‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 42 sur 79 · SocRATE, h. E., I, 36 ; PG., LXVII · texte numérisé non relu

SocRATE, h. E., I, 36 ; PG., LXVII

moment de partir pour combattre les Perses, il ressentit les atteintes du mal qui devait l'emporter, et désira recourir aux eaux thermales d'Hélénopolis. N'en ayant pas obtenu le soulagement espéré, il se fit conduire à Nicomédie et demanda le baptême. Eusèbe le lui conféra. Étrange ironie de la Providence, amenant l'empereur de Nicée, pour recevoir le signe du chrétien, au pied du prêtre qui a fait plus que personne pour ruiner l'œuvre de Nicée ! Ayant écrit son testament, il manda encore Eutocios, ce prêtre que lui avait recommandé Gonstantia mourante, et qui l'avait décidé à rappeler Arius. Eutocios eut charge de remettre au jeune Constance, empereur d'Orient, le texte des dernières volontés par lesquelles Constantin partageait son empire entre ses trois fils.

Catholique dans l'âme, on peut le croire, Constantin mourait livré extérieurement aux Ariens.

Au lendemain de cette mort, Eusèbe de Nicomédie reprend, avec plus de ténacité que jamais, la lutte contre la foi nicéenne. La foi nicéenne finira par triompher ; mais Eusèbe aura su imposer à l'Orient, pendant un quart de siècle, l'abandon du mot qui en est la formule officielle, l'op-ooijoioç.

Sa première préoccupation devait être de

s'emparer de l'esprit du jeune Constance. Il fut servi à souhait par le même prêtre qui, après avoir été le conseiller écouté de Constantin dans la question arienne et le mandataire de ses volontés suprêmes, sut encore s'insinuer dans la conj&ance de la jeune impératrice et de son époux. La vanité mobile de Constance ne l'inclinait que trop vers le rôle d'arbitre en matière théologique, et bientôt la dialectique recommença de sévir à la cour, puis dans tout l'Orient.

Eusèbe de Nicomédie, toujours insinuant, se fit encore confier la tutelle des deux jeunes Césars, neveux de Constantin le Grand, Gallus et son frère Julien, — le futur empereur, — âgés l'un de douze ans, l'autre de six. Et il se fit attribuer, après le siège de Nicomédie, celui de Constantinople. Cette dernière ascension n'alla point sahs un coup de force. L'évêqùe Alexandre, en mourant, laissait un clergé divisé : les fidèles attachés au dogme de Nicée faisaient des voeux pour Paul, candidat désigné par Alexandre; Macédonius était le candidat du parti arianisant. Paul fut élu et intronisé.

Mais au lendemain de cette promotion, Constance paraissait à Constantinople, cassait l'élection et réléguait Paul en Cappadoce.

L'arianismeprit possession de lanouvelleRome.

11 y avait pourtant, au ciel d'Eusèbe, un

point noir. Dès le début du nouveau règne, l'exil d'Athanase avait pris fin. On voudrait croire, avec Théodoret, que cet acte de tardive justice fut. voulu et décidé en principe par Constantin lui-même : toujours est-il que ses fils se mirent d'accord là-dessus. L'aîné, Constantin II, à qui était échu l'empire des Gaules, considéra la restauration d'Athanase comme s'imposant, de plein droit ; il en écrivit à son frère Constance, qui n'osa point s'y opposer. Le 23 novembre 337, Athanase rentrait dans Alexandrie. Aussitôt les Eusébiens lui suscitèrent un compétiteur, en la personne d'un certain Pistos, Arien de Maréotis, jadis déposé avec Arius. Un prêtre et deux diacres allèrent, de la partd'Eusèbe de Constantinople, notifier au pape Jules la sentence de déposition prononcée trois ans plus tôt contre Athanase, au concile de Tyr ; sentence sur laquelle il n'y avait pas lieu de revenir.

Le pape Jules n'était pas homme à s'incliner devant une telle prétention. Il avait d'ailleurs reçu d'Athanase des messagers qui lui présentaient sous un tout autre jour, la question de droit. A la communication venue de Constantinople, il répondit que la cause devait être instruite à Rome et invita les Eusébiens à s'y faire représenter. Déconcertés par l'opposition qii'ils rencontraient soit à Rome, soit à Alexan-

drie même, où Pistos n'était pas agréé du peuple, les Eusébiens comprirent la nécessité de renoncer à ce candidat, décidément trop mince pour un si grand siège ; ils lui substituèrent Grégoire de Gappadoce, qui avait étudié à Alexandrie et n'y était pas inconnu. En mars 339, Grégoire fut intronisé par les soins du préfet d'Egypte Philagre. Athanase avait cédé devant la violence et, un peu après Pâques, se retrouvait à Rome en face de ses accusateurs.

Devant une attitude si résolue, les Eusébiens perdirent contenance. Eux qui naguère, payant d'audace, réclamaient un débat contradictoire et acceptaient le pape comme arbitre, se dérobèrent et alléguèrent toute sorte de mauvaises raisons pour se dispenser de comparaître. Un Synode tenu à Rome, à la fin de l'année 340, rendit justice à Athanase et même à Marcel d'Ancyre. Par une lettre sévère, le pape en notifia les conclusions au groupe eusébien. Le document pontifical a été inséré par saint Athanase dans son Apologie contre les Ariens * : il est accablant pour Eusèbe et pour ses amis.

Le pape a reçu les lettres apportées à Rome d'Antioche par les prêtres Elpidius et Philoxène ; il en exprimé sa surprise et sa douleur. Il avait écrit des paroles de charité, on lui

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