LE DOGME PE NICÉE
populations chrétiennes se scindèrent en deux camps. Le scandale fut si public, que les Gentils eux-mêmes s'en égayaient au théâtre.
Constantin, qui s'applaudissait d'avoir pacifié le monde, apprit soudain cette effervescence, et en fut consterné. Il envoya un homme d'un mérite reconnu, grand serviteur de la foi, mettre la paix dans l'Eglise d'Alexandrie. Eusèbe veut parler d'Osius. Mais ni la diplomatie de ce messager ni la lettre impériale dont il était porteur ne produisirent l'effet désiré. Le mal gagnait tout l'Orient, un démon jaloux se plaisant à troubler la paix des Églises. Evêque contre évêque. Eglise contre Église s'entre-choquaient, semblabes aux îles Symplégades de la fable. Cette cause nouvelle de discussion venait compliquer encore le règlement de la question pascale, toujours pendante depuis trois siècles : telle Eglise, pour célébrer la Pâque, se réglait sur le calendrier juif; telle autre estimait que le peuple déicide est mal qualifié pour régir le culte chrétien, et s'en 'rapportait simplement à l'Évangile. D'où parfois d'étranges conflits, aux frontières des deux observances : une partie des fidèles se livrait déjà aux joies pascales, tandis que l'autre persévérait encore dans le jeûne. Pour résoudre cette question^ qu'Eusèbe pose en termes clairs, et l'autrèi
sur laquelle il évite de s'expliquer, Constantin convoque un concile œcuménique.
Il adresse à tous les évoques des lettres respectueuses, mettant à leur disposition soit les véhicules de la poste impériale, soit des chevaux de selle. Le rendez- vous est à Nicée en Bithynie : nom d'heureux augure, gage de victoire. Et voilà tout" le monde en mouvement. On se réjouit devoir bientôt renaître la paix, on se réjouit aussi d'approcher le grand empereur.
De toutes les Eglises, dit Eusèbe', qui remplissaient l'Europe entière, la Libye et l'Asie, s'assembla la fleur des ministres de Dieu. Une seule maison de prière, comme dilatée par la puissance divine, réunit les Syriens et les Ciliciens, les Phéniciens et les Arabes, les Palestiniens, et encore ceux d'Egypte, de Thébaïde, de Libye et de Mésopotamie. L'évèque de Perse fut présent au Synode ; la Scythie avait aussi son évêque; le Pont, la Galatie, la Paraphylie, la Cappadoce l'Asie, la Phrygie avaient envoyé leur élite ; les Thraces et les Macédoniens, les Achéens et les Épirotes, et parmi ceux-ci les plus distants, étaient venus ; d'Espagne même, un évêque illustre entre tous vint siéger avec les autres ; l'évéque de la ville impériale fut retenu par son grand âge; mais il était repré sente par des prêtres de son Église. 11 n'a été donné qu'à l'empereur Constantin de nouer en l'honneur du Christ nne telle couronne par le lien de la paix, faisant au Sauveur hommage digne de la victoire qu'il venait de remporter sur ses ennemis, faisant revivre à nos yeux l'image du collège apostolique.