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LEILENDEMAIN DE NICÉE. 131
religieuse. Sa colère éclata, terrible. Noiis pouvons lire chez Théodoret^ la lettre qu'il écrivit alors aiix habitants de Nicomédie^ pour les inviter à nommer un autre évêque. Il reprend tout le passé d'Eusèbe, et probable-, ment le noircit outre mesure : Eusèbe aurait été de connivence avec Licinius dans la persécution exercée par celui-ci contre les chrétiens ; il aurait travaillé contre Constantin luimôme en le faisant espionner, par des émissaires ecclésiastiques, au profit du païen Licinius. Tout cela est peu vraisemblable; ce qiti suit est trop certain. Au concile de Nicée, Eusèbe s'est couvert de honte par ses menées hérétiques, percées à jour, et par ses humbles prières à l'empereur pour échapper à une trop juste disgrâce;. en dernier lieu, il a intrigué avec les ennemis irréductibles de la foi définie. Nicomédie se donna un évêque en la personne d'Amphion, et Nicée en la personne de Ghrestos. Eusèbe et Théognis partirent pour la Gaule.
Leur exil dura environ trois ans. Gomment, après ce temps, Eusèbe réussit-il à ressaisir l'esprit de l'empereur, à récupérer le siège épiscopal de Nicomédie, enfin à reprendre la campagne contre l'ôjjioouffio*; nicéeh, avec plus
1, Théodoret, h, E:, I, 19; PG., LXXXII, 961-965.
d'acharnement que jamais, et à la conduire jusqu'à une victoire complète ? C'est là une histoire paradoxale, dont le début au moins nous échappe et que nous sommes réduits à restituer par conjecture.
Le parti eusébien n'avait jamais désarmé.
Enl'absence de son chef, il continua d'assiéger Constantin par d'incessantes calomnies, destinées à lui représenter les promoteurs de la paixnicéenne comme de perpétuels agitateurs.
Et ils avaient la partie belle, à Nicomédie, à Nicée, à Ghalcédoine, dans toutes ces grandes villes cernant la résidence impériale d'un réseau que la vérité venue d'Alexandrie ou d'Antioche parvenait difficilement à percer.
Ceux-là mêmes qui soufflaient la discorde savaient en rejeter la faute sur les amis de la paix. Probablement il faut aussi faire la part d'influences plus secrètes. Constantia, soeur de Constantin et veuve de Licinius, s'était, depuis son veuvage, rapprochée de son frère; Constantin tombait sous l'inspiration de sa sœur au moment où il allait perdre l'inspiration bienfaisante de sa pieuse mère, Hélène.
Or Constantia subissait l'ascendant d'un prêtre arien; par elle, Constantin dut entendre parler de l'arianisme en bonne part. De plus, en 327, à Drépane en Bithynie, des fêtes brillantes furent célébrées pour la dédicace de
cette ville-, qui prenait le nom d'Hélénopolis, pour rendre hommage à la mère de l'empereur.
Le souvenir du martyr Lucien d'Antioche, particulièrement honoré en ce lieu, y fut associé. Les marques de vénération prodiguées à l'homme dont se réclamait toute la première génération arienne, durent faire impression sur l'esprit de l'empereur. Toujours est-il que, deux ans plus tard, le vent avait complètement tourné. Eusèbe et Théognis reparurent, et reprirent aussitôt l'offensive.
Un concile de deux cent cinquante évoques, assemblé à Nicomédie, prépara l'assaut contre l'opoucîtoç. Il fallait d'abord mettre hors de combat ses principaux défenseurs. Ce travail fut mené méthodiquement, implacablement.
La première victime fut l'illustre évéque d'Antioche, Eustathe. ANicée, Eustathe s'était trouvé en conflit avec Eusèbe de Gésarée; il avait remporté l'avantage. Eusèbe ne l'avait pas oublié ; bientôt il montra son ressentiment en accusant Eustathe de sabellianisme. Ce n'étaient là qu'escarmourches. L'entrée en campagne d'Eusèbe de Nicomédie donna aux événements un autre cours. L'évêque de Nicomédie prétexta le désir de visiter les Lieux Saints, et d'admirer les sanctuaires nouveaux dont les édiles impériaux poussaient activement la construction. C'était
prendre Constantin par son faible. Toutes les autorisations possibles furent accordées, toute liberté d'utiliser les véhicules impériaux. Prenant avec lui Théognis de Nicée, Eusèbe se dirigea vers la Syrie, où Eustathe lui réservait le plus fraternel accueil. Au retour de Terre Sainte, il prolongea son séjour, alla visiter Eusèbe de Gésarée, Patrophile de Scythopolis, Aétius de Lydda, Théodote de Laodicée et autres hommes de son parti; et les adjoignant à son cortège, reparut dans Antioche à la tête d'un concile. Alors se dévoila une trame infernale, que rien n'avait pu faire soup-^ çonner^ Le concile s'ouvrit sous la présidence d' Eusèbe de Nicomédie, et mit en accusation l'évêque du lieu. La doctrine d'Eustathe était difficilement attaquable; on s'en prit à ses mœurs. Il se trouva une femme pour jurer tout ce qu'on voulut. Le magnanime Eustathe, qui n'avait pu imaginer tant de noirceur, encore moins préparer sa défense, fut séance tenante jugé, déposé, à la stupeur de quelques bons évêques, étrangers au complot et n'y comprenant rien. Après ce coup de surprise, la défense s'organisa, impuissante : l'accusation avait tout prévu. La.issant les amis, d'Eustathe se débattre à Antioche, les metteurs en scène de