‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 56 sur 79 · S. Hilaire, De Synodis, 80; PL,, X · texte numérisé non relu

S. Hilaire, De Synodis, 80; PL,, X

accidentelles imputables àl'influeace du milieu ou aux préjugés d'éducation.

Basile d'Ancyre, donné pour successeur à Marcel par un synode eusébien de Gonstantinople en 336, lors de la première disgrâce qui venait d'atteindre saint Athanase, n'a jamais épargné les Sabelliens. A Sirmium, en 351, il fut la voix de l'Eglise contre l'évêque hérétique Photin qui, poussant à fond les assertions les plus risquées de Marcel d'Ancyre, paraissait renouveler effectivement l'erreur de Sabellius. Mais en face de l'ariariisme proprement dit, il savait se montrer averti et vigilant.

Le jugement de saint Epiphane est, incontestablement, plus sévère. Mais le vénérable évêque de Chypre ne nous a si bien documentés que pour nous donner la faculté de contrôler ses assertions personnelles. Avec l'avantage que procure le recul des siècles, nous usons de la liberté qu'il nous a laissée. , Et voici ce que nous constatons.

Tandis que la foi catholique, ancrée sur Vh^Qoùaioc, nicéen, peut faire face aux orages, l'homéusianisme se laisse entraîner à divers souffles. L'dpioiictoç, essentiellement indéterminé, s'avère comme le plus fâcheux des mots d'ordre. Les Pères l'ont tantôt repoussé, comme s'opposant à la foi nicéenne^ et tantôt admis, comme laissant ouvert l'accès de cette

même foi. Aussi l'histoire de l'homéusianisme abonde-t-elle en contradictions. Deux épisodes surtout ont laissé un souvenir profond dans les annales de l'Église : l'un se rattache au nom du pape Libère, l'autre aux conciles arianisants de Rimini et de Séleucie. \

Au printemps de l'année 352, le pape Jules était mort, laissant un renom incontesté d'orthodoxie et de vaillance. Libère, son successeur, marcha d'abord sur ses traces ^ . Dès , la deuxième année de son pontificat, il négociait avec Constance, devenu seul maître de l'empire, pour la réunion d'un concile œcuménique, rendue désirable par la situation troublée de l'Eglise. Constance feignit d'entrer dans les vues du pape, mais en réalité les confisqua. A Arles, où il résidait alors, il fit délibérer, sous ses yeux, des évêques et leur arracha, nous l'avons vu, la condamnation de saint Athanase, condamnation à laquelle les légats pontificaux, Vincent et Marcel, eurent la faiblesse de souscrire. Profondément affligé de ce coup. Libère revint à la charge par des messagers plus sûrs, Lucifer de Cagliari, Eusèbe de Verceil et Fortunatien d'Aquilée. On sait la suite. Tandis que Fortunatien d'Aquilée cédait

1. Sur les divers. problèmes que pose l'histoire du pape Libère, voir notre article du Dictionnaire Apologétique de la Foi catholique.

à son tour, Lucifer de Cagliari et Busèbe de Verceil subirent, inflexibles, tous les assauts de la diplomatie impériale. Nous possédons la lettre où le pape félicite ces confesseurs de la foi, compatit à leur épreuve et sollicite pour sa personne le secours de leurs prières. De fait, pour Libère lui-même, l'heure douloureuse allait sonner. Après avoir tenu tête à l'eunuque impérial Eusèbe, il se vit arrêté de nuit et amené devant Constance. Là encore, il tint bon. Trois jours lui furent donnés pour réfléchir. Après quoi il fut déporté à Bérée en Thrace.

Par les soins de l'empereur, l'archidiacre Félix fut préposé à l'Eglise de Rome. L'exil de Libère dura environ trois ans. Vers le milieu de 358, il était rendu à son siège ; il acheva sa carrière en bon pasteur.

Ici une question délicate se pose : de quel prix le pape Libère a-t-il payé son retour, après les trois ans de son exil à Bérée ?

D'après une tradition ancienne, il aurait faibli et même trahi la foi de Nicée. On apporte contre lui de graves témoignages. Témoignage de saint Athanase, qui l'accuse d'avoir, après deux ans de résistance, fléchi devant la menace de mort. Témoignage de saint Hilaire, qui, dans son écrit contre Constance, reproche à l'empereur deux actes également criminels :

la déportation de l'évoque de Rome et puis sa

restauration. Témoignage de saint Jérôme, qui a vu Rome au temps du retour de Libère. Dans sa Chronique, en 380, et de nouveau dans le De viris illustribus, en 392, il accuse Libère d'avoir fléchi à la longue et souscrit à l'hérésie, sur l'avis de Fortunatien d'Aquilée.

Saint Athana;se, saint Hilaire, saint Jérôme, voilà des témoins qu'on ne peut simplement récuser. Leur déposition est reprise et confirmée par divers auteurs, entre lesquels on ne s'étonne pas de rencontrer, au v° siède, l'Arien Philostorge. La tradition accusatrice a influé sur les martyrologes du Moyen Age. Dans la galerie des bustes pontificaux érigés à Saint- Pierre de Rome sous Nicolas III (1277-1280), Libère, seul entre les papes du iv° siècle, est dépourvu d'auréole. Son nom manque au martyrologe romain.

A ces témoignages viennent s'ajouter quatre lettres accusatrices, attribuées à Libère lui-même, et insérées par saint Hilaire de Poitiers dans son ouvrage historique. L'authenticité de ces lettres n'est pas à l'abri de tout soupçon; mais de bons juges la défendent, on ne peut les écarter sans examen. Elles font peu d'honneur au caractère du pape^ qui sacrifie complètement saint Athanase, et elles humilient la dignité du Saint-Siège.

Mais ce qu'avant tout il importe de savoir,

LE LENDEMAIN i)È MCÊE. ,193

est ceci : Qtiel dociiméht à sigfié Libère à Sirmiuiri, avant son retour d'exil? Siir ce point, il n'est pas iï]Di{)ossible de faire la iiimière, et la conduite de Libère apparaît autre (|u'on ne la représente quelquefois.

Libère n'a pas signé la formule arienne dite deuxième forrîiule de Sirmium., élaborée au commencement de l'année 357 sous les yeux de Goïistance et signée par les coryphées de l'afianisme : Eudoxe de Constantinople, Vaïèns de Miirsa, Ursacius de Singidunum; formule qu'on ne rougit pas de proposer et d'imposer^ par la torture même, au vénérable Osius de Gordoue. Ce vieillard centenaire signa, dans un moment de faiblesse, bientôt désavoué. Libère n'a point signé cette formule, qui impliquait la renonciation à rô[j!.Qou(jio<; nicéen et l'adhésion à ràv6{;.oi6ç. Toute sa vie proteste contre une telle supposition.

Ce que Libère a signé, nous le savons positivement, c'est lin ensemble de trois pièces. D'abof d la condamnation prononcée à Sirmium en 351 contre l'hérésie sabellienne de i?hotin. Puis la formule de foi, vagué mais inoffensive, composée à Antipche en 341 et connue comme deuxième forïnule dû Synode In Encaeniis.

Enfin une troisième pièce, présentée par luimême et destinée à exclure l'arianisme proprement dit, en réservant cela môme que le

semiarianisme a expressément réservé : l'affirmation du Fils semblable au Père par essence , et en tout : Ôpioç '/.ax' oÙGtav xal xatoc Tvavra.

L'ensemble de ces trois pièces constitue ce que l'on a parfois appelé : la troisième formule de Sirmium.

La signature donnée à cette formule ne constituait pas une forfaiture, à l'heure — il importe de le rappeler — où les défenseurs les plus énergiques du concile de Nicée faisaient œuvre de discernement et consentaient à reconnaître, (Jans les meilleurs des homéusiens, de véri^bles frères, dont les séparait surtout une question de mots.- Assurément on aimerait mieux une signature très franche de rojjLooijffioç nicéen. Mais d'abord il n'en était pas question. Le pape mit sa conscience à couvert, de la manière qui lui parut opportune. Déjà, pour sauver la doctrine, il avait, à plus d'une reprise, sacrifié un homme; et cet homme n'était autre que le grand Athanase. Grave concession. Il est permis de la regretter pour sa mémoire. Les Pères les plus compromis pour la défense de la foi nicéenne le jugèrent alors sévèrement. On peut douter qu'ils aient pu, dans l'ardeur du combat, faire un départ exact entre la question de doctrine et la question de personnes ; on peut aussi douter qu'ils aient eu, de la formule souscrite [par Libère,

une connaissance exacte et complète. Il est certain que cette signature n'imprime à la mémoire de ce pape aucune tache d'hérésie, au sens technique attaché à ce mot par la langue théologique.

Gomme nous avons cité les témoins à charge, il n'est. que juste de produire aussi les témoins à décharge, qui absolvent la mémoire du pape Libère. Notons d'abord que la tradition romaine la plus ancienne et la plus authentique ne le noircit nullement. En 358, à son retour d'exil, Rome l'accueillit avec des transports de joie. L'année suivante, il se tint à l'écart du concile de Rimini, où l'épiscopat latin fit lamentable figure ; au lendemain de ce concile, on le vit s'employer avec zèle à relever les évoques tombés dans l'embuscade arienne. Nous le verrons encore, au cours des années suivantes, ouvrir les bras aux Semiariéns, revenant, à l'unité. En 385, lorsqu'il s'agit de régler la conduite à tenir dans la réconciliation des Ariens, le pape Sirice, écrivant à Himère de Tarragone, se réfère aux actes de son vénérable prédécesseur, Libère.

Un peu plus tard, le pape Anastase, écrivant à Venerius de Milan, fait allusion à Libère, comme à l'un des, héros de la foi de Nicée.

Ainsi en jugeaient saint Ambroise en Occident, saint Basile en Orient, des docteurs, eux

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