‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 22 sur 79 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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modèle, à tout rorganisme. Elle devait seryir aussi à la proclamation de la dignité humaine et être le point de départ 'd'une législation civile nouvelle, établissant la faveur des faibles, comme celle des petits. A ce titre, la dignité de la femme était relevée. Mais, à un autre point, de vue, elle l'était encore plus. La chasteté était placée à la base de la famille; elle devait seule en assurer la prospérité. La maternité devait devenir une obligation morale et cesser d'être une fonction d'État, et même l'Eglise faisait du célibat la condition du haut clergé.

Gonstantin protëgea la famille contre les ennemis du dehors en rendant inofficieux les testaments faits en faveur de personnes étrangëres et notoirement infâmes, affranchis oti courtisanes. Il la protégea contre lès enneinis dii dedans en rendant inviolables les biens des mineurs'.

Il s'attacha à donner à chacun des membres de la famille chrétienne une dignité morale propre. Ce ne sont pas setilement les dispositions des lois, mais leurs considérants, qu'il faut étudier dans les textes du Code théodosien et leurs interprètes,, pour comprendre l'esprit de la législation.. . Il voulut que l'on tînt compte, lorsque des testaments étaient attaqués par les membres d'une famille, des égards antérieurs des enfants pour leurs parents, de la conduite bienveillante et non pas .ennemie de ceux-ci à l'égard des enfants. Il fallait, pour obtenir gain de cause, en rendant inofficieux un testament qui leur était contraire, que les uns et les autres eussent d'abord rempli leurs obligations morales réciproques...

Constantin alla très loin dans la voie du relèvement de Iq, mère. Les dispositions que celle-ci prenait, de, son

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vivant, en faveur de ses enfants, devaient être à l'avenir respectées, pourvu seulement qu'elle' y eût persévèré jusqu'à la fin de sa vie. . .

Constantin s'attachait à resserrer les ;affections entre Jes parents et les enfants. Qiiand ceux-ci avaient eu le malheur de perdre leur mère, le législateur chrétien voulut que le père veuf se les attachât davantage, en les émancipant et en leur remettant les biens de leur mère en toute propriété, ayant la date où cessait son usufruit légal; mais il pensait quéles enfants, reconnaissants de cette générosité, devraient de leur côté abandonner à leur père une partie, le tiers de la propriété de leur mère.

Le législateur chrétien favorisait l'émancipation précoce des enfants, pourvu' qu'ils en .fussent dignes. C'était lé contraire de l'ancien esprit romain, lequel voulait conserver au père le plus, longtemps possible, la gestion des biens et la direction de la famille. La protection des petits est d'origine ecclésiastique dans notre civilisation.

Le divorce, qui agit dans la famille comme un coin introduit dans un bloc, pour le faire éclater, ayait tellement attaqué les mœurs païennes qu'il paraissait difficile de l'éliminer d'un seul coup. Constantin ne lé supprima pas, mais je rendit difficile, par une législation sévère.

Eli même temps qu'il protégeait là famille %

Constantin augmenta le prestige moraldu clergé et du célibat. Il pensait apparemment que tout ce qui sert de support à la moralité de l'État, tel le célibat du clergé, soutient la famille.

Là faveur des faibles déborda l'a législation relative à la famille. Elle envahit tout le Droit civil. C'était la charité qui y. pénétrait sous l'influence de l'Église.

h P. 135, sqq.

Dégrèvement de la petite propriété ; facilité donnée aux pupilles, aux vveuves, de choisir un tribunal indépendant et, au besoin, de porter leur cause devant l'empereur : autant de traits de la même protection accordée aux faibles. Jusque-là, il était inouï qu'un petit pût obtenir justice contre un grand personnage.

En l'année 318, les évêques .furent autorisés à évoquer devant eux les procès civils, ressortissant jusque-là aux juges municipaux encore païens.

L'esclavage ne disparut point ; mais uiïe législation prévoyante en prépara rélimination

graduelle '

Auguste voulait écarter les esclaves de la Cité, suivant l'idée antique de l'éloignement des étrangers du foyer commun. Constantin permit au clergé de multiplier les affranchissements. Les clercs pouvaient affranchir leurs propres esclaves sans la présence de l'évêque, et toutes les formes de la manumission solennelle, qui créait un citoyen de plein droit, étaient censées respectées, lorsque l'assemblée des fidèles tenait lieu de l'assemblée du peuple, et l'évêque du Préteur. Acte était dressé de l'affranchissement pour en conserver la mémoire. Ainsi les grands propriétaires chrétiens purent affranchir en masse leurs esclaves. Ils usèrent parfois dé ce droit, sans prudence, jusqu'à la fin de l'Empire. 11 aurait falln qu'ils ■assurassent à leurs esclaves le moyen de vivre, en les affranchissant, comme firent certains" d'entre eux. Beaucoup d'esclaves spécialistes, affranchis, étaient aussi incapables de gagner leur vie que les ouvriers modernes après

la fermeture des usines. Ils allèrent augmenter la'plèbe des villes, que l'État devait nourrir aux frais du trésor...

La législation constantinienne n'est pas responsable de ces imprudences. Mais elle avait stipulé, même pour les esclaves, les droits de la famille chrétienne. « Qui peut souffrir, dit l'empereur chrétien, que les enfants soient séparés de leurs parents, les sœurs des frères, les épouses de leurs maris? » Non seulement le supplice delà croix, réputé infamant, disparut, mais la vie de l'esclave fut protégée contre le maître. Seule la peine du fouet continua d'être appliquée pour mettre la paix dans les ergastules. Mais défense fut faite de marquer au fer rouge le front des esclaves.

Sans nul doute, c'étaient là de très grands progrès.

Or, l'impulsion venait du prince qui, ne pouvant réformer l'empire en un jour, avait commencé par réformer sa maison. iV regarder autour de lui, on comprend ce qu'il a voulu, réaliser. Pour en venir à bout, la patience put lui manquer et aussi la pénétration . d'esprit, mais non les bonnes intentions.

Le « Serviteur de Dieu » entendait qu'on se modelât sur sa personne. Pénétré du sentiment de sa haute responsabilité, il s'efforçait de le faire partager à tous les fonctionnaires de l'empire, mais d'abord à ceux qui l'appro-

chaient de plus près, à tous ces Comtes, ces Illustres, ces Spectabiles, ces Patrices, ces Césars, dont il s'était entouré, à tous les membres de cette noblesse constantinienne qui est sa création la plus originale et qui constituait une sorte de prolongement de son impériale personne. A chacun il demandait cette délicatesse de conscience que le paganisme n'a pas connue, car elle est un fruit propre du christianisme. Elle engendre un sentiment nouveau, qui s'appelle d'un très beau nom : \}erecundia, le respect de soi-même, eu égard à la loi divine : premier germe du sentiment de l'honneur, qui s'épanouira dans la chevalerie du moyen âge. De bas en haut de cette pyramide dont l'empereur occupe le faîte, l'honneur fait loi, et nul ne saurait y forfaire sans que la faute rejaillisse jusqu'au souverain. Constantin sait le rappeler à ses officiers. Il écrit au premier d'entre eux, son Préfet du Prétoire : « Ce point intéresse l'honneur de vos vicaires ».

Quae res neglecta ncariorum tuorum verecundiam tangit\

Dans le palais constantinien, les évéques ont leur place marquée ; cette place ne le cède à aucune autre. On sait déjà qu'en matière civile une juridiction leur est reconnue; ils

1. Cad. Theod., XVI, xvi, 4, 1 (328). —Jules Maurice, p. 144.

prononcent des sentences dont nul ne peut appeler, pas même à Tempereur.

En leur rendant un hommage dicté par sa foi, l'empereur n'oublie pas ce qui les élève au-dessus de lui-même, et ne s'attribue aucune part du charisme sacerdotal. « Vous êtes évêques pour les choses intérieures de l'Église; moi, pour les choses du dehors »^ Ces paroles impliquent un juste sentiment de la distinction des pouvoirs.

Le sombre drame dynastique où disparurent, en quelques mois, le fds aîné de l'empereur et sa femme, drame où lui-même tient un rôle tragique, trouverait-il précisément son explication dans un sentiment singulièrement élevé des devoirs qui incombent au pouvoir suprême ? On a émis récemment cette opinion. Elle mérite au moins d'être exposée.

Constantin avait eu dès l'année 304, d'une concubine appelée Minervina, un fils qu'il nomma Grispus. En 307, il contracta un mariage politique avec la fille de Maximien Hercule, Fausta, qui lui donna successivement trois fils : Constantin II, né en 314, Constance II, en 317, et enfin Constant, en 322.

Fausta voyait avec peine l'affection de son mari pour le fils de la concubine. Femme

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