‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 32 sur 79 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ï 'le, LENDEMAIN .DE'Ï^IGÉE '

Réaction antinicéenhe. — ^-Le mouvement eusébien.

La définition de Nicée apparut aux coiitemporains comme une très belle victoire, gage d'unité parmi les croyants; rèmpérèur Constantin,' qui avait pris la plus large part à cette œuvre d'unité, s'en, ajpplaudissait de l^rèë bonne foi. • .'■ ■ -^ ■■■■■ ■■ ■ ■ .■ -^

Néanmoins, quatre ou cinq ans suffirent pour mettre à néant de si belles espérances, replonger l'Église dans des luttes intérieures plus cruelles que jamais, et engager l'empereur lui-même dans les filets qu'il se félicitait d'avoir rompus. La réaction antinicéenne est une des plus grandes déceptions qu'ait enregistrées l'histoire. Comment expliquer ce revirement? D'abord par les lacunes essentielles

de l'oeuvre accomplie , à Nicée; puis, par, la malice àes hommes.

, L'œuvre accomplie à Nicée avait ses lacunes. L'une des; plus^ indéniables tient' à Fimprécisipîi de certaines idées dans la ! trame des documents; conciliaires. L'inseMon de Vbi^ooûaioç au décret; de ;foi avait donné lieu à des discussions confuses, ;où les coups se perdaient quelquefois dans le vide, et' où l'empereur, donnant «de ça personne, décida certaines adhésions politiques, imputables; à la' crainte de; déplaire,, non à une conviction réfléchie. San,s doute, il est fort injuste de présenter les Pères de Nicée comine une réunion d'esprits incultes, ainsi que l'a fa.it, cinquante ans plus tard, le Macédonien Sabinus j néanmoins il faut avqueiç que çettp génération héroïque, émergeant; de la persécution, comptait peu de dialecticiens .exercés. Et elle travailla sur une matièr.ei^gratç. L'absence d'une terminçlogie précise opposait, à l'élaboration d'une formule définitive, de réelles difficultés.

Les ; difficultés, on; les touche du doigt immédiatement dans un, exemple fort clair.

L'anathème joint au symbole de foi associait', comme purement synonymes, deux mots réservés à une fortuné bien différente; :' les mots oùciôc et wdcïTactç, que,; au pied de la lettre, nous pouvons grossièrement traduire ipSiT essence et

substance. Le concile dit anathème à .qui prétendiTait que le T'ils^est d'une autre substance ou essence que le Père :. i^ éTépaç wocTàcswç vj oùctaç. Il n'y avait là qu'une expression, particulièrement appuyée, de rô^aooufftoç nicéen. Mais la synonymie présumée de ces deux mots, où(j(a. et .iiTCOGTaciç, recevait dès lors, dans ï'^acception théologique, et allait de plus en plus recevoir, au cours des siècles, un grave démenti. Tandis que le mot oùcia resterait affecté à la désignation de l'essence ou de la na.ture, qui est une en Dieu, le mot ùiçoaTacriç allait être tiré au, sens de suppôt ou de personne, et supplanter, dans la théologie trinitaire, le vieux moi TfpoowTuov qui, comme le latin persona, avait servi; de très bonne heure — dès avant la fin du if siècle — à distinguer le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Cette évolution, qui allait se précipiter au cours du iv® siècle et qui apparaît cpnsommée dans la langue théologique des Ppres Gappadocieiis, n'alla point sans de multiples confusions ; les accusations d'hérésie se croisèrent entre chrétiens

qui avaient cessé de parler la même lang«e. , ^^ ■ ^

Rien de plus facile à comprendre., Les Pères de Nicee avaient donc affirmé l'unité de l'essence divine, et, pour désignjer cette unique ei&sence, laissé le choix entre les deux termes

oùok et ÛTcôcTaciç. Ceux pour qui le nom d'ÔTudffTaGtç convoyait déjà l'idée de personne — ceux-là n'étaient pas rares en Orient, — se voyaient dérangés dans leurs habitudes de langage et pouvaient s'imaginer que la définition nicéenne compromettait le dogme trînitaire.

D'où l'accusation de monarchianisme ou de sabelïianisme, formulée souvent contre des Pères fermement attachés au doerme de Nicée par. des chrétiens très sincères, et perfidement exploitée par l'hérésie.

Inversement, ceux qui avaient accepté sans arrière-ppnsée. la terminologie nicéenne et en tiraient toutes les conséquences logiques, — c'était en général le cas des Occidentaux, —• pouvaient être offusqués d'entendre parlercouramment de trois .hypostases divines, et flairer, dans ce vocabulaire plus différencié, un relent de trithéisme.

Cinquante ans après Nicée, telle lettre adressée au pape Damase par saint Jérôme, brusquement transporté de Rome dans un milieu syrien, et entendant un langage nouveau, peint au vif cette situation ^ Saint Jérôme se voit sommé de confesser trois hypostases, et traité de sabellien parce qu'il s'y refuse. Il se demande sérieusement s'il a en face de lui des

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