‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 12 sur 79 · Hebr., i · texte numérisé non relu

Hebr., i

de Dieu l'adorent. » En méditant cette page et les pages de l'Ancien Testament dont elle évoque le souvenir, ils ont été frappés de ce rôle ministériel qui est dévolu au Fils de Dieu, par-dessus tous les anges sans doute, mais enfin comme aux anges ; et ils se sont persuadé, s'inspirant de Philon, que le Verbe divin préludait à ce rôle ministériel dans toutes les Théophanies de l'Ancien Testament, se manifestant dès lors aux hommes et faisant, en quelque sorte, l'apprentissage de l'Incarnation* Creusant encore cette idée, ils ont cru devoir associer, par un lien nécessaire, l'idée de Fils et le rôle de Serviteur, et ils ont plus ou^moins perdu de vue Tégalité essentielle des personnes divines.

Les uns, avec Tertullien, saint Hippolyte, Novatien, imaginent au sein de Dieu je ne sais quel partage de la substance divine, qu'ils appellent économie, dispensation, et qui n'est pas sans analogie avec certaines imaginations gnostiques.

D'autres, comme surtout le grand Origène, insistent beaucoup sur la prérogative du Père, source unique de la divinité; ils l'appellent seul Dieu par essence — aÙToÔeoç, o 0soç — - et se font en quelque sorte scrupule de communiquer ce nom aux autres personnes, qui sont dieu par participation, — théos sans article.

LA PREHISTOIRE DE L'IIOMOOUSIOS. 33

Tous ces Pères ont une tendance commune à afTirmer la subordination du Fils à l'égard du Père; d'où résulte un certain obscurcissement du dogme trinitaire, et parfois comme une ombre de trithéisme. C'est donc l'extrême, opposé au monarchisme sabellien ; et des deuxextrêmes, celui-ci est le plus immédiatement menaçant pour le dogme du consubstantiel.

Du moins, est-ce l'extrême qui s'apparente à l'arianisme et qui provoquera l'anathème de Nicée.

Dans cette revue des influences qui purent mettre en péril la pureté de la foi à la Trinité chrétienne, faut-il faire une part au culte politique des Césars? Il semble que oui, pour deux raisons.

Tout d'abord, en prostituant à la créature l'honneur dû à Dieu, le culte politique des Césars devait fatalement avilir et dégrader, dans l'esprit des masses, l'idée divine. Et, sans doute, la grâce divine pouvait percer ces ténèbres. Mais quelle grâce puissante ne fallait-il pas pour convaincre des esprits constamment rabaissés vers la terré, voyant la majesté divine s'éclipser devant un homme, — et parfois quel homme !

D'autre part, l'omnipotence de César inclinait à mettre en ses mains toute l'administration des choses saintes ; le jour où le christia-

lïismé devint religion d'Etat, ce danger apparut actuel. Au commencement du iif siècle, Tertullien avait envisagé l'éventualité d'un César devenant chrétien; mais il l'avait écartée aussitôt, comme répugnante et absurde : l'antithèse apparaissait trop flagrante entre le personnage de Gésar-dieu et la profession de la foi chrétienne; or, le Gésar-dieu, au iif siècle, c'était la pierre angulaire de l'Etat romain. Cependant l'événement donna tort à Tertullien : cent ans plus tard. César se convertit et abdiqua sa divinité. Mais il n'abdiqua point pour autantla dictature des choses saintes. L'Eglise en fit l'épreuve amère dès le règne de Constantin, empereur d'intentions droites, mais d'une indiscrétion terrible. L'épreuve s'aggrava singulièrement sous son fils, l'arien Constance; elle dura autant que le césaropapisme byzantin. Contre toutes les menaces du dedans et du dehors, la force de l'Église était dans la catéchèse baptismale. Au bord de la piscine sacramentelle, le catéchumène était interrogé par trois fois : « Crois-tu au Père ? — J'y crois . » — « Crois-tu à Jésus-Christ son Fils ? — J'y crois. » — « Crois-tu au Saint-Esprit?* — J'y crois. » Et par trois fois il était plongé dans l'eau sainte. Préalabrement, il avait entendu expliquer un à un les articles du symbole.

Quand' nous parcourons les articles vénérables

dé ce symbolb bàpiiismal qu'employait ï'Égïise romaine àtf iîf sîè'cfë, ëymboïè très voisiïi du nôtre; qtià:iid' notf s essayons dé fécôiiStitûer, avec Fàîidiè d'ùii SÊfiiit Aiîibtôise du d'un saint Cyrille dé Jéru'sdem, la catéchèse primitive, nous avons ï'iiïïpi^é'ssioH d'une institution très ferme, où riéh n'était laissé à le. fantaisie, du la tradition séUÎé guidait la pâfoïé dû prêtre chargé dé préparer dés recmés à l'Eglise.

Dans le cadre d'une telle instittftïôn ecclésiastique, la notiVëàtité; n'avait point de placé.

Elle n'en à'V'àit' point non plus dali's la parole et dans les écrits de ces grands évéqties, dbnt saint Irénéé dé EyOn à la fin du ii^ siècle, saint Gypïién de Gâi*Éhage au milieu dû iii% sont pour nous léé typés. Faut-il combattre ïé péril gnôstique? saint Irénée dépouille scrupuleùsenïent les écrits dés hérétiques, pour êtreéni mesure de démasquer leur charlatanisme; personnellement, il s'en tient étroitement au symbole de l'Église d'é Rome, évite les développémentis risqués, se contente d'exprimer en formules lapidaireis lés vérités dont tout le mondé vît; telles de ces formules traverseront lés siècles, et au|oûrd'hui encore la théologie né sait comment dire mieux. Saint Gypriesn, homme dé foi, homme dé zèle, homme de gouVéfheliient aussi, est tout le contraire d'un- penseur avéiïtuféU:^. P^iiétréi du ministère qiï'^iï remplit,

conscient du dépôt qu'il garde, il pourra bien émailler sa prose pastorale des fleurs de cette rhétorique qu'il avait enseignée glorieusement, au dire de saint Jérôme, fleurs qu'il sème avec un sourire. Mais n'attendez pas qu'il porte la main sur l'enseignement traditionnel. S'il touche au mystère de la Trinité, c'est en termes toujours choisis, mais toujours sobres et sévères, et qu'on devine tout voisins de la catéchèse baptismale. S'il doit composer, a la demande d'un de ses fidèles, un manuel de la doctrine chrétienne, ou, à la demande d'un autre, un manuel de la préparation au martyre, il les compose de la moelle des Ecritures, avec une richesse d'informations et une sûreté dans le choix, qui nous remplit d'admiration. Vienne la définition de Nicée, elle entrera sans effort dans les cadres doctrinaux d'un saint Irénée ou d'un saint Gyprien.

Tels furent sans doute les papes du iif siècle, ces hommes de Dieu qui nous sont à peine connus par quelques brèves et rares paroles, mais qui gardaient la foi de l'Eglise et au besoin mouraient pour elle : le pape Corneille, type de bon pasteur, antithèse vivante du mercenaire que fut l'antipape Novatien ; le pape Etienne, dont l'héritage littéraire tient en quelques mots, mais caractéristiques : « Point d'innovation; rien que la tradition » — Nihil

innoçetur, nisi quod traditum est; — le pape Sixte II, décapité à la vue de son peuple, peu de jours avant saint Gyprien; le pape Denys, dont nous connaissons l'intervention près de l'évêque d'Alexandrie, son homonyme, en faveur de l'ôjxoouGtoç.

L'année 313 marqueune date capitale dans l'histoire de l'Église. Elle émerge de la grande persécution, La victoire de Constantin au pont Milvius, puis l'édit de Milan, ont changé l'orientation religieuse du monde. Le pape Miltiadc, puis le pape Silvestre vont, sur l'invitation de Constantin, prendre en main une question très épineuse concernant l'Église d'Afrique, celle du schisme donatiste. Le concile d'Arles, après celui de Rome, va prononcer dans cette question les paroles décisives. Rome est, sans contestation possible, le centre catholique de l'Occident. L'Orient se partagé entre Alexandrie et Antioche. La question arienne va sur-

On s'est demandé si l'arianisme doit être appelé une hérésie proprement alexandrine.

La réponse ne peut être donnée en un mot. Il est sûr qu'Alexandrie produisit, au iif siècle, des esprits aventureux : nous avons nommé Clément, Origène, saint Denys lui-même, Toutefois, il n'est que juste de le faire observer :

jusque dans leurs écarts, ,cas ^opte^rs lurent catholiqiijies, d'intention et delajt. On les trouve particulièrement fermes sur réternité du Verbe divin et contre Ja , théorie de la géoération tem- .pprelle : or ce sont là des points particulièrement scabreux dans la théologie anténicâenne. De fait, quand Arius veut justifier sa doctrine, ce n'est point à la tradition alex:ajidrii>e qu'il fait appel; il se tourne vers Aiitioche, il écrit à Eusèbe de Nicomédie cette letlre fameuse que nous aurons occasion de lire, et où il l'appelle son « confrère en Lucien ». C'est, en effet, à l'école de Lucien d'Antioche .qu'il a reçu sa formation intellectuelle : Lucien, personnage énigmatique, prêtre d'Antioche, mis au ban de l'Eglise par trois évêques suacessiyement, néanmoins mort martyr et inséré au martyrologe romain, fut Je maître de cette brillante pléiade que nous .trouverons autour 4' Arius, et qu'inspire non rallégorisme d'Alexandrie, mais le littéralisme s.cripturaire d'Antioche. Si l'on cherche le berceau de l'hérésie, il est là. Arius est Antioçhien d'éducation; la tradition d'Alexandrie est plutôt personnifiée par son évêque Alexandre.

Néanmoins, c'est d'Alexandrie que jaillit l'étincelle. Tout ce qu'il y avait, en Asie surtout, de matière inflammable, prit feu aussitôt.

Page 1