi ri:.

ditioii chrétienne cL (Je touchant pour la piélé. Puisque cette souffrance expiatoire a été voulue par un décret divin, on peut aussi considérer la Passion dans une certaine mesure comme un châtiment : non pas, certes, le châtiment personnel de Jésus, ce qui serait un horrible blasphème, mais comme le châtiment objectif et impersonnel, si Ton peut dire, du péché.

Cependant, puisqu'on insiste sur le caractère moral de la satisfaction comme le plus important et, à proprement parler, le seul essentiel, on évite de chercher dans cette expiation pénale, si justifiée quelle puisse être par des convenances de toute sorte, le but premier de la mort du Sauveur ou le dernier mot de sa valeur salutaire . Une conception établie sur ces principes ne sacrifie aucun des éléments qui sont entrés dans le plan historique de la Rédemption ; mais elle s'efforce de marquer exactement leur place respective, et. parce qu'elle ne transforme pas le fait en droit, ni les circonstances accidentelles en loi nécessaire, elle se trouve plus conforme aux exigences de la saine raison et au récit de rÉvangile.

Telle est, en tout cas, la théologie traditionnelle de l'Eglise : il n'est pas de fait historique plus avéré. Écho très personnel de la tradition patristique, saint Anselme n'entend pas autrement la satisfaction ; et les théologiens postérieurs, s'ils ont amendé quelques détails du système anselmien, en ont tous conservé l'idée fondamentale. (]'est celle-là que l'Ilglise a consacrée comme l'expression laplus complète et la moins inadéquate de sa foi, que les maîtres ne cessent de commente]*, et dont s'inspirent les ])lus huml)les manuels, lorsqu ils re])roduisent ces définitions classiques : <( reparatio honoris /ucs/\ recoin pcnsdiLo iniuriae illatae ».

11 reste seulement à réaliser toute la signification logique et liistori([ue de ces formules. A cet égard.

KSSAi i»i; s^s^l:M MISS I io\ air.

l\v\|M)S(' ('(mipnralilMcs ducJrinrs |»rolrs|.iiitcs poiiiTa loni'iiir (nirl(|iir himinn. M.iis «léj;i I fln<lr (|iii ]\vrri'di' siillil sans donh* à carachMiser la (Iholonic ('athnlifjue, la(|u<'ll(' rsl loiHh'c, non pas prncisôriH'iil sur la l*aBsion <'n (anl (pir t('ll<% mais sur h;» vrrhis donl tdlr fut uiM' expression suMinn», r\ cxplifpn», en ({(M-nirrr» analyse, sa sii;nilicali(>n iMMJrinptiMr par sa valenr rommr a('l(^ de ré|)arati(>n rn(»rale : acie pn-soniirl du \ erhe inearné, ol riche, par eonsi'cpient, <Je ses ixTleetions iidinios. mais accompli en nnt!-e norn et dont une j^ràce de sni'nalureile solidai-it('' nous rend ensuite participants.

Au total, il ne s'a<i;'it qne de divr'rgoncos spéculatives. (]ar, à la hase des explications en pn'sence. on trouve les mêmes éléments n*els; toute la dillV'rence vient de ce qu'ils sont appréciés suivant une proportion inverse. Dans tous les cas, c'est la sainte Passion du (Mirist qui nous sauve — et ceci est tout simplement la loi catholique élémentaire. Mais, dans le système de Texpiation pénale. Jésus nous sauve pak la souiîrance, tandis que les théoriciens de la réparation morale aiment mieux dire que Jésus nous sauve DANS la souffrance. Ihi termc^s d'école, on résumerait assez convenablement la pn^nière conception en disant du Christ : « satisfrcit patiexdo )^, et la seconde s'exprimerait sans doute dans la formule : « satisfecit patikxs ».

Ne faut-il voir dans ces distinctions que des subtilités sans importance? Ou bien serait-ce que les théories ainsi qualifiées procèdent de directions différentes et représentent chacune tout un monde spécial d'idées, on pourrait presque dire : toute une conception du christianisme? D'autres dogmes ont bien vu se constituer autour d'eux des écoles rivales dont les partisans ne semblent pas encore près de s'accorder: ici il serait sans doute plus exact de

parler de tendances. Les âmes méditatives et mystiques, désireuses surtout d'utiliser la Passion pour leur profit spirituel, ne sont pas sensibles aux mêmes aspects que les intelligences raisonneuses, attentives à fixer les conditions théoriques de la Rédemption. Et ceci permet de comprendre pourquoi les unes accordent leurs préférences à Texpiation pénale, dominée par la loi austère de justice, tandis que les autres insistent sur la réparation morale, où sont mises davantage en relief les exigences non moins sacrées de la sagesse et de l'amour.

Mais il importe de ne pas oublier que l'accord est complet sur la même foi fondamentale, encore qu'il ne soit pas interdit d'en chercher la meilleure interprétation théologique.

CIIAIMTIIK \ I

muns nu mystlhl

S il y il parmi les llirolopiens catholiqiH^s (jiHîlquc divergence dans rintcrprclation sp(''culaliv(^ du mystère de la Rédemption, il n'en subsiste aucune dans Tappréciation de ses elîets. Une fois de plus il arrive que le contact des réalités i)ratlques rt'concilie ceux que la théorie semblait un moment diviser.

On a même remarqué, bien que la chose n'ait au demeurant rien de remaniuable, que TEcriture se préoccupe moins de nous définir l'essence abstraite de la Rédemption que de nous en montrer les fruits salutaires; et il en est d'ailleurs ainsi de la plus ancienne théologie patristique. N'est-ce pas la démarche naturelle de l'esprit humain que de remonter des effets aux causes? N'est-ce pas surtout le caractère de la révélation divine d'être beaucoup plus une vivante leçon de choses qu'un exposé didactique? Aussi bien, d'après les lois psychologiques de notre nature, là se trouve le secret de son éternelle jeunesse, comme de son inépuisable fécondité.

Voilà pourquoi le mystère de la Rédemption nous est surtout présenté dans ses résultats. On sait d'ailleurs qu'ils sont aussi nombreux que peu synthétisés. Les auteurs sacrés affirment çà et là, avec un parfait ensemble et une surprenante profusion,

318 EXPLICATiON CATHOLIQUK DL MYSTEUt.

que, par le sang du Christ, nous sommes sauvés, rachetés, délivrés, réconciliés, rapprochés, justifiés, régénérés; que la mort du Sauveur est une manifestation de la justice de Dieu non moins que de son amour, une source de paix et de vie pour nos âmes. A travers ces formules variées, on peut apercevoir cependant comme une double affirmation : c'est que, grâce à la Rédemption, un changement s'est produit dans les rapports entre Dieu et les hommes, comme aussi dans Tattitude des hommes à l'égard de Dieu. Telle est la réalité fondamentale dont les expressions multiples de Tl^criture ne font que décrire les divers aspects et qu'il nous faut maintenant expliquer. Contre cet enseignement de Ih^glise les objections ont été accumulées comme à plaisir par des controversistes plus soucieux d'attaquer notre foi que de la bien comprendre. 11 en résulte beaucoup de ])réjugés et un certain nombre de malentendus: cependant il n'est sans doute pas impossible de montrer que la doctrine traditionnelle, si on la cherche dans les maîtres de la théologie, non seulement résiste à toutes les critiques, mais se montre capable de satisfaire aux plus légitimes exigences.

C'est tout d'abord un article essentiel et caractéristique de notre foi que l'œuvre de la liédemption est objective. Par où nous voulons dire que la mort de Jésus-Christ a un sens en elle-même et indépendamment de l'effet qu'c^lh^ pourra ])roduire sur nous, ([u'avant tout acte de notre part elle est valable devant Dieu et pour Dieu en vue de la n^mission de nos péchés. Ce que nous nous efforçons de traduire

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(l.iiis le l.ini;a;^(' .«h.slr.til «le i.i |)liiloso|>liir. |r lanl^a^^c ])opiilaire 1 expriim; (!ii rornniirs |»his s;iill.'intes roîiiiiH' ccllos-ci : (lf»piiis rimnn>lnlioii du Calvaire, l)i(Mi est prrl a nous accorder son |»ar<l(Ui: car la iiKuM saui;*lant(» dr son h'ils a calme sa 4"olrrr et désarin<' sa justice; clic a aiimil»' la sontcuco de mort <pii nous condamnait et ihmis a reslilm* los droits j)erdas à l'hcritaj^'c <»lcrncl. IN)ui' le lh(''()in<^ien commt* ]H)iir le simple cr(»\ant, la Passion no per- (lî'ail-(îllc pas, en elVel, tout son prix, si elle n'était l:i cause elVective et assun^e de notre sainte

h autre part, une rellexi(Mi eh'menlaii'c suffit à laire apj)araître (le sérieuses dinicuités. Tout d'ai)ord la i olère de Dieu nc^ saurait être autre chose qu une manière de {)arler (*t, pour (jui ne vent pas être dupe des métaphores familières, rien n'est moins compa- (il)le avec nne notion philosophicpie des attril)uts divins que cette idée d'un changement introduit en Dieu par une cause autre cjue lui-même. Surtout nous savons par la révélation que Dieu est tout bonté. Déjà il est dit de lui dans TAncien l'estament : « Tu aimes tout ce qui est et tu ne hais rien de ce que tu as créé « (Sap.y xi, 25). .1 /'o/V/o/v IT^'angile met-il en relief cet attribut d'amour, et nous savons que le pécheur lui-même ne saurait se soustraire à cette obstinée tendresse : c'est le cas d'évoquer les paraboles dé l'enfant prodigue et de la brebis perdue. Dés lors, tous les bienfaits de Dieu ne sont dus qu'à l'initiative de sa miséricorde. En particulier, peut-on douter un instant que le dt'cret du salut et plus encore le don de l'Incarnation ne soient autant d'actes spontanés de l'amour divin? « Sic Dciis dilexit mnndum ut Fllium sunni unigenitiim daret )^ (Jean, m. 16).

Ainsi l'œuvre rédemptrice, qui nous apparaissait comme une cause des faveurs divines à notre endroit, doit en être considérée comme un effet : ne sommes-

320 EXPLICATION CATHOLIQI E DU MYSTÈUE.

nous pas jetés dans une impasse? Décisive aux yeux des modernes rationalistes contre la croyance orthodoxe, cette objection ne laisse pas de faire impression sur l'esprit de chrétiens mal assurés. Heureusement l'antinomie prétendue n'est irréductible qu'en apparence.

11 faut avant tout écarter résolument certaines conceptions anthropomorphiques, qu'une polémique tendancieuse voudrait à tort solidariser avec le dogme.

La foi catholique n'admet pas et n'a jamais admis en Dieu de combat entre sa justice et sa miséricorde, comme si l'être divin était partagé entre le besoin de punir et le désir de pardonner. On construirait de la sorte en théologie, comme l'a dit après Strauss Aug. Sabatier, « un théorème analogue à celui du parallélogramme des forces dans la mécanique... : la clémence divine tendant à faire grâce, la justice réclamant un châtiment impitoyable sont deux forces égales, dont la résultante nécessaire est dans la diagonale de la satisfaction ^ncaire * )>. Il s'ensuit que ce le Christ est devenu une sorte de médiateur intra-divin, dont Toffice essentiel était de réconcilier en Dieu ses attributs hostiles et de faire la paix et l'unité en Dieu môme ^ « . Ce serait évidemment, selon l'expression du même auteur, « pure mythologie ».

Aussi bien est-il besoin de dire que, si quelques prédicateurs ont pu se complaire en de semblables antithèses, propres à frapper l'imagination populaire, la théologie catholique n'est pas tombée dans de si lourdes erreurs? Elle sait que la justice et la bonté de ]3ieu, bien (|ue légitimement distinguées par la raison, so fondent sans conflit dans l'harmo-

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