LÉ DOGME DE KÏCÉÉ
aussi. Saint Basile, écrivant, en 377, à sa soéiii* Marcelline, lui rappelle qu'elle a reçu des mains de Libère le voile des vierges et l'invite à repasser les avis de ce saint pontife. Saint Basile, dénonçant à l'ôpiscopat oriental la fourberie arienne d'Eustathe dé Sébâètë, scroit pouvoir se reposer avec pleine confiance sur les actes du bienthetireux évêque Libère.
L'extrême popularité dont jouissait Libère à ftome est constatée par le païen Affimién Marcéllin, qui dit de son peuple : Eius àmore flagrahat. Les historiens chrétiens Théodorèt, Socrate, Sozomène lui rendent le même téiïîôignage ; Sozomène explique cette popularité singulière par l'énergie réelle avec laquelle Libère avait tenu tête à Constance. Pour Gassiodore, au vi^ siècle. Libère est « un très saint évêque » ; pour Théôphané le Gonfesseur, au Viïf, «lin homme en tout admirable et orthodoxe ». Nombre d'Eglises l'ont inscrit à leur Hiartyrologe : telle Antioché, ail vi^ siècle.
Tous ces éléments doivent entrer en ligne de compte, si l'on veiït porter un jugéméiit équitable siir un épisode souvent exploité au détriment du Saint-Siège et surtout contre lé dogme de l'infaillibilité pontificÉtle.
L'affaire des conciles de Rimiiii et dé Séléticie mit encore aux prises l'épiscôpàt éathôlique et l'arianisme officiel, en 359.
L'adoption de la troisième formule de Sirmium aiyait été une victoire pour le parti liomé-usien. Victoire exploitée sans ménagement et aussitôt compromise. Les Ariens radicaux surent représenter à l'empereur Constance que ce parti turbulent trahissait la vraie doctrine, la leur. L'empereur résolut d'en finir et décida la tenue d'un grand concile à Nicomédie. La ville payant été détruite, sur ces entrefaites, par un tremblement de terre, la convocation fut transférée à Nicée. Mais les difficultés d'un concile» œcuménique apparurent insurmontable^, On décida de le couper en deux : les évêques d'Occident se rencontreraient à Rimini, ceux d'Orient à Séleucie d'isaurie.
A Rimini, en mai 359, plus de 400 évêques se trouvèrent réunis, sous la présidence de Restitut de Garthage. Les Ariens y form-aient une minorité très active, de 80 membres. La politique prit aussitôt la direction du concile. Une formule fut élaborée, assez large pour être proposée à l'adhésion de tous. C'est la quatrième formule de Sirmium. On avait laissé tomber le terme non scripturaire ohciu, il n'était question ni d'opoucioç ni même d'opioucioç, mais simplement d'opioç xaTà TcavTa. Ce minimisme> suggéré par Valens de Mursa, devait paraître à Constance lui-même trop insignifiant; il parut tel surtout à Basile d' Ancyre et à ses
ajnis. D'ailleurs, les orthodoxes refusaient de délibérer tant que le concile n'aurait pas fait acte explicite d'adhésion à la foi de Nicée. Sur leur refus de celte adhésion, les chefs de la minorité, Ursace, Valens et autres, furent déposés (10 juillet), une délégation alla porter à Constantinople une lettre et le décret du concile. Mais Ursace et Valens l'avaient prévenue. Par leurs soins, une formule très incolore, presque identique à la quatrième formule de Sirmium, fut dressée à Nikè en Thrace; sous la pression impériale, la délégation du concile eut la faiblesse de signer, et regagna Rimini à la fm d'octobre, pour s'y voir désavouer. Mais aussitôt, sous les auspices du préfet impérial Taurus, l'assaut fut donné aux consciences. De guerre lasse, tous les membres de la majorité signèrent, sauf une vingtaine, groupée autour de Phébade d'Agen et Servais de Tongres. Par une suprême fourberie, Ursace et Valens suggérèrent que les plus récalcitrants pourraient donner satisfaction à leur conscience en apposant à la formule telles réserves qu'ils voudraient. Moyennant quoi, tous signèrent; et des dites réserves, il ne devait plus être question. Une députation, comprenant Ursace, Valens et Saturnin d'Arles, alla rendre compte à l'empereur de ce brillant succès. Au fond, les Pères de Rimini
n'avaient rien voulu sacrifier, ni trahir leur conscience. Le résultat n'en était pas moins désastreux. Saint Jérôme en accuse énergiquement le relief dans les paroles célèbres : Ingemuit totus orbis et arianum se esse miratus est\
A Séleucie d'Isaurie, en septembre 359, on vit 160 évéques, dont 110 homéusiens, et 40 ariens plus ou moins stricts; 10 nicéens, venus surtout d'Egypte. A côté des homéusiens Basile d'Ancyre, Georges de Laodicée, Silvain de Tarse, Eleusios de Gyzique, Macédonius de Gonstantinople, prit place Hilaire de Poitiers, admis à la communion après s'être lavé du reproche de sabellianisme. Acace de Gésarée, Eudoxe d'Antioche , Georges d'Alexandrie, Patrophile de Scythopolis, Uranios de Tyr menaient le parti arien. Des péripéties assez semblables à celles de Rimini se déroulèrent. Tandis que les homéusiens déclaraient s'en tenir à la deuxième formule de Sirmium, Acace mettait en avant une formule équivalente à celle qui venait de triompher à Nikè. Et les anathèmes se croisaient ^ Une délégation homéusienne se rendit à Gonstantinople, conduite par Basile d'Ancyre ;
1. s. JÉROiiE, Dial. adv.Liiciferianos,l9; PL., XXIII, 172 C.
2. Les documents de Séleucie chez S. Epiphane, Haer., Lxxin, 24-26; PG., XLII, 447-454.
P) . ^ LE DPGME PP HIÇÉE.
elle comptait dans ses rangs Hilaire de Poitieps. Mais, cette fois encore, Farianisme prit les devants, en la personne d'Acace. Le chef des Homéens orientaux fit cause commune avec Ûrsace et Valens, revenus de Rimini pour promouvoir les intérêts des Ariens occidentaux. Sous la menace de l'exil, les députés de Séleucie faiblirent, comme avaient failili cenx de Rimini. A la fin de l'année 359, le copir promis homée'n triomphait sur toute la ligne. Hilaire de Poitiers, demeuré irrédiictible, et décidément incommode pour l'Orient, se voyait invité à rentrer en Gaule.
L'œuvre dévastatrice de Rimini et de Séleucie eut pour corollaire en Orient une hécatombe de prélats homéusiens : Basile d'Ancyre, Eustathe de ^ébaste, Eleusios de Cyzique, Macédonius de Gonstantinople, Silvain de Tarse, Cyrille de Jérusalem perdirent leurs sièges. Pour ne pas paraître frapper d'un seul côté, Constance exilait en même temps Aétius, représentant le plus extrême de l'arianisme intransigeant. Toutes les faveurs officielles allaient au parti incolojre des Homéens, oî irspl 'Axajttov,
La mort subite de Constance laissa le parti désemparé. Après le règne néfaste de Julien (nov. .361-juin 363), qui rs^ppela tous les exilés, nçn pour leur rendre justice mais plutôt
poiar les ïï).§|;tre aux prises, après le i;ègne réparateiir mais éphémère de Jpvien (juin 363fév. 364), le joug arien allait à npuyeau s'appesantir sur l'Eglise, par la volonté de Valeps. Mais le « Concile des confesseurs », réxini à Alexandrie autour de saint Athanase, durant l'été 362, avait répandu sur l'Eglise une grande lumière. Au cours des années suivantes, de nombreux évoques d'Orient et d'Occident y adhérèrent..
Une grande joie était réservée aux derniers jours du pape Libère. La protection exclusive accordée par Valens, empereur d'Orient, aux Ariens, la persécution qui s'appesantissait sur les éléments les plus sains du christianisme oriental, eurent pour effet de jeter l'épiscopat homéusien dans les bras de Valentinien, empereur d'Occident, et de l'Eglise romaine. A l'automne 364,' un synode réuni à Lampsaque sur l'Hellespbnt, sous Eleusios de Gyzique, anathématisait l'œuvre de Séleuoie et de Rimini. A la suite de divers autres synodes, à Smyrne et autres lieux, une députation comprenant Eustathe de Sébaste, Silvain de Tarse, Théophile de Castabaloj vint, au cours des années 365 et 366, en Italie. A Milan, elle ne trouva point Valentinien, qui venait de partir pour la Gaule; à Rome, Libère refusa d'abord de la recevoir. Les évêques orientaux insis-
tèrent, protestèrent de leur soumission, anathiématisant Rimini et Nikè. Là-dessus, Libère leur donna des lettres de communion. Ils réitérèrent leur profession de foi dans un synode tenu en Sicile, et portèrent à l'Orient le baiser de paix de l'Église romaine. L'unité officielle du semiarianisme était brisée sans retour ^ .
1. Non toutefois sans quelques sursauts de l'hérésie, imputables, pour une large part, à l'influence exercée sur l'empereur Yalens par Eudoxe, évêque arien de Constantinople. On peut lire à ce sujet Newman, The Arians of Ihe fourlh centuryi part. II, ch. v, sect. 2 (p. 376, 199, éd. London, 1901).