Ibid., H, O.col
3. H. TouiiNEiA, 7)^' Incarnat. \'erbi dunni^ qu. 4^, concl. 4', Paris. 17-27, p. 2H1. Les «listinciions exprimées dans cette formule vienneni iJe ce qu'auparavant (concl. 3',, l'auteur avait admis qu'à la risn«iir D eu pouvait nous sauver autrement.
KAIS()> D'KTKK DO M^STI HK. 359
r.dil l'wui le inrinc hin^ai^^r : u |)icii <|iii est riche en inisrricorde, à causr du «^rand aiiinur dont il nous aimait, alors (juc nous étions morts j>ar h; pérhé, a voulu n(»us rendre la vie dans le ( .lirisl .» A/;//., ii/i-5). \\\ de môme saint Jean : « Dieu nous a aimés le premier, jus(|u'à envoyer son Kils pour Texpiation de nos péchés » (/ loiin.^ iv, 10 . (lontro celle i»'*v«lation lormelh' il n est pas (h^ sylloLn'sine ()ui puisse' prévaloir.
On a souvent dit, et avec juste laison, (jue les anciens Pères n(* sont pas favorahles à la ri^^ido construction anselmienne. Il ^utlit de rappeler la boutade de saint Augustin.
Quelques sots viennent nous dire : La sagesse divine ne pouvait-elle délivrer autrement l'homnie qu'en revêtant elle-même l'humanité...? Nous leur répondons : Assurément elle le pouvait. Mais si elh^ avait pris une autre voie, elle déplairait encore à votre impertinence*.
Saint Bernard écrit de même :
La raison de ce fait n'est autre que le bon plaisir de celui qui en est l'auteur. Qui voudrait nier que le toutpuissant eût en mains d'autres moyens de nous racheter, justitier et délivrer? Mais ceci ne nuit pas à l'eftica cité de celui qu'il a voulu choisir entre tant d'autres*.
Aussi les grands scolasliques ont-ils sur ce point amendé saint Anselme. Tous enseignent unanimement et sans hésitation que Tlncarnation n'était pas nécessaire pour nous racheter. ( Quelques théologiens postérieurs vont jusqu'à parler de censures. Cette doctrine, au jugement de Suarez, est tellement certaine qu'on ne pourrait la nier sans témérité et sans
1. Au(;i:si., De ayone christ., \i, 1:2: P. L., \L, col. ^7. -2. BEHKAno., Confra e7'rorcs Aboeîanli, viii, 19: P.L., CLXXXn,col. lOGS-lOfi'.».
3G0 EXPLlCATlOiN CATHOLIQUE DV MYSTÈRE.
danger pour la foi' ; d'après de Lugo, Topinion adverse s'approche au moins de l'erreur-.
Tout au plus pouvons-nous dire que l'Incarnation était souverainement convenable à raison des grands bienfaits qui en découlent. Saint Thomas adopte et commente très heureusement la formule bien connue de saint Augustin : <( Il ne manquait pas d'autres moyens possibles pour nous racheter, ce Dieu dont la puissance gouverne toutes choses ; mais il n'y en avait pas qui fût plus apte à guérir notre misère. » Ce que le Docteur Angélique développe en faisant valoir tous les biens que l'Incarnation nous procure, tous les maux dont elle nous déUvre^. Nous avons plus haut exposé nous-meme assez longuement les fruits de l'œuvre rédemptrice pour n'avoir pas à y revenir.
On peut aller plus loin et dire que l'Incarnation était nécessaire d'une nécessité hypothétique, dans le cas où Dieu voudrait obtenir une réparation intégrale du péché. L'école scotiste n'admet pas cette proposition : il s'agit donc d'une opinion librement discutable entre catholiques. Sous le bénéfice de cette observation, il nous parait que Fopinion thomiste — qui est adoptée par le plus grand nombre des théologiens — va plus au fond du mystère. Elle rend mieux compte de la gravité du péché et permet défaire leur part légitime aux excellentes raisons que le puissant esprit de saint Anselme avait eu le tort de pousser à l'excès '*.
1. SuARRz, De Inc., Disp. IV, secl. ii, n. 3; t. \vn, p. :iO.
2. ÎAGO, De Inc., Disp. H, s«'Ol. i, n. G. Opéra omnia^ édition Vivls, t. II, p. 230.