Ibid., 23 j PG.,- XLII
enseignait que le Fils est simplement sem^ blable au Père^ optoç, et repoussait toute addition. A ce programme, le plus amorphe de tous, et à ce mot d'ordre le plus vague, se ralliaient, entre autres, Uranios de Tyr et ËutycMos d'Bleuthéropolis, ce dernier par opposition à Cyrille de Jérusalem.
Naturellement, les camps n'étaient pas tellement tranchés et les options tellement fermes qu'il ne se produisît des chasses-croisés et des passages d'un groupe à l'autre. Ainsi rencontrons-nous dans les rangs des homéusiens Macédonius de Gonstantinople, futur chef de l'hérésie pûeumatomaque, et dans le groupe acacien Mélèce, future colonne de l'orthodoxie antiochienne.
Le cas de saint Cyrille de Jérusalem est très remarquable et riche d'enseignements. Dans les admirables Catéchèses qu'il prononça en 348 comnie prêtre de Jérusalem, il professé, avec une vigueur et une clarté dignes d'un saint Athanase, la foi de Nicée, mais ne prononce pas le mot ôpotjcïtoi;. Pareille abstention, de la part d'un tel homme, n'est sans doute pas l'effet du hasard. Deux ou trois ans plus tard, en 350 ou 351, Cyrille succédait à l'évêque Maxime, et dès lors se voyait en butte, durant plus dé trente ans, aux plus violentes attaques de la faction arienne, conduite par Acace de
Gésarée. Saint Epiphane parle avec insistance d'une inimitié personnelle d'Eutychios d'Eleuthéropôlis contre l'évêque de Jérusalem ; nous savons qu'à trois reprises Cyrille dut manger le pain de l'exil, et que sa dernière absence ne dura pas moins de onze ans. Ne serait-ce pas que Cyrille était l'un de ces prudents qui flairaient dans l'opoucioç quelque danger de sabellianisme, et que, parla circonspection extrême de son langage, il avait donné lieu aux Ariens de le compter comme un des leurs ^ ? Quand, plus tard, il apparut ce qu'il était réellement, un homme de doctrine saine, la secte, dont il avait trompé l'espérance, lui fit durement expier cette déception.
Le cas de saint Mélèce d'Antioche n'offre pas moins d'intérêt. C'était un pieux évêque, d'allure peu militante, qui n'avait jamais donné d'ombrage aux Ariens. De Sébaste en Arménie, où il venait de succéder à l'évêque Eustathe, Arien déclaré, on l'avait fait venir pour le porter sur le siège primatial d'Antioche. Élevé par les soins d'Acace de Gésarée, qui croyait se préparer un instrument docile, et par la faveur de l'empereur Constance, il dut, au
1. C'est bien à cette conclusion qu'aboutit M. l'abbé J. Lebon^ dans une remarquable étude publiée par la « Revue d'Histoire Ecclésiastique» (Louvain), 1924, siirLa position de saint Cyrille dé Jérusalem dans les luttes provoquées par l'arianisme.
LE LENDEMAIN DE NICÉE. il87
jour de son intronisation, prendre la parole devant son peuple, et en profita pour affirmer en termes magnifiques sa foi en la génération éternelle du Fils de Dieu. Enthousiasme chez les Nicéens; surprise et colère de leurs ennemis. A quelques jours de là, le patriarche était enlevé pendant la nuit, exilé à Mélitène sa patrie ; l'Arien Euzoïos était intronisé à sa place. L'homélie qui lui valut une si honorable disgrâce nous a été conservée par saint Épiphane^ et rend le plus glorieux témoignage de sa doctrine comme de son courage.
Il y avait donc, sur les confins de l'arianisme, de bons et de saints évêques; naturellement, c'est parmi nos homéusiens qu'ils se rencontraient. Ainsi en jugèrent les Pères les plus qualifiés, par leur zèle pour la pureté de la foi, pour se prononcer avait équité. Tels saint Athanase et saint Hilaire, dont le suffrage ne saurait être récusé. Dans le temps même où les Ariens de toute nuance se comptaient et se triaient, Athanase et Hilaire écrivaient presque simultanément, en l'année 359, leurs livres sur les Synodes^ et tous deux font preuve d'un clair discernemeut quant aux doctrines et quant aux hommes.
Athanase vient de flétrir ceux qui rejettent