‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 89 sur 183 · IKEN., Contra hacresea, HT, -23, i · texte numérisé non relu

IKEN., Contra hacresea, HT, -23, i

H. Athanas., Dr Incarnalionc Verbi, G; /*. G., XXV, col. los. cf. ihid., 13, col. 117-1-20.

RAISON DITUi: I)!' MVSTI'Ili: .'J i'.»

Saint, AnscliiKî n'iilnrcc ces consi(icratir>ns par la notion cl'iiniinilabilih' divinr.

()ii Dirii r<'alis(Ta IfS desseins (ju'il a fui'iiH's sur riiuinanitc, ou il a fait on vain cette natiir»' subliinr. Mais, du moment ([u'il n'a rien fait de plus précieux <|Ue la créature raisonnable destinée fi jouir de lui, il lui répugne tout à fait den laisser p«''rir absolument au cune.

Fl son disciple l^oson de répondn; : *< Je eomprinids (pie nécessairement Dieu doit achever ce qu'il a commencé, sous peine <le paraître, contre toute convenance, échouer dans son entreprise. » De nouveau, pour répondre à une objection, le maître t^xpose qu'il y a une îiéccssité qui augmente l'amour et le bienlait, quand on s'y est soumis volontairement.

Car il n'ignorait pas coque devait faire lliomme, lorsqu'il Ta créé; en le créant par amour, il s'est donc qua si obligé spontanément à parachever l'œuvre de bien commencée... Cette nécessité n'est autre cbose (jue l'immutabilité de sa propre excellence, qu'il tient de lui-même et non d'un autre. Ce n'est donc qu'une nécessité improprement dite. Disons cependant que nécessairement la bonté divine, à cause de son immutabilité, doit achever sur l'homme Tœuvre entreprise, quoique tout le bien qu'il fait soit pure gràc(^*.

Ce n'est pas le moment de rechercher si ces déclarations sont, ou non, susceptibles d'une exégèse bénigne-. 11 est certain qu'elles ont au moins l'air d'instituer une sorte de nécessité, s'imposant à Dieu

i. Ansklm., Car Deus homo.U, et :i; P. L., (.LVHI, col. 402-iO3. -2. Pour ce qui concerne spécialement saint Anselme, voir notre .article du Bulletin de Littérature ecclésiastique^ 11310. p. 14-18.

350 EXPLICATION CATHOLIQUE DU MVbTÈRE.

même, de pourvoir à notre relèvement. Kn quoi elles se heurtent à la révélation divine la plus formelle : « lustificati gratisyper gratiain ipsius » Rom., m, 24) , (c Gratia esiis Sdivati per fidem et non ex vobls ; Deienun doniun est •) Eph.y ii, 8). Aussi sont-elles désavouées par l'unanimité des croyants, qui saluent avec émotion et reconnaissance, dans le décret de notre Rédemption, un acte libre et tout gratuit de l'amour de Dieu pour nous.

11 n'est pas dillicile ensuite aux théologiens de montrer combien est fragile la thèse inverse. Tous les arguments qu'on voudrait bâtir sur les perfections divines s'écroulent devant une seule observation : c'est que la liberté humaine entrait dans le plan divin, avec tout le surcroît de gloire, mais aussi avec tout l'aléa qu'elle comporte. Il ne s'agit pas d'un obstacle imprévu, surgissant comme du dehors en travers de l'œuvre divine, mais d'une condition posée par Dieu même à l'accomplissement de ses desseins. Dès lors, si l'humanité est déchue, c'est uniquement par sa faute; les attributs divins sont à couvert, si l'on peut ainsi dire, et il ne reste plus a Dieu que de trouver dans le châtiment des coupables la gloire quïl n'a pas retirée de leur persévérance. Toutes les raisons données pour faire l'apologétique du péché originel seraient à rappeler ici ; elles éta-' blissent en même temps la souveraine liberté du pardon divin.

Si ellen'était pas nécessaire, du moins faut-il dire que la Rédemption de l'humanité nous apparaît comme hautement convenable. Les Pères que nous avons cités ne voulaient sans doute pas dire autre chose; en tout cas, c'est seulement sous cette forme atténuée que la théologie a incorporé leur doctrine.

H était très convenable que la nature déchue fût relevée. Et cela d'abord du côté de Dieu, parce que dans

Il M.S<)> I) Il Kl IM MVSiMU;. :l6f

cet acto se manifcstr sa inisrricnnlt*, sa piiisHaiice et sa sa^'osso : sa iniscTicordc, en tant qu'il n'a j)as «h'^dai^nr la l'aihh'ssi» de sa crratnrr; s.i jniissainr, en tant (|ih' jiai' sa vrrtii il a coniponsr \r drlicit do nous tous ; sa sagesse, en tant (pTil montre n'avoir rirn fait pour- rim. (l'était (ouvenabir aiis^i du «-ôlé de la nature linrnainr, qui riait tombée dans son enscmhle; (*t de in^ine eneore si l'on «Mivisaii"e la ])ri*re(tion de l'univers, (\\\\ est ordonné tout entier pour ainsi dire vei's le saint de l'honnne'.

Sailli Honavenhire (levedoi>pe davanlai^e les considérations anlliropolonri(|nos indiqn<''es ici par l(î Doctour An;;'éliqu(V

La même convenance apparaît, du côté de l'honnne, si Ton considère la dignité de la nature liumaine, le mode de sa chutt», Tétat où Ta mise sa défaillance. Kn elVet, la dignité de l'homme est ttdle que c'est pour lui que tout a été fait. Si donc l'homme manquait sa fin, toutes choses en serraient ])areillement privées. D'ailleurs, on sait ([uelfutle mode de sa chute : l'humanité est tombée tout entière par la faute et la suggestion d'un autre. 11 convenait donc qu'elle fût tout de même relevée })ar an autre... L'état de l'homme après sa chute appelle aussi un relèvement; car cet état est fait de pénitence et de misère. Or la pénitence apaisait d'une certaine façon la justice divine, tandis que la misère appelait la miséricorde. De toutes façons, il était convenable que le genre humain fût racheté-.

Pour achever d'élucider ce problème, les théologiens catholiques ont expliqué que la volonté de l'homme est frag-ile, tandis que Tétre angélique se fixe pour toujours et en parfaite connaissance de cause dans chacune de ses décisions ; que les anges

1. TiioM., 7/i /// Seat.. Dist. x\. qu. I, art. 1. s lutio i. Opéra omnîa, édition Vives, t. IX, p. 301.

2. BoNAVENT.. In III Sent., Di<t. xx. qu. I. art. I. Édition de Quara»*chî, p. 118-410.

sont tombés par une défaillance personnelle, tandis que nous avons été englobés par solidarité dans la faute du premier père. Ainsi peut-on comprendre que Dieu fut particulièrement incliné à nous faire miséricorde. Mais, s'il reste toujours dans les décrets divins quelque chose d'obscur à nos yeux, notre dialectique doit céder la place à la foi qui s'incline devant le mystère et se garder de tout prétendu raisonnement qui aboutirait à diminuer dans le Dieu rédempteur la part de Tamour.

Une fois cependant que Dieu a décrété notre Rédemption, comment réaliser cette œuvre? Théoriquement bien des moyens apparaissent possibles, depuis la condonation pure et simple, jusqu'à la satisfaction intégrale. Lequel était nécessaire?

Sans parler des droits du démon, qui sont depuis longtemps sortis de notre horizon théologique, sans invoquer les besoins divers de la nature humaine, il serait facile d'étaler les exigences quasi contradictoires des attributs divins. D'une part, la justice réclame que le désordre du péché ne demeure pas sans réparation : l'honneur de Dieu y est intéressé, non moins que l'harmonie du monde moral et l'intérêt de la conscience humaine. Mais, d'autre part, puisque Dieu est un Père, sa miséricorde nous invite à attendre qu'il nous accordera le pardon le plus facile et le plus généreux.

Cet exposé, ({ui pourrait être développé sans peine et qui d'ailleurs a été fait abondamment par les grands scolastiques, aurait du moins l'avantage de l'aire saillir les laces diverses du problème et d'en niontrerla complexitc'. Ilya chance, par conséquent,

UAls()^ hi rm-: in m^siiiU': .,.,a

(iniiin* (>n(|ur(<' pnrcinenl llir(>ri(|ii(* n ahoutiruit (|irà (l(îs résultais l'îiccrtains. On sait ((ipcndaut <|iu'lle est la soliilion fournies par la \\n : r csl <juf* Dieu a voulu subordonner son pardon a urie réparation — et une rt'paration adécpiatr - du désordre représ(»ntc par la faute. Tel rst le fait. \\n droit, la théologie eatliolitjue a pris la niénie position moyenne <pie nous avons rencontrée tout à l'heure : co moyen n'élail pas nécessaire ; mais du moins il nous apparaît comme souverainemiMit convenable.

Diversi^s raisons appuient celte convenance, qui uni été exploitées tour à tour suivant les préférences de chacun.

On se plaît d (ordinaire a faire valoir des motifs d'ordre pro[)rement tliéolo<>ique, c'est -à-dire fondés sur la nature de Dieu, et beaucoup de théologiens ne laissent même pas entendre qu'il puisse y en avoir d'autres. Dans cette perspective, on insiste sur les exigences de la sainteté divine. Car l'amour de Dieu et, par conséquent, sa miséricorde ne doivent pas être considérés comme des puissances inconditionnées: il faut tenir compte en même temps de la justice, qui réclame le rétablissement objectif de Tordre, Taffirmation des droits du créateur violés par le péché. Quelques auteurs, surtout protestants, ont poussé la logiquejusqu'à dire que, si ces deux attributs devaient être décidément incompatibles à nos yeux, il faudrait sacrifier la miséricorde, pour mieux affirmer la justice qui nous apparaît essentielle à l'être divin.

Ces exagérations mises à part, il n'y a dans un tel raisonnement rien que de légitime : il est dans le rôle du théologien de ne pas laisser prescrire, en regard de certain sentimentalisme, les exigences de la sainteté divine, proclamées par le sens religieux non moins que par la raison. Pourtant le métaphysicien le plus confiant dans ses déductions doit convenir

354 EXPLICATION CATIIOJ.IQLE DU MYSTERE.

({lie les secrets de Dieu nous échappent. Ici particulièrement, si Ton fait intervenir la notion de bonté, il nous devient difficile de Fliarmoniser avec l'idée de justice et notre intelligence a quelque peine à réaliser cet accord fondamental qu'elle entrevoit dans les profondeurs de Tétre divin. Aussi n'est-il pas rare que ces sortes de spéculations arrivent à créer en Dieu même une apparence de conflit, lequel se résout ordinairement au profit de la rigueur : le Dieu de ces théologiens est surtout un Dieu sévère, dont la miséricorde est plutôt affirmée que bien mise en relief.

Frappés de ces inconvénients, d'autres aimenl mieux recourir à des considérations d'ordre anthropologique, toujours plus accessibles aux prises de notre intelligence '. D'après eux, si Dieu a voulu une réparation du péché, c'est moins pour lui-même que pour riionneur et le bien de l'humanité. 11 y aurait pour elle quelque chose d'humiliant dans le pardon pur et simple, qui soulignerait son indignité tout en Teffaçant. Au contraire, par la satisfaction qui lui est demandée et dont Dieu la rend en mémo temps capable, elle reçoit le moyen de payer un peu sa dette, d acquérir une valeur personnelle, et, parla même, elle se trouve plus parfaitement rétablie dans sa dignité primitive. C'est la différence qu'il y a entre le créancier libéral qui remet sa dette à un débiteur insolvable et celui qui lui fournit des fonds pour s'acquitter. Qui ne voit combien ce dernier rôle est plus digne de la sagesse divine ?

On se place quelquefois encore à un point de vue pédagogique. L'humanité en général, et chacun des hommes en particulier, avait besoin de comprendre la tragique gravite du mal moral. A cet égard, un

1. Sur ccUe queslion ei les suivantes, voir un bon (hvcloppeiiicni 'lansJ. V. Bainvfi. \oln);rf s>irnof)irel, p. ;254--i8;>.

RAISON DirUl-: IM' .\nsTiiiK :<s5

pardon trop r.icil^MMU rt<' (run f.\ch<*iix 'x» iiij»i«-, lundis qu'iiiM' siiiclioii l(';;^itiinc rsl un cxri'lh'nt inoy«*n (l(î rcdrosser les (^onsciiMir^es. Kt ce motif s(H:ondaire peut aussi c^nlrrr <mi lii^nr de compte à côté des auti'es.

Au (leuKMiranl, ces diverses raisons n'ont l'ien d'exclusifet il faut sans d<mte lesniunir tontes enseml)le pour avoir une vu(; moins iiK()in[)lète du mystère. On a montre'' rc'CcmnuMil, avec IjcaucrMip de vi^ruenr. i!0mnient saint Anscliue, le premier tlK'oricien delà salislaction, ipii n'est cerlos pas porté à diminuer les droits de Dieu, fait cepiMidant une place essentielle dans son système aux considè'rations linges do la nature humaine. (]ar Dieu voulait - le saint docteur va jusqu'à dire : Dieu devait — rendre à l'homme intégralement sa dignité perdue ; or « l'homme ne serait pas heureux, s'il demeurait soit indigne, soit pécheur ' » .

Enfin, les grands scolastiques ont synthétisé ces diverses considérations, en faisant à chacune la place qui lui convient.

Il était convenable que. la nature humaine fût relevée par le moyen d'une satisfaction. D'abord du côté de Dieu: car la justice divine est manifestée, en ce que la faute est effacée par une peine. En second lieu, du côté de riiomme, qui, par la satisfaction, est plus parfaitement restauré. S'il n'avait pas entièrement satisfait, il n'aurait pas après le péché la même gloire qu'il avait dans l'état d'innocence. Car il est plus glorieux pour l'homme de réparer sa faute par une satisfaction complète que d'en recevoir le pardon sans condition, tout de même qu'il lui est plus glorieux de mériter la vie éternelle que de la recevoir sans mérite. En effet, ce qu'on mérite, on le tire en (pielque sorte de soi-même, dans la mesure même de

1. Cu7' Deus hOiHo. 1. -2*: col. 3î)S. Cf. Hcimuciis, op. cit., p. 61-tK».

35G LXPIJOaTJON CATHOLIQUE DV MYSTEKE.

l'effort méritoire; ainsi la satisfaction fait que celui qui la fournit est en quelque sorte la cause de son pardon. En troisième lieu, une satisfaction fHait convenable du côté (le l'univers : de cette façon la faute est remise dans l'ordre par la peine satisfactoire et par là même il ne reste rien dans Tunivers qui soit désordonné ^

A ceux qui s'inquiètent de la miséricorde divine saint Thomas répond :

Elle ne se manifeste jamais mieux qu'avec le mode présent d'une rédemption opérée par la satisfaction. De la sorte, en effet. Dieu n'a pas seulement voulu écarter de l'homme le péché, mais ramener sa nature à sa dignité première — et cette dignité demeure à jamais, tandis que la peine passe en peu de temps . Ainsi donc la miséricorde est mieux manifestée par le don d'une dignité éternelle que dans le pardon d'une coulpe temporelle^.

Mais encore, dira-t-on, si une satisfaction n était pas nécessaire, que devient la justice? Voici la réponse du Docteur Angélique.

Cette justice elle-même dépend de la volonté divine... Si Dieu, en effet, avait voulu racheter l'homme de son péché sans aucune satisfaction, il n'aurait pas agi contre la justice. Un juge ne saurait, sans manquer à la justice, laisser une faute inpunie, parce qu'il s'agit des droits d'un tiers, dans le cas, par exemple, d'une faute commise contre un autre liomme, contre l'Etat, ou contre un chef supérieur. Mais Dieu n'a pas de supérieur : il est luimême le bien supérieur et commun de tout l'univers. Voilfi pourquoi ^ s'il remet le péché, qui n'a caractère de faute que parce qu'il est commis contre lui, il ne fait de tort à personne •'•.

1. Tno.M., In III Senl., Disi. x\, <ju. 1. art. 1, sulutio ii, p. 30l-a02. On trouve urc soFnhlahlc (locirino chez saint lîox.wEMruK, In III Sent., Dist. \\. ar!. 1, (|u. 2, p. 'iliNV'ia.

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