‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 59 sur 79 · S. Epiphane, Haer., lxviii, 1; PG., XLIl, 185 A'MSÔm âk · texte numérisé non relu

S. Epiphane, Haer., lxviii, 1; PG., XLIl, 185 A'MSÔm âk

• LE SCHISME MÉLÉTIEÏ^f■ D'EGYPTE. M

quelque peine à se contenter du second rang.

Sa première apparition dans l'histoire se rattache aux empiétements qui lui furé'n;t reprochés, profcablement au coufs de l'aniiée 305y par quatre évêques d'Egypte, captifs pour la foi. Lia persécution de Diôclétien faisait rage *, les quatre évêques en question s'étaient vu arracher à leurs troupeaux, emprisonner; Pierre d'Alexandrie, s'il n'était pas lui-même en prison, rencontrait les plus graves obstacles à l'exercice de son ministère pastoral. Mélèce de Lycopolis, demeuré libre, s'était cru qualifié pour entreprendre sur le terrain des évêques absents et même du primat. Non content d'y faire acte d'autorité, il avait pris sur lui de casser les actes de son supérieur hiérarchique. Une ingérence aussi indiscrète provoqua la protestation énergique des q[ùàtre évêques captifs, qui adressèrent â Mélèce tine lettre collective. Ilfaut citer in extenso ce grave document', élément capital pour l'appréciation du caractère dé Mélèce. -

Hésychius, Pachôme, Théodore, Philéas à Mélèce, leur cher collègue dans le Seigneur, salut.

Appréciant en simplicité lés vagues rumeurs qui circulaient stir vous, nous apprenons de certains voyageur^

Kaï o M.e?,tjtidg rtSv xatà tt^v Aïyvntov nqà-^xwv xaï dsvzéqeijwV 'l. PG.i X, 1565-1568, cfr. XVIII, 509-510.

des choses contraires à l'ordre divin et à la règle ecclésiastique ; on vous attribue des intentions et des actes dont la nouvelle nous remplit de douleur, tant ils dénotent d'audace et d'étrange témérité. Mais l'arrivée de nombreux témoins^ qui confirment et garantissent ces faits, a mis le comble à notre surprise et nous a obligés de vous écrire cette lettre : quelle émotion et quelle tristesse a causée à tous et à chacun en particulier l'ordination que vous avez accomplie en des paroisses où vous n'aviez aucun droit, nous renonçons à le dire. Du moins, nous vous aurons fait de brèves remontrances. Il existe une loi de nos Pères et des Pères de nos Pères, que vous-même connaissez bien, établie selon l'ordre divin et ecclésiastique ; le tout selon le bon plaisir divin et le zèle des meilleurs pasteurs. Ils ont établi et réglé que nul évêque ne pourrait • célébrer d'ordination dans des paroisses étrangères : c'est là une loi très importante et très sagement conçue. Car il faut d'abord examiner avec grand soin la conduite et la vie des ordinands; seul moyen d'éviter la confusion et le trouble : un pasteur a bien assez de régir sa paroisse et de rechercher avec grande sollicitude et force réflexion de dignes ministres, parmi ceux avec lesquels il a vécu toujours et qu'il a formés de ses mains. Mais vous, sans égard à ces décisions, sans songer à l'avenir, ni à la loi traditionnelle de nos bienheureux Pères agréés du Christ, ni à l'honneur de notre grand évêque et Père Pierre, de qui tous nous dépendons selon l'espérance que nous avons dans le Seigneur Jésus- Christ, insensible à nos incarcérations, à nos épreuves, à nos mille affronts de tous les jours, à l'accablement et à la détresse de tous, vous avez entrepris de tout bouleverser. Quelle excuse pourriez- vous encore invoquer ? Vous direz peut-être : la vue de troupeaux dépourvus et désolés, sans pasteur, exposés aux ravages de l'incrédulité, m'a fait faire ce pas. Mais très certainement, ils ne sont pas dépourvus ; car il ne manque pas de pasteurs qui circulent et peuvent les visiter. A supposer qu'ils aient manqué à leur devoir, c'était au peuple de recourir à nous et d'exposer ses besoins. Mais ils savaient bien que les

ministres ne leur manquaient pas, aussi n'en ont-ils pas demandé. Ils savaient que, saisis de pareilles demandes, nous les écartions ou bien y faisions droit en toute sollicitude : car l'examen se faisait par devant. les plaignants et avec une exacte probité. Pour vous, donnant, suite rondement à quelques fourberies et à de vaines paroles, vous avez procédé aux ordinations d'assaut. Si l'on vous faisait violence et si l'on vous pressait, faute de connaître la loi ecclésiastique, vous deviez, selon la règle, nous instruire par lettre ; et nous aurions avisé. Si l'on insistait près de vous, en vous disant que nous étions perdus (vous-même saviez à quoi vous en tenir, car il ne manquait pas près de nous 'd'allants et venants, qui pouvaient faire visite), même dans ce cas vous deviez attendre la décision de notre premier Père et l'autorisation requise. Négligeant tout cela, poursuivant une autre espérance, ou plutôt ne vous souciant point de nous, vous avez donné au peuple des chefs ; et nous savons qu'il s'en est suivi des schismes, car beaucoup ont mal pris votre déraisonnable ordination. Rien n'a pu vous arrêter et vous faire réfléchir, pas même la parole de notre bienheureux guide commun, revêtu du Christ, l'Apôtre Paul, qui, écrivant à son cher fils Timothée, dit : « Ne vous hâtez pas d'imposer les mains et ne vous chargez pas des péchés d' autrui » ; montrant par là et la prévoyance dont il a donné l'exemple au sujet de Timothée, et la loi d'extrême délicatesse et prudence qui doit diriger le choix des ordinands. Nous vous engageons à maintenir désormais les termes sûrs et salutaires de la règle.

L'authenticité de cette pièce n'est pas contestable, et ne semble pas avoir été contestée. Nous ne possédons pas l'original grec; mais une traduction latine s'est conservée dans un manuscrit du \if siècle, à la bibliothèque du chapitre] de Vérone (n. 60) ; elle

2Ô8 LE DOÔME DE NÏCÊÉ.

fait partie d'une coiapilation exploitée pour la première fois en 1738 par Scipion Maffei^ et depuis, à diverses réprises, par d'àûtrés traVaiïletirs. Lé compilateur — diacre Théodose — ajoute que Mélèce ne fit à cette lettre aucuiïe réponse. Il n'essaya point d'en-trer en relations avec les quatre évéques ni avec leur chef Pierre d'Alexandrie. Au lieu de déférer à l'avertissement, il alla droit à Alexandrie. Là il rencontra deux clercs en mal d'avancement et désirant trancher du docteur, Isidore et Arius. Par eux, Mélèce coniiut les prêtres et visiteurs désignés par l'évêque Pierre; il les écarta et les remplaça par deux hommes de son choix.

Devant une telle usurpation, Pierre d'Alexandrie dut sévir. Il écrivit au peuple d'Alexandrie pour lui défendre de communier avec Mélèce, en annonçant une réunion ecclésiastique pour examiner cette grave affaire. Loin de s'incliner^ Mélèce organisa son schisme.

Cependant les quatre évéques signataires

1. SciPiONE Maffei, Osservazioni tetterarié che possono servirai continuazione al giornal de' letierati â'Ikdia, 1738. — Là compilation de Theoclosius Diaconus comprend 27 titres : on en trouvera l'analyse dans la Dissertation des Ballerini insérée en l'édition de saint Léon, PL., LVI, c. 144-148. La pa/rtie Concernant les Mélétiens répond au titre 26. Voir Batiffol, Byzantinische Zeitschriftyi.X, p. 131 sqq.

de la'lettre ne devaient point tarder à couronner par le martyre leur glorieuse carrière ^ Un peu après Pâques de Tannée 306, Pierre d'Alexandrie adressait à l'épiscopat égyptien une lettre canonique, pour régler le sort des apostats de la persécution, déterminant la durée de la pénitence requise, d'après la gravité de la chute,. Nous pn possédons le texte ^, admirable monument de charité pastorale et de prudence» Mélèce, déjà en lutte ouverte avec l'évêque d'Alexandrie pour une autre cause, ne pouvait applaudir à cette lettre ; et la suite des événements montre qu'il en prit occasion pour accuser de laxisme l'évêque, et se poser dès lors en vengeur de la discipline ecclésiastique.

Si nous en croyons saint Athanase, Mélèce n'en avait nullement le droit, ayant lui-même faibli au début de la persécution*. Mais le personnage de rigoriste, qu'il assuma dès lors, lui valut des sympathies dans le clergé.

Cependant la persécution s'aggravait. Pierre d'Alexandrie fut arrêté, Mélèce le fut aussi,

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