‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 44 sur 79 · LE DOGME DK NICÉE · texte numérisé non relu

LE DOGME DK NICÉE

l'envoyé des Eusébiens, apprit l'arrivée des prêr très d'Athanase, il s'empressa de quitter Rome en pleine nuit, quoique malade, pour éviter d'être confondu.

Les Eusébiens demandent qu'on respecte les synodes. Qu'ils ne se dérobent donc pas lorsqu'ils sont convoqués, comme ils le firent à Rome. Ils allèguent l'échéance trop courte. Ceci est une pure défaite : ils ont eu largement le temps de venir, mais ont retenu leurs envoyés et décliné la convocation, montrant que leur conscience n'est pas tranquille. Ils allèguent le trouble présent de l'Eglise. Mais qui donc l'a troublée?

Les Eusébiens se plaignent d'avoir reçu une lettre adressée à eux seuls, non à tout l'épiscopat oriental, et signée du pape seul. Mais le pape ne pouvait répondre qu'à ceux qui lui avaient écrit. Et il n'a pas. cru nécessaire de mêler tout l'épiscopat occidental à une réponse pour laquelle tout cet épiscopat était avec lui.

Les Eusébiens se plaignent que le pape ait accueilli Athanase et Marcel, accusés par eux. Or Athanase et Marcel sont justifiés par l'épiscopat d'Egypte. Les lettres des Eusébiens, qui accusent Athanase, se contredisent ;, celles des Egyptiens louent Athanase et affirment qu'on l'a calomnié. Elles font la preuve, en établissant que l'enquête fut menée contre Athanase

en dépit de toute justice; que les enquêteurs étaient les ennemis de l'accusé ; que les témoins oiit menti et reconnu leur mensonge. Aux termes des canons, le pape pouvait-il refuser sa communion à Athanase ? Alors surtout qu' Athanase avait passé à Rome un an et six mois, fort de son innocence, fermant la bouche à la calomnie. Quant à Marcel, venu à Rome, il a nié tout ce dqnt on l'accusait ; il a rendu témoignage de la foi; les prêtres romains, qui l'avaient connu à Nicée, ont confirmé ce témoignage. Le pape ne justifie pas un homme qui n'a pas besoin de justification. Mais il constate que la paix des Eglises est troublée par les ennemis d'Athanase et de Marcel. Si l'on a quelque plainte à formuler contre eux, qu'on ait du moins le courage de l'apporter à Rome. Les Eglises demandent la paix et la lumière. Ce qui s'est fait contre de saints évêques est contraire à rÉvangilê, contraire à la tradition de saint Paul et de saint Pierre, Que chacun songe au compte qu'il devra rendre devant Dieu.

Quand cette lettre vigoureuse parvint en Orient, Eusèbe de Gonstantinople n'était peutêtre plus là pour la lire. Il mourut vers la fin de l'année 341 . Eusèiie de Gésarée l'avait précédé de deux ans dans la tombe, après avoir consa-

cré ses dernières forces à deux écrits contre Marcel d'Ancyre, devenu à ses yeux l'incarnanation de l'erreur sabellienne.

L'évêque de Gésarée allait revivre dans une image assez fidèle, en la personne de son disciple et successeur, Acace ; l'évêque de Constantinople allait faire place, pour quelque temps, à l'orthodoxe Paul, jusqu'au jour où prévaudraient les influences macédoniennes. Quant au groupe eusébien, il poursuivrait son évolution dans une opposition persistante à la foi de Nicée.

. Arrêtons-nous ici pour mesurer l'espace parcouru depuis quinze ans.

A force d'agiter le spectre de l'hérésie sabellienne, le parti eusébien a réussi à rendre le concile de Nicée suspect ou odieux. Si l'on professe encore la doctrine des 318 Pères, on évite, au moins en Orient, l'affirmation du Verbe, consuhstantiel au Père, et on la remplace par toute sorte de périphrases.

De ce fait, nous avons un indice très clair dans les documents du célèbre synode In Encaeniis, tenu à Antioche en 341, à l'occasion de la dédicace de l'église d'or, fondée par Constantin et achevée par son fils Constance. La majorité de ce concile était orthodoxe ; mais il s'y trouva une minorité eusébienne très active, qui mit partout son

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empreinte : Eusèbe lui-même; Flaccillus d'Antioche ; Acace de Césarée ; Patrophile de Scythopolis ; Théodore d'Héraclée; Eudoxe de Germanicie; Georges de Laodicée.

Le concile édicta 25 canons disciplinaires, dont deux, le 4^ et le 12% trahissent une hostilité persévérante à l'égard de saint Athanase ; il édicta en outre non pas un, mais quatre symboles de foi, susceptibles d'être employés de préférence au symbole de Nicée.

La multiplicité de ces tentatives montre une pensée théologique peu sûre d'elle-même; et leur tendance commune accuse la préoccupation dominante de l'assemblée : se séparer d'Arius, mais en évitant le vocable désormais suspect : ô(;.oou(7tO(;, et en affectant de se tenir surtout en garde contre l'erreur sabellienne.

La première formule débute par ces mots :

« Nous n'avons jamais été ariens. » C'est une déclaration politique, ^ visant un but d'apologie personnelle. Nous entendons là Eusèbe de Gonstantinople et son groupe.

La deuxième formule, plus longue et plus nuancée, reflète une pensée plus religieuse et marque l'intention de réagir nonire l^s outrances ariennes. Elle détaille, avec un luxe d'expressions variées, la profession de foi au Fils unique de Dieu, parfaite image

de l'essence paternelle. Des quatre formules édictées par le synode In Encaenîis, c'est la seule qui présente le mot litigieux ouata. Elle rattache à raffirmation du baptême trinitaire la confession de trois personnes distinctes en Dieu. Ses auteurs l'abritaient, dit-on, sous l'autorité de Lucien d'Antioche : plus exactement, elle paraît représenter l'inspiration d'un groupe antisabellien, qui pouvait se réclamer d'Origène et d'Eusèbe de Césarée.

La troisième formule, proposée par Théophrone évêque de Tyane, présente un caractère beaucoup plus directement antisabellien : elle se termine par un anathème à Marcel d'Ancyre, à Sabellius et à Paul de Samosate.

La quatrième, rédigée à la dernière heure et confiée à un groupe d'évêques orientaux qui alla en Gaule la présenter à Constantin le jeune, procède d'un désir d'entente avec les Occidentaux : en finissant, elle réédite, en termes équivalents, l'anathème nicéen.

Donc les formules de foi pullulaient, sans grand profit pour la foi. Le mouvement eusébien n'avait pu entraîner tout l'Orient chrétien, et se heurtait parfois à des résistances invincibles. Mais il avait, en quinze ans, ruiné l'œuvre de Nicée, sinon partout quant à l'esprit, du moins quant à la lettre. Le mot d'ordre donné à l'Église par Tépiscopat

nicéen ne résonnait plus aux oreilles chrétiennes que comme le symbole d'une immense déception.

Cependant, il y avait encore des esprits et des caractères assez fermes pour s'en tenir simplement à ce mot d'ordre : saint Athanase était de ceux-là. Par eux, appuyés sur Rome, s'opérera le redressement; mais au prix de bien des douleurs.

La carrière de saint Athanase.

L'histoire du dogme nicéen est dominée par la grande figure de saint Athanase, qui lutta pendant un demi-siècle pour l'affirmer et pour le défendre. Nous devons nous arrêter devant cette illustre mémoire.

Athanase apparaît auréolé dès l'enfance par la légende, sinon par l'histoire. Légende si gracieuse que le critique éprouve quelque peine de porter sur elle une main profane :

on aimerait mieux la respecter. Rien de plus connu que la narration de Rufm^ Un jour qu'Alexandre, évêque d'Alexandrie, devise

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