‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 47 sur 79 · Apologiade fuga sua, 14; PG., XXV · texte numérisé non relu

Apologiade fuga sua, 14; PG., XXV

horreur celles provoquées, dix-sept ans plus tôt, par l'installation de l'intrus Grégoire, Athanase allait demander aux moines de la Haute Egypte la sécurité pour sa personne et le moyen de continuer à diriger son Eglise.

De là il lançait ces pages vengeresses : V Encyclique aux évêques d'Egypte et de Libye; \ Apologie à Constance et V Apologie pour sa fuite; V Histoire des Ariens adressée aux moines; un peu plus tard, l'écrit sur Les Synodes. Le pouvoir persécuteur pouvait multiplier les exécutions et faire table rase de l'épiscopat catholique : il ne pouvait imposer le silence à cette grande voix qui, du désert, se faisait entendre périodiquement pour notifier à son peuple la date des solennités pascales, ranimer la ferveur et venger les droits de la vérité.

En l'année 351-352, puis au cours des années 357-359, une série de conciles, à Sirmium en Pannonie, avait poursuivi ce qui était devenu le but de la politique religieuse de Constance : la rédaction d'une formule de foi, qui recueillerait l'adhésion de tous, sur des bases étrangères à la croyance nicéenne. On crut toucher au but en 359 : l'épiscopat d'Occident en mai au concile de Rimini, celui d'Orient en septembre au concile de Séleucie acceptèrent, de guerre lasse, un compromis : non seulement

rô|j!.ooiJcioç nicéen, mais Vô^oioûaioç antiochien, devenu le signe de ralliement de tous ceux qui espéraient sauver la doctrine en sacrifiant un mot, y sont éludés, pour faire place à l'affirmation vague d'une similitude entre le Père et le Fils : c'est la théologie homéenne (ô^oioç, semblable), dont le règne officiel ne prit fin qu'avec le règne de Constance. La limite des concessions possibles avait été marquée en cette même année 359 par saint Athanase et saint Hilaire, les deux colonnes de la foi nicéenne, qui, dans leurs écrits sur les Synodes^ s'accordent à donner une interprétation favorable de l'ôjAoïoucioç antiochien, soutenu loyalement par des hommes sincères, timides dans leurs revendications, iuais non hérétiques.

Au reste, l'unité imposée par la violence ne fut jamais que factice. L'homéisme ne se soutenait que par la faveur de Constance, quand celui-ci mourut, 3 novembre 361 , à Mopsucrène au pied du Taurus. Il venait d'être baptisé par l'arien Euzoïos, récemment élevé au siège d'Antioche. Par cette mort, et par l'avènement du César Julien, qui affectait de se désintéresser des affaires de l'Église, le troisième exil d' Athanase prit fin : il avait duré près de six ans.

Les deux derniers exils furent relativement courts.\

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Un des premiers soins de Tévêque rendu à soïi Église fut de réunir un concile, pour examiner diverses questions pendantes. Ce concile, de vingt et un membres seulement, assemblé au. printemps 362, groupait d'héroïques champions de la foi ; il est connu dans l'histoire comme « le concile des confesseurs ».. L'Occident y fut représenté par Eusèbe de Verceil, l'Orient par Astère de Pétra en Arabie. Un appel touchant fut adressé à l'Eglise d'Antioche, alors déchirée en trois communions rivales : communion d'Eustathe,révêqùe exilé, représenté par le prêtre Paulin; communion de Mélèce, Tévêque rallié tout récemment à la foi de Nicée; enfin communion arienne d'Euzoïos . Le docupient synodal d'Alexandrie, connu sous le nom de Tome aux Andochiens, débordant de charité chrétienne et de prévoyante sagesse, recommande par-dessus tout l'unité : ne rien exiger de ceux qui reviennent à l'Église, sinon l'adhésion à la foi de Nicée, y compris la divinité du Saint-Esprit. Il anathématise les anciens hérétiques : non seulement Ariu s, mais Sabellius et Paul de Samosate, Valentin, Basilide, Manès. Il rapporte que l'on a interrogé, au concile, ceux qui étaient accusés de sabellianisme : ils ont détesté cette erreur. Là encore, deux christologies contraires se sont affrontées : l'une prétendait que le Verbe est

venu en l'homme Jésus comme en l'un quelconque des prophètes : on devine la future hérésie antiochienne de Nestorius ; l'autre prétendait que le Verbe s'est uni un corps humain sans âme : c'est la future hérésie d'Apollinaire, toute prête à éclater. Il ne s'est trouvé personne au concile pour soutenir ces idées nouvelles. Les Pères se sont séparés dans l'enthousiasme de l'unité reconquise.

Le concile eut le temps de guérir les blessures. Il opéra d'abord le discernement des personnes, entre les victimes de l'entraînement universel, dignes de toute indulgence, et les véritables meneurs, incapables de repentir. Il opéra aussi le discernement des doctrines et approuva l'initiative de ceux qui donnaient alors à la pure tradition de Nicée une expression quelque peu nouvelle. L'affirmation de trois hypostases dans la Trinité s'écartait de la terminologie nicéenne, qui avait confondu les deux termes oùcioc, ùjiroffTadK; ; elle sonnait étrangement aux oreilles latines ; au fond, ce n'était pas une nouveauté, mais une précision de langage très opportune, pour couper court aux velléités de sabellianisme souvent reprochées à Marcel d'Ancyre.et autres nicéens. Le célèbre Tome aux Antiochîens^ où l'on reconnaît, sinon le style, tout au moins l'inspiration d'Athanase, accueille cette nouveauté bienfai-

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santé et ouvre la voie large où vont s'engager les Pères Cappadociens. Sur un autre point encore, il fait la lumière, en marquant d'un trait sûr la voie de l'orthodoxie entre deux hérésies contraires, alors à l'état naissant. L'apollinarisme venait de naître à Laodicée ; le nestorianisme couvait dans les milieux antiochiens.

Sans prononcer aucun nom propre, le concile d'Alexandrie a dénoncé l'un et l'autre péril.

Julien dédaignait trop — ou haïssait trop — ■ le christianisme pour vouloir se mêler aux querelles entre évoques. Mais il redoutait trop une personnalité puissante, comme celle d'Athanase, pour n'en pas venir aisément contre elle aux mesures d'exception. Au reste, il n'en fait pas mystère, dans les lettres où il vise l'évêque d'Alexandrie. C'est à l'influence de l'homme qu'il en veut : il faut ôter au christianisme cette force. Moins d'un an après avoir revu sa ville épiscopale, l'évêque dut reprendre le chemin de l'exil.

« C'est un nuage qui passe », dit-il en quittant Alexandrie. Et il ne se trompait pas. Cet exil devait prendre fin après quinze mois. Mais bien lui en prit de fuir au désert une fois de plus. A ce temps appartient l'épisode raconté par Socrate'. Athanase, remontant le Nil en

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