‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 29 sur 79 · PG., XXV · texte numérisé non relu

PG., XXV

108 LE D'O'mÈ DE NICÉE.

appelés fils de Dieu; et une acception stricte, conforméiîient à laquelle Isâac est appelé fils d'Abraham. Entre deux, il y à cette énorme différence, que la première acception ne supposé pas une nature commune au Père et au Fils, et que la seconde la suppose. Le Fils de Dieu n'est pas fils comme l'un de nous, au sens large, mais au sens strict, étant de même nature que son Père. On ne doit pas perdre de vue cette différence, maintes fois affirmée par l'Ecriture. On ne dira donc pas que le Fils de Dieu vient du néant. On ne dira pas qu'il n'existait point avant d'être engendré. Il y a des expressions qui doivent s'entendre humainement de l'homme et divinement de Dieu, telles : Génération, Verbe, Sagesse. En lisant de telles expressions, l'Écriture ne méconnaît pas la divinité, qui élève le Fils de Dieu infiniment au-dessus dé nous. Les Ariens cherchaient toujours à confondre. Lé côiicile a distingué. Le concile s'était proposé d'abord d'opposer à l'impiété arienïié là parole des Écritures, en disant que lé Verbe vient de Dieu.

Les Eusé])iens tirèrent cette parole à eux, eii • disant que nous aussi nous tenons de Dieu, et que tout vient de Dieu, selon saint Paul (I Cor., vm, 6; Il Cor., v, 17, 18). Pour dissiper le sophisme, les Pères recoururent à un

terme noii scripturaire, en précisant que le Fils vient de Dieu autrement que nous, vu qu'il n'est pas, comme nous, tiré du néant, mais de la substance du Père, sx t^ç oociaç tou IlaTpdç. C'était là parler plus clairement, ^Xsu/coTepov, selon une expression chère à saint Athanasé, et sans équivoque possible.

Le concile s'était encore proposé d'affirmer que le Verbe est véritable Puissance et Image du Père, à lui parfaitement semblable, exempt de changement, éternel, exempt de composition; qu'il n'y eut aucun temps où il ne fût avec le Père, comme splendeur de sa lumière.

Les Eusébiens essayèrent encore de tirer à eux ces énoncés, en y trouvant un sens applicable à nous-mêmes, sens qu'ils prétendirent accréditer aussi par les Écritures. Pour couper court à leurs arguties, les Pères jugèrent opportun d'affirmer l'identité de substance entre le Père et le Fils, marquant par là et la distance infinie qui le sépare de nous et le caractère transcendant de sa génération. C'est l'objet du mot ôpouaioç, qui met décidément le Fils à part de toute créature, et l'égale au Père. Ces deux mots èy. Triç oûctaç tou IlaTpoç, ôjxooucioç, ne laissent aucune échappatoire à l'hérésie. Reprendre les assertions contraires d'Arius, c'est se mettre en conflit avec le concile, et encourir ses anathèmes/ ,

A cela devraient réfléchir ceux qui font difficulté d'admettre les mots adoptés par le concile. S'ils acceptaient la pensée du concile, les mots ne les effraieraient pas. Mais ils reculent devant les mots, pour ne pas admettre la pensée. S'ils les récusent comme étrangers à l'Écriture, ce qui est la perpétuelle défaite des hérétiques, ils devraient réfléchir d'abord que ces mots traduisent fidèlement la doctrine des Ecritures; puis, que les hérétiques eux-mêmes ont donné l'exemple de chercher hors de l'Écriture, par exemple dans le Pasteur d'Hermas, des mots pour rendre leur propre pensée, s'ôtant par là le droit d'en faire un reproche au concile.

D'ailleurs, les Pères de Nicée n'ont rien inventé. Ils n'ont fait que reprendre une doctrine et des expressions que l'on trouve chez des anciens, tels que Théognoste, Denys d'Alexandrie et Denys de Rome, Origène et bien d'autres. Ces Pères ont affirmé que le Fils de Dieu n'est en aucun sens créature (xTtcp, Tiroiïif/.a), mais progéniture du Père (ygvvYij;,a). Et ici, Athanase déborde l'œuvre propre du concile de Nicée, afin de suivre l'hérésie sur un terrain nouveau, sur lequel elle avait évolué largement durant le second quart du iv^ siècle, en accumulant les équivoques autour du mot àyav/iToç (incréé ou

inengendré), et réservant ce nom au Père, à l'exclusion du Fils, comme le nom incommunicable de la divinité. Athanase ne distingue pas explicitement le mot àY£vr,Toç (sans commencement), — qui convient également au Père et au Fils, — du mot àyévvriToç (sans ' génération) — qui convient au Père et non au Fils. — Ces mots, qui diffèrent par une seule lettre, permettent d'opposer à l'attribut de la divinité, comme telle, la propriété incommunicable du Fils. En soulignant cette distinction, la génération suivante ne fera que prolonger la pensée d' Athanase.

L'Arien Philostorge, écrivant cent ans aprèô le concile, prétend qu'Eusèbe de Nicomédie et les siens ne donnèrent qu'une fausse signature, ayant subrepticement altéré rô(Aooucioç, dans la copie qui leur fut présentée, par l'introduction d'un i : ils auraient donc souscrit, non pas le consubstantiel, ô[;.oou(jioç, mais le semblable en substance, opioucioç^. D'ailleurs Philostorge ne pardonne point aux Eusébiens cette trahison. Mais cette histoire n'est probablement qu'un fruit de son imagination très fertile.

Deux évoques seulement demeurèrent irréductibles, et furent condamnés à l'exil :

1. Philostorge, H. E., I, 10, d'après Photius; PG., LXV, 465. — Éd. Bidez, p. 10, Leipzig, 1913.

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