PG., XXV,221sq
ne s'effacera pas. De pa.cte avec l'erreur, qu'il ne soit jamais question...
A Rome, où il porta aussitôt ses pas, le fugitif allait rencontrer d'autres victimes de la persécution, et d'abord Marcel d'Ancyre, lui aussi chassé/de son Eglise. Le pape Jules réitérait son invitation aux Eusébiens et en recevait, par ses propres envoyés, une réponse X hautaine : comment pouvait-on écouter ses propositions, après qu'il avait accueilli Athanase, déposé par sentence synodale? D'ailleurs le temps manquait, la guerre perse menaçait l'Orient. Ces mauvaises raisons ne pouvaient tromper la clairvoyance de Rome. Elles n'empêchèrent pas l'œuvre du concile romain qui, à l'automne de 340, vengea les droits des évêques exilés et affirma la foi de l'Église.
Cependant, de graves événements renouvelaient la face du monde romain. Au commencement de 340, une lutte fratricide avait éclaté entre Constantin et Constant;, à la bataille d'Aquilée, Constantin perdait l'empire et la vie, Constant demeurait seul maître de l'Occident. Durant l'été de 341, la dédicace de la fameuse église d'or, à Antioche, amenait de iiombreux évêques. Le synode dit In Encaeniis délibérait sur la foi, et recherchait un terrain d'entente où la majorité, demeurée fidèle à la doctrine de Nicée, pourrait rencontrer la très
remuante et très puissante minorité eusébienne. Tel est le trait commun des quatre symboles de foi élaborés par ce synode : on évite d'y prononcer le mot ôpoucioç, par ailleurs on respecte les bornes de l'orthodoxie. Une députation de quatre évêques alla jusqu'en Gaule présenter l'une de ces formules à Constant, empereur d'Occident. Vers le même temps, Constant se préoccupa d'endiguer toutes ces discussions, et, après en avoir conféré avec Maximin de Trêves, avec Osius de Gordoue, enfin avec Athanase, mandé à Milan, il s'arrêta au projet d'un concile qui trancherait toutes les questions pendantes. Constance, empereur d'Orient, fut pressenti, et, menacé qu'il était d'une invasion perse, ne voulut pas se refuser au désir de son frère. A l'automne de 343, les évêques se rencontrèrent sur la limite des deux empires, à Sardique (Sophia, en Bulgarie). Ils s'y trouvèrent 170. Tout de suite, une minorité de tendance arienne réclama l'exclusion contre Athanase d'Alexandrie, Marcel d'Ancyre, Asclépas de Gaza, supposés déchus de leurs droits, en vertu du concile de Tyr. La majorité, conduite par Osius de Gordoue» s'y refusa. La minorité n'attendait que cela pour rompre, et se retirer à Philippopolis, sur le territoire de Constance, où elle délibéra seule, anathématisant Athanase, Marcel, Asclépas,
Paul de Gonstantinople, et enfin le pape Jules, tandis que le concile régulier poursuivait son œuvre à Sardique.
A la suite de ces événements, une évolution imprévue se produisit dans l'esprit de Constance, empereur d'Orient. Déçu, et probablement humilié, du rôle joué par l'épiscopat oriental dans ses rencontres avec les Occidentaux, à Sardique et ailleurs \ il se résolut à changer de méthode. Durant l'été 344, il autorisa les clercs exilés à rentrer dans Alexandrie. L'année suivante, Grégoire de Gappadoce, l'évêque intrus de cette Église, étant mort, il défendait de lui donner un successeur, et par trois fois au moins il écrivait à Athanase pour l'engager à revenir prendre possession de son Eglise. Athanase ne se pressa nullement.
D'Aquilée, où il s'était arrêté après le concile de Sardique, il se rendit d'abord en Gaule près de l'empereur Gonstant, puis à Rome près du pape Jules. Enfin il se décida à reprendre la route d'Egypte, et, en passant par Antioche, alla saluer Gonstance. 11 en reçut les meilleures assurances, et aurait pu croire la partie gagnée, s'il avait moins connu le personnage. Gons-
l. Il faut lire chez saint Athanase, Hisloria Ârianorum ad Monachos, 20 ; PG., XXV, 716-717, l'histoire du guet-apens infâme préparé aux légats romains par Etienne d' Antioche, et dont la- découverte amena la déposition de ce personnage.
tance avait hérité de tout le despotisme paternel en matière ecclésiastique, mais non de la droiture et de la hauteur de vues qui permettent à Constantin de faire quelque figure dans l'histoire. Ce n'était au'un vaniteux et un fourbe.
Après une absence qui avait duré plus dé sept ans, Athanase rentra dans Alexandrie en triomphe, le 21 octobre 346. Le peuple et les magistrats s'étaient portés au-devant de lui à la distance de cent milles. Sur la route, couverte de tapis ou jonchée de verdure, il s'avançait à cheval parmi les chœurs de danse, entouré de palmes ou à la lueur des torches.
Le nouveau préfet d'Egypte, Nestorius, avait reçu ordre de restituer au clergé catholique ses /Sanctuaires et ses biens. En même temps, d'autres évoques exilés étaient rendus à leurs sièges : c'étaient Paul de Constantinople, Marcel d'Ancyre, Asclépas de Gaza. Une ère nouvelle semblait se lever pour l'Eglise. Le , concile des évêques égyptiens enregistra les décrets de Sardique. Même Ursace et Valens, les plus ardents calomniateurs d' Athanase, comprirent la nécessité de faire la paix : ils envoyèrent au pape une rétractation en forme, et demandèrent à Athanase des lettres de communion H
l. Apol. c. Arian., 58; PG., XXV, 353-356.
La paix durera autant que la crainte salutaire inspirée à Constance par la puissance de son frère Constant à l'Occident. Cependant l'arianisme n'attend qu'une occasion pour ressaisir l'avantage. Eusèbe de Nicomédie, devenu Eusèbe de Gonstantinople en usurpant le siège de l'évêque Paul, est mort à la fin de 341. Mais il a des héritiers, qui s'appellent Acace de Gésarée, Georges de Laodicée, Théodore d'Héraclée, Narcisse de Néronias; et Constance ne demande qu'à les servir.
Au commencement de 350, l'armée des Gaules se soulève et proclame Magnence empereur. Constant est tué, ou se tue. L'usurpateur ne se maintient pas longtemps : en septembre 351, il est tué à son tour, à Mursa en Mésié. Constance reste seul maître de tout l'empire, et se persuade volontiers qjii'il est aussi maître de la foi chrétienne. Le 12 avril 352, meurt le pape Jules; les Ariens saluent cette mort comme une délivrance, et commencent à circonvenir le nouveau pape Libère.
Dès l'année 350, Paul de Gonstantinople, rentré en possession de son siège à la mort d'Eusèbe, était enlevé par ordre du préfet Philippe, conduit en Tauride et étranglé.
Antioche, sous Léonce l'eunuque, devenait plus que l jamais la citadelle de l'arianisme.
Cependant Athanase, occupé à réunir, dans son Apologie contre les Ariens, le dossier des anciennes controverses, recevait encore de l'empereur de bonnes paroles, qui l'invitaient à bannir toute crainte. Mais les ennemis l'attaquaient à la fois à Milan devant l'empereur et à Rome devant le pape. A Milan, il adressa, pour se défendre, une députation de cinq évoques et trois prêtres égyptiens, qui fut mise en échec par l'impératrice Eusébie.
A Rome, il fit parvenir un mémoire signé de quatre-vingts évêques. Un synode fut décidé, de concert, par le pape et l'empereur. Les légats pontificaux, conduits par Vincent de Gapoue, avaient demandé qu'il se tint à Aquilée; Constance désigna Arles, où il résidait alors et où il avait installé un évêque à sa dévotion, Saturnin. Les Pères se réunirent à l'automne 353. Coupant court à toute discussion dogmatique, Constance fit présenter un décret à signer : c'était la condamnation d' Athanase. Après quelque résistance, tout le monde faiblit et signa, sauf le seul Paulin de Trêves, qui fut exilé en Phrygie et y mourut cinq ans plus tard. Le pape Libère déplora laiîhute de ses légats et, par une nouvelle députation comprenant trois évêques, Lucifer de Cagliari, Eusèbe de Verceil et Fortunatien d' Aquilée, le prêtre Pancrace et le
diacre Hilaire, fit parvenir à l'empereur une protestation très net^e, réclamant un nouveau synode. Constance feignit de se rendre; le synode, Be tint à Milan, au printemps 355.
A Milan, trois cents évêques d'Occident se trouvèrent réunis avec quelques Orientaux, et les scènes d'Arles se renouvelèrent. Malgré les efforts des légats pontificaux et de l'évêque de Milan, Denys, pour obtenir une déclaration préalable conforme aU symbole de Nicée, le programme impérial fut maintenu : condamnation d'Athanase et admission des Ariens à la communion. Ursace et Valens, bien revenus de leur récente palinodie, pesèrent tant qu'ils purent sur l'assemblée ; on signa, et parmi les signa:turés se trouva encore celle d'un légat pontifical, Fortunatien d'Aquilée. Lés autres reçurent le prix de leur fermeté : Luci- . fer de Gagliari fut exilé en Germanie, Eusèbe de Verceil à Scythopolis, Denys de Milan en Gappadôce,' pour y mourir; le diacre Hilaire fut battu de verges et exilé avec le prêtre Pancrace. L'Arien Auxence prit possession du siège de Milan. A Rome, le pape Libère subît les affronts de l'eunuque impérial Eusèbe; amené lui-même à Milan, il tint noblement tête à l'empereur et fut envoyé en exil à Bèrée en Thrace. Par ordre impérial, le diacre Félix fut élevé à Rome sur le siège pontifical. Le véné-
t^Uq évêque de Cordoue, Osius, presque centenaire, était demeuré inflexible; on le retint captif à Sirmium. Nous sommes aux premiers jours de l'année 356.
Athanase savait depuis longtemps ce qui l'attendait. Mais le pouvoir impérial hésitait encore à frapper le grand évêque au milieu de son peuple. On aurait voulu lui persuader de se condamner lui-même en quittant son poste, et Athanase ne parut jamais plus grand que dans cetfe résistance obstinée, où il personnifie la foi catholique, traquée de toutes parts, et laisse à l'ennemi tout l'odieux de son agressioi^.
Durant l'été 355, le>.notaire impérial Diogène débarquait à Alexandrie, porteur de prétendus ordres qu'il se gardait bien de montrer, mais dont il se prévalait pour répandt-e le bruit qu'Athanase, mandé à la cour, refusait de s'y rendre. Ce premier effort ayant échoué, le duc Syrianos se présenta pour le môme objet, le 5 janvier 356, avec une nombreuse escorte.
Athanase ayant répondu qu'il céderait à un ordre écrit, Syrianos jura par le salut de l'empereur qu'il ne passerait pas outre sans en avoir référé a son maître. On fut bientôt fixé sur la valeur d'un tel serment. Durant la nuit du 8 au 9 février, Syrianos faisait cerner par cinq mille hommes d'armes l'église Thépnas,
OÙ se trouvait l'évêqué. Il faut laisser à celuici la parole ^
C'était la nuit; une partie du peuple passait la veillée dans l'église, attendant la communion. Soudain le duc Syrianos survint, avec plus de cinq mille soldats armés d'épées nues, d'arcs, de flèches, de bâtons... Lui-même fit cerner l'église; un cordon de troupes la serrait de près, de sorte qu'on ne pouvait sortir à leur insu. J'estimai que, dans une telle alarme, mon devoir était de ne point abandonner le peuple, mais de m' offrir pour lui au danger. M' étant donc assis sur le trône, j'invitai le diacre à lire le Psaume (cxxxv) et le peuple à répondre : Parce que sa miséricorde est à jamais; après quoi l'on se retirerait et l'on rentrerait chez soi. Mais le duc ayant pénétré et les soldats ayant entouré le sanctuaire pour s'emparer de ma personne, les clercs qui étaient là et le peuple criaient, m'invitant à sortir ; je répondais que Je n'en ferais rien, tant que la foule ne se serait pas écoulée. Donc m'étant levé et ayant recommandé la prière, je les pressais de sortir tout d'abord, disant : A moi le danger ou les coups, plutôt qu'à tout autre. Donc le grand nombre était sorti, le reste suivait. Les moines qui m'entouraient et quelques . clercs, revenant sur leurs pas, m'entraînèrent. Ainsi, j'en atteste la vérité, à travers le double cordon de soldats o^ui entourait le sanctuaire et l'église, je sortis, sous la conduite du Seigneur, et gardé par lui je me retirai, glorifiant hautement Dieu qui, après m' avoir permis de ne point jabandonner le peuple mais de le faire sortir, m'a soustrait aux. mains de ceux qui me cherchaient.
Tandis que l'intrus Georges de Gappadoce était installé sur le siège patriarcal d'Alexandrie, parmi des scènes qui dépassèrent en