CHAPITRE IV
TuE CONCILE DE NIGÉE
Si nous entreprenons de retracer l'image du concile de Nicée, trois séries de documents s'offrent à nous : documents officiels du concile, souvenirs des témoins oculaires, récits des historiens postérieurs \
La série des documents officiels comprend d'abord le Symbole dit de Nicée, que nous chantons encore à la Messe, non toutefois sous la forme originelle, mais avec des retouches attribuées au I? concile œcuménique, réuni à Gonstantinople en 381. Puis, vingt carions disciplinaires, que nous possédons; enfin, la Lettre synodale adressée à l'Église d'Alexandrie. D'Actes du concile, au sens technique ordinairement attaché à ce mot, comptes rendus des délibérations, . il n'existe pas : les pièces que Ton a retrouvées, surtout
1. On consultera avec fruit M»' Batiffol, Les sources de l'histoire du Concile de Nicée : dans les Echos d'Orient, 1925, d. 385-402.
en langue copte, et quelquefois appelées de ce nom, sont d'une rédaction postérieure.
Trois témoins oculaires déposent devant nous, d'ailleurs trop discrètement : Eusèbe de Gésarée, qui siégeait au concile parmi les opposants ; Eustathe d'Antioche, qui parait avoir présidé l'assemblée, et nous a laissé une petite page; enfin, saint Athanase, venu au concile non pas comme évêque, mais comme diacre de son évéque, Alexandre d'Alexandrie.
Plusieurs écrivains du v" siècle fournissent encore à cette histoire des contributions diversement importantes. Les principaux sont, dans l'ordre des temps : Rufîn d'Aquilée ; Philostorge, en qui nous entendons l'écho fidèle des rancunes ariennes; Théodoret, Socrate, Sozomène et Gélase de Gyzique. Au vi" siècle, Théodore le lecteur compile quelques faits notables.
Eusèbe, évêque de Gésarée, est le père de l'histoire ecclésiastique. Nous devons à sa diligente érudition, la conservation de mainte relique précieuse, et la gratitude nous incline à juger favorablement son. œuvre et sa personne. Mais le souvenir du concile de Nicée met cette bienveillance à une rude épreuve. Les quatre livres qu'il a consacrés à la biographie de Gonstantin, dans le court espace qui s'écoula entre la mort de cet empereur (22 mai
337) et celle d'Eusèbe lui-même (mai 339), sont présentés par lui comme une œuvre d'édification. Certainement ils tiennent moins de l'histoire que du panégyrique ^ Or^ — chose plus regrettable, — ils nous font peu estimer l'homme et l'évêque. Mais le témoignage est à entendre, avant tous les autres ^
Nous sommes en l'année 324, au lendemain du triomphe de Constantin sur Licinius, qui fut le triomphe de l'émancipation chrétienne sur le paganisme oppresseur.
Après avoir célébré la paix dont l'Église jouit grâce aux armes victorieuses de Constantin, Eusèbe ajoute qu'un déplorable incident vint troubler cette belle harmonie.
Querelle entre évêques, sur le dogme. Il n'indique pas quel en fut l'objet, mais nous apprend que l'étincelle jaillit dans Alexandrie; le feu gagna d'abord toute l'Egypte, la Libye et la Thébaïde; puis les autres provinces, NOn seulement les chefs d'Églises, mais bientôt les
1. Crivellucci, Délia fede storica cli Eusebio nellavitadiConstantinq, p. 21 sqq., Livovno,. 1888, met en cause la bonne foi d'Eusèbe et lui impute nombre de faux historiques. M. Jules Maurice, Bulletin de la Sociélé nationale des antiquaires de France, séance du 31 déc. 1913, défend la bonne foi d'Eusèbe, mais croit trouver dans la Vie de Cmxstantinlo, trace de retouches accomplies après la mort d'Eusèbe, sous l'inspiration de la politique arienne inaugurée par son ' fils Constance II.