‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 49 sur 79 · PG., XXVI · texte numérisé non relu

PG., XXVI

Mais Jovien ne fit que passer sur le trône.

Presque aussitôt, Valens replongea FÉglise dans les transes de la persécution. Dès la seconde année de son règne, il ordonnait à tous les évêques chassés par Constance et rappelés par Julien de vider leurs sièges. En rigueur, l'ordre lie s'appliquait pas à Athanase, exilé par Julien et rappelé par le successeur de Julien. Alexandrie était en suspens, se demandant si l'on! oserait toucher à son évêqùe. On l'osa, et Athanase n'eut que le temps de fuir, pour se soustraire à des ordres rigoureux. Les soldats fouillèrent en vain l'église et la résidence de l'évêque : pendant quatre mois, on n'entendit plus parler de lui. Après ce temps, Valons eut un mouvement de clémence, ou plutôt de sagesse : il révoqua son ordre, et l'évêque rentra dans Alexandrie pour n'en plus sortir:

En disparaissant, sept ans plus tard, il laissait l'Église affermie dans les voies de l'orthodoxie nicéenne, qu'il avait défendue, pendant tout un demi-siècle, et parfois seul, avec une fermeté d'autant plus admirable qu'elle n'excluait pas la modération.

Ce lutteur indomptable joignait à une large compréhension de litiges délicats une rare générosité pour les personnes. Les hommes qui

avaient combattu avec lui le bon combat restaient pour lui des frères d'armes, auxquels il ne jetait pas volontiers l'anathème. Tel Marcel d'Ancyre, un vieux champion de la foi nicéenne, mais peu mesuré dans sa réaction contre l'arianisme, jusqu'à toucher la frontière de Terreur sabellienne et même, semble-t-il, à la franchir. Athanase le défendit tant qu'il put, et quand décidément il fallut y renoncer, il se renferma dans le silence. Saint Épiphane raconte ' qu'un jour il interrogea le vieil Athanase sur la personne et sur la doctrine de Marcel. Athanase ne répondit que par un sourire attristé. Tel encore Apollinaire de Laodicée, dont le nom évoquait le souvenir de glorieux services et de luttes pour la foi. Au cours de ses dernières années, Athanase reçut à plusieurs reprises des dénonciations concernant l'erreur apollinariste. Et il prit ferme position contre elle. Dans le Tome aux Andochiens en 362, plus nettement encore dans la Lettre à Epictète de Corinthe en 371. Si les deux livres Contre Apollinaire, qui nous sont parvenus sous son nom, ne sont pas de sa plume, ce qui paraît sûr, ils sont pourtant un écho de sa pensée. Mais Apollinaire demeure pour lui un vieux serviteur de l'Église, qu'il ne

, 1. s. ÉPIPHANE, mer., Lxii, 4; PG., XLII, 188.

se résigne pas à flétrir. On ne relève pas, dans son œuvre authentique, une seule page qui atteigne Apollinaire nommément. Même des hommes que ne recommandait pas un tel passé, le trouvaient accueillant pour toute pensée droite, capable de discerner, sous des formules suspectes, des intentions respectables. En Basile d'Ancyre, un homéusien, il se plaisait à reconnaître de remarquables appromixations vers l'acceptation de la formule nicéenne, et une doctrine exacte, bien qu'incomplète. Il tendit loyalement la main à Mélèce d'Antioche, dont le passé n'était pas pour lui inspirer beaucoup de confiance. Il apparut à saint Basile de Gésarée comme le médiateur prédestiné entre rOrient et l'Occident^, divisés par d'inextricables malentendus.

Il réservait sa sévérité pour les hommes appliqués à détruire : un Arius, un Eusèbe de Nicomédie. Et il attaquait en face. Sa méthode est l'affirmation directe. Ni analyse raffinée, ni terminologie savante, mais un développement large efc populaire, rendant accessible à tous la révélation de la Trinité. Dans ses admirables Discours contre les Ariens, où il venge la divinité du Verbe, dans ses Lettres à Sérapion, où il venge la divinité de l'Esprit Saint, ce qu'on trouve à chaque page, c'est la simple doctrine des Écritures, avec'

l'empreinte de son clair génie et de son grand cœur^.

ni

Le Seïaiafianisme.

^histoire du mouvement eusébien riôiis a offert le spectacle lamentable de grandes espérances ruinées et d'un glissement collectif vers l'apostasie, après la grande œuvre de Nicée. L'histoire du mouvement semiàirien nous offrira un spectacle contraire : celui d'une restauration collective, sinon corisomnlée, du moins ébauchée, après les aniïëes sombres de la réaction aritinicéênne.

On se rappelle qu'entre les années 330 et 340 Eusèbe de Nicomédie et les siens réussirent par des interprétations perfides, par des insinuations calomnieuses, à discréditer.

l'ôjxoouctoç nicéen et à rendre suspect le héros de l'orthodoxie, saint Athanase. Prisonnière d'une minorité factieuse, la majorité de l'épiscopat oriental avait toujours aspiré à briser ses

1. Les sables d'Egypte nous auraient-ils rendu, tout récemment, un autographe de Saint Atfianase ? Quelques-uns ,1e pensent. Voir notre article intitulé : Les correspondants de l'abbé Paphnuce. Revue des Questions Historiques, l"" juillet 1925, p. 110-118.

chaînes. On s'en aperçut à Antioche, lors du synode In Encaeniis qui, en 341, élabora jusqu'à quatre professions de foi pour supplanter celle de Nicée. L'influence eusébienne fut assez forte pour éliminer de ces quatre formules l'dfjLooiJcioç nicéen, mais non pas assez pour y introduire une hérésio positive. Ce sont des formules incomplètes, mais non hétérodoxes, dont l'une ou l'autre sera reprise par des synodes subséquents, sans trahison envers la foi de Nicée. On peut en dire autant du fameux symbole jiiaitpdffTipç, édicté, encore à Antioche, en 344, et qui reproduit la 4^ formule du synode In Encaeniis^ avec des additions notables et des anathèmes dirigés les uns contre les Ariens, les autres contre les Sabelliens.

Cet effort de l'épiscopat oriental pour briser ses chaînes aboutit enfin, au cours des années 358 à 366. Années singulièrement troublées pour l'Eglise, où la lumière lutta,, non pas toujours victorieusement, contre les ténèbres. Elles s'ouvrent sous la persécution de l'Arien Constance ; elles se ferment sous la persécution de l'Arien Valens ; elles appartiennent au poU' tificat assez mal famé du pape Libère. Malgré tout, l'impression en est beaucoup moins triste que celle des années révolues aussitôt après le concile de Nicée.

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