‹ Le dogme de la RédemptionChapitre 92 sur 183 · Siun, th., pars 3', qu. 1, art · texte numérisé non relu

Siun, th., pars 3', qu. 1, art

4. Celte doctrine «'sl alliraiée s»>leniiellement par le concile provincial de Cologne, tenu en 18G0 : < Si integram exigens satisfactionem, iustitiam non minus quani misericordiam nianiteslando reparare volebat [I)eus],nenio polerat salisfaccrenisi qui Deus simul esset et homo. » Décrétât, lit. v, c. 18. Collectio LacensiSy i, V, col. 300,

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S'il s a.i;il (l iiiic satisraclion jiarfaitc ou a<i«(jua(r (jin (•oiu|)(Misi' jiis(nrà (''f^alitr la t'aille coiniiiise, l'action d'un lioiiiiiM' ordinaire ifrtait pas siiriisaiitc;. Mt d'ahord parce (pie la nature lium.iinc tout rntièro avait été corrompue par le prclié ; or, niU» bien d une personne* (iucjconcpic, ni celui de plusi(Mirs, ne pouvait oflrir une compensation (pli se puisse (Mpiiparer à la perte de toute la nature, lin second lieu, le péché commis contre Dieu tii'e une cer laine iidinitt' {(/udindnni in/iîu'taletn hahet) d(^ l'intinité de la majesté divine. Car l'olVenst» (»st d'autant plus grande (]ue plus iA'rand est celui qui en est l'objet. Il fallait donc })oiir une satisfaction comj)léle un acte d'une valeur intinie, l'acte d'un llouim«* I >icu '.

D un point do vue iheoriiiue. on a pu contester la oravilé intinie du péché, u Le péché mortel, écrit le 11. P. lluo'on, par de nombreux côtés reste limité et iini. (le n'est pas dans Tordre de Tétre, mais dans Tordre dn mal que Tolfense a une infinité-. »

En elTot, dans Tordre social où nous vivons, il est certain que Topinion apprécie plus sévèrement et que la loi punit avec plus de rigueur Toutragc fait à un souverain, et tout homme de sens ne voit rien là que de parfaitement juste. Dès lors, que dire du péché cpii estuneoirense de Dieu? Au surplus, avant toute théorie, les consciences un peu délicates attribuent à leur péché une portée incalculable et se sentent incapables de le réparer dignement. 11 s'ensuit que seul Dieu peut olTrir à Dieu offensé une suCTisante réparation; mais, comme il convenait en même temps que la satisfaction vînt de notre nature,

l. Siun. th., pars 3", (\u. 1. art. -2. ad -2"". CI. In III Seul.. Dist. i|u. 1. art. 'i, et Dist. \x, qu. 1. nrf. -J. 1. llK.oM, op. cit., p. 39.

u: iKX.Mi: DK lA n^:lM:^u'llo^. 21

on aboutit à la nécessité trun Dieu fait homme.

Quelle que soit la force de ce raisonnement, si Ton s'en tient à un point de vue strictement individuel, comme on le fait d'ordinaire, n'y a-t-il pas quelque exagération à réclamer un Homme-Dieu pour un seul péché mortel? Cette objection disparaît, dès que Ton sort de ce cadre un peu formel pour se mettre au point de vue général et collectif qui est celui de l'Écriture et de la tradition, et que saint Thomas indique dans la première partie de sa réponse.

Il n'y a qu'cà se rappeler que l'humanité était faite pour glorifier Dieu dans un ordre surnaturel. Par le péché elle a failli à sa mission, de telle façon qu'elle est à tout jamais incapable de se remettre par ses propres moyens dans le plan providentiel et, par conséquent, de rendre à Dieu l'hommage qu'elle lui devait. D'ailleurs toute créature, par le fait qu'elle se doit elle-même à Dieu et tout ce qu'elle possède, est hors d'état de combler cet immense déficit. Il faut donc un Dieu fait homme, pour ramen-er la nature humaine à sa tin ^ .

Rien de plus conforme à la doctrine de saint Paul sur le second Adam et à ce que nous savons du rôle général de l'Incarnation. D'ailleurs, les deux considérations peuvent se rapprocher et se compléter. Il en résulte que la médiation du Fils de Dieu, tout en restant un acte libre de la bonté divine, rentre cependant dans un ordre providentiel, dont notre raison, éclairée par la foi, peut sutrisamment dégager la raison d'être pour en mieux comprendre le sens et admirer la grandeur.

J. Voir un c\<*cllcni dcveloppemeiif de ce thème dans (;. IM.li., ojK cit., p. 04-08.

luisoN hiVnu m' M^^T^.llK

iMifin ii a ))l(i au \ Crhc iiicariK' de consoiimicr son (vuvro nîdcinnlrici; dans la soullVancc et dans la mort. (!'(itait un dcca-oL divin dont le Christ a maintes l'ois alliriné rexistencc. A|>rr.s la confession de (lésarée, dit saint Marc, « il coninnîni.'a à leur apju'cndrc* (|u'il l'ullnit (|ue \i\ lils d(; Tlionimt; sonlTrît iKMUcoup, (|u'il lut rejeté par les anciens... et (|u'il lut mis à mort » Maiu:, viii, ,'{! et par. . a De même rpie le serpent (raiiain fut élevé par Moïse dans le ilésert, ainsi faitt-i/ i\\iv le tils de l'homme soit r\v.\é » Jkan, m, iV. I^neoi'e après sa Kt'snrreetion, Jésus expliquait aux disciples troublés comment le (lliiist devait souflrir pour entrer dans sa gloire Lcc, \m\, 2r)-28 et 44-47'.

Malgré leur apparence impérative, il n est pas un théologien sérieux qui entende ces formules comme signiiiant un décret absolu. 11 y a lieu de remanpier à cet égard renchainemiMit bien voulu des trois thèses établies par saint Thomas en autant d'articles successifs. La Passion du Christ n'élait pas nécessaire en soi pour la Rédemption du genre humain ^qu. 4(), art. 1) : il y avait donc d'autres moyens théoriquement possibles de nous sauver art. 2 , mais aucun n'était plus convenable art. 3 . Un peu plus loin, le saint docteur enseigne formellement : Ki Secundum suf/icietitiamy iina minima passio Christi suffecisset ad redimenduiu genus humaniun ab omnibus peccatis^. »

Encore la souiîrance n'était-elle pas nécessaire : K La moindre opération, même celle qui n'exige

1 Suiii. th., pars .r, (jn. 46, art. o, aJ 3"'".

3C4 EXPLICATION CATHOLlQLi: DL >n bTEUlL.

aucune peine et qui est la plus délectable, comme la contemplation et la charité, à cause de la valeur personnelle infinie, pouvait satisfaire, et surabondamment, pour toutes les créatures '. »

Il y a donc à tout le moins un peu d'exagération et d'équivoque à écrire de la mort et de la Passion quelles étaient « l'inéluctable condition de l'acte d'amour réparateur du Calvaire- ^). Cette condition apparaît, au contraire, tout ce qu'il y a de plus contingent, étant subordonnée, comme nous l'avons établi, à une double action du libre arbitre : savoir la volonté mauvaise des Juifs, qui machinent la mort de Jésus, et le sacrifice généreux du Sauveur, qui consent à ne pas se soustraire à leurs embûches. Un théologien n'a pas le droit d'oublier que la prescience de ces causes secondes a conditionné le décret divin.

Cependant, étant donnée la sagesse de Dieu qui fait tout « avec poids et mesure », il reste que ce libre décret de sa miséricorde doit répondre à quelque fin providentielle et viser un but qu'il n'est pas téméraire de rechercher. Mais on voit également que nous entrons ici dans un domaine de conjectures, ou, pour parler avec l'école, de convenanc(?s théologic[ues, où les préférences individuelles sontappelées à jouer un grand rôle. Dès lors, il faut s'attendre à rencontrer des conceptions diverses, ayant chacune leur part d'avantages et d'inconvénients. La mort (hi Clirist relève de la volonté permissive de Dieu, (• est-à-dire qu'elle rentre dans cet ordre de choses auxquelles le vouloir divin ne s'attache qu'en vue d'un plus grand bien. Où donc faut-il chercher ce bien supérieur?

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