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CHAPITRE II

LES ORIGINES DE l'hÉRÉSIE ARIENNE

Si nous éprouvons quelque difficulté à nous orienter dans le dédale des origines ariennes, ce n'est pas précisément faute de guides qualifiés. (Ils ne disent pas tout, mais ils sont nombreux. Le père même de l'histoire ecclésiastique, Eusèbe de Gésarée, fut, dès la première heure, mêlé au mouvement arien; il s'en est occupé dans ses écrits pastoraux d'abord, puis dans ses écrits historiques, notamment dans sa « Vie de l'Empereur Constantin ».

Avec plus d'autorité dogmatique, saint Atha-, nase touche à l'histoire arienne dans ses nombreux ouvrages polémiques, où revit un demi^siècle de lutte contre l'hérésie. Eusèbe et Athanase furent présents au Concile de Nicée; fort différents d'esprit et de caractère, leurs dépositions se complètent l'une l'autre et se contrôlent. A la fin du iv® siècle, saint Épiphane de Chypre, qui a vu le déclin de l'arianisme, lui consacre plusieurs des notices

réunies dans son Panarion; c'est là, non plus un témoin oculaire, mais un rapporteur, documenté de première main. Il y en a beaucoup d'autres : saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire de Nysse, et tous les principaux Pères de l'Eglise grecque au iV siècle, ont pris contact avec les Ariens. Au commencement du siècle suivant, l'histoire — d'ailleurs mutilée — de Philostorge apporte un contrôle d'autant moins .négligeable qu'il émane d'un Arien déclaré. Au v® siècle, le péril arien est conjuré dans l'empire d'Orient; les grands évoques font face à des dangers plus actuels; mais les historiens recueillent les souvenirs des générations précédentes.

Après les annalistes connus, Théodoret, Socrate et Sozomène, Gélase de Gyzique écrit une Histoire du concile de Nicée qui, malgré des lacunes, sauve de l'oubli plus d'un fait notable.

Voilà pour les seuls auteurs grecs. Parmi les Latins, nous trouvons, au premier rang, saint Hilaire de Poitiers, l'Athanase de l'Occident, qui a vu les Ariens à l'œuvre en Gaule et en. Phrygie, et n'a cessé de leur tenir tête avec un zèle éclairé. Saint Ambroise, saint Jérôme, saint Eusèbe de Verceil, saint Phébade d'Agen et beaucoup d'autres ont aussi combattu l'arianisme; le pape saint Damase l'a anathématisé.

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tous les hérésiologues latins l'ont décrit. Dans l'œuvre immense de saint Augustin, la réfutation de l'arianisme, déjà frappé à mort, ne tient qu'une place restreinte; néanmoins, au soir de sa vie, le docteur d'Hippone a rencontré dans l'évêque Maximinun représentant notable de l'arianisme germanique, importé en Afrique par les Vandales, et qui, en Gaule, en Espagne, allait prolonger durant des siècles la résistance à l'Église romaine. Il nous le fait coimaîti-e avec une grande précision. En regard de ses écrits polémiques, son immortel ouvrage sur € la Trinité » représente une 'contribution capitale à la métaphysique du dogme de Nicée.

Cette revue, très incomplète, suffit à montrer que l'arianisme n'a rien d'une doctrine mythique; il a vécu en plein jour de l'histoire, et aucun effort d'imagination n'est nécessaire pour en restituer l'image fidèle.

Pourtant ces témoins autorisés, nombreux, sont loin de satisfaire toujours notre légitime curiosité. A rapprocher leurs dépositions, nous constatons d'abord que souvent ils se copient les uns les autres ; puis, que parfois ils se contredisent, d'après la diversité de leurs points de vue ou de leurs sympathies. Ils nous rendent le service de mettre notre prudence en éveil. Pour exclure autant que possible toute

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chance d'erreur, nous ne saurions mieux faire que de recourir aux sources absolument primitives. Nous interrogerons d'abord les protagonistes de cette lutte : d'une part, Arius luimême; d'autre part, l'homme qui, le premier, se dressa contre lui : son évêque, saint Alexandre d'Alexandrie, Au regard de la postérité, la figure d'Alexaiidre n'a point l'imposant relief que devait prendre, celle de son successeur, Athanase. Âxl demeurant, belle figure d'évôque, ferme sans rudesse, éclairée par un rayon de l'enseignement traditionnel, puisé à la source des ^Écritures,

L'Egypte ecclésiastique, fortement centralisée autour du primat d'Alexandrie, formait un monde à part, ne s' ouvrant aux influences extérieures que par son port cosmopolite et par le lit de son fleuve.

Arius, prêtre d'Alexandrie, nous est représenté par saint Epiphane comme déjà sur le retour dé l'âge, haut de stature, d'extérieur grave et austère, avec des gestes soigneusement composés; — un serpent, dit l'hérésiologue, qui ne lui .est nullement favorable. Originaire de Libye, après avoir étudié à Antioche sous le prêtre Lucien, il était entré .dans le clergé alexandrin. L'évêque Pierre, martyr sous Maximin (25 nov. 3.1i), l'avait

ordonné diacre; .mais cerMine collusion avec Mélèce, évêqne égyptien et auteur d'un schisme, l'avait fait excommunier. Achillas, successeur de Pierre, avait réconcilié Arius et l'avait même ordonné prêtre. Sous l'évoque Alexandre^, successeur d'Aç.hUla^, il était chargé de l'iglise dite Baucalis, et y expliquait F Ecriture sajnte au peuple, avec grand succès. Néanmoins,, son enseignement inquiétait certains auditeurs. Alexandre ravertlt; loin de déférer à ravertissement, Arius s'ancra dans ses idées personnelles. Q.u'étaient au juste ces idées ? Nous en emprunterons l'expression à lui-même; non pas aux professions de foi étudiées, où il surveille sa parole, mais' auxproductions plus libres du début.

Vers l'année 321, Arius, dont la position devenait difficile à Alexandrie, a cherché un refuge aux rives du Bosphore, chez Eusèbe, évêque de Nicomédie, jadis son condisciple à l'école de Lucien. Là, il compose la célèbre « Thalie », chant populaire, prose et vers mêlés, à l'usage des gens du peuple : matelots, tourneurs de meules et conducteurs d'ânes.

•L'idée de recourir à la versification pour faire entrer la doctrine dans lés cerveaux populaires n'est pas d'un sot, et, vers la fin de ce même iv" siècle, saint' Augustin ne dédaignera pas de composer des bouts-rimés pour faire

comprendre aux braves gens d'Hippone sur quoi l'on dispute entre catholiques et donatistes. Il ne faudrait pourtant pas répondre que les matelots et les âniers d'Alexandrie comprenaient toujours ce qu'Arius avait pris la peine de versifier à leur intention ; nous procéderons à une expertise, en usant d'une traduction aussi littérale que possible; elle prouvera surabondamment que les couplets de la « Thalie » offraient bien quelque liifficulté pour des cerveaux un peu épais. Mais ceux qui n'avaient pas perdu tout souvenir de leur catéchèse baptismale, ne pouvaient manquer de s'apercevoir que la composition d'Arius rendait un autre son, et tendait, en somme, à déraciner de leurs âmes la foi qu'ils avaient très simplement embrassée.

Voici le début de la « Thalie* » :

Selon la foi des élus de Dieu, comprenant Dieu, enfants saints, droits, possédant l'Esprit Saint de Dieu, voici ce que j'ai appris des privilégiés de la Sagesse, hommes distingués, instruits par Dieu, pourvus de toute sagesse. Sur leur trace, j'ai marché d'accord, moi !e [maître] illustre, très éprouvé pour la gloire, de Dieu; à l'école de Dieu, j'ai appris la sagesse et la science...

Dieu ne fut pas toujours Père; il fut un temps où Dieu était seul, n'étant pas Père encore ; ultérieurement, il est devenu Père. Le Fils n'a pas toujours été. Toutes choses ont été faites, de rien ; toutes sont créatures et œuvres : ainsi le Verbe de Dieu lui-même a-t-il été fait de rien ; il

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