Apologia c. Arian., 71 ; PG., XXY, 376A : MèUtloç, vns
.Voir sur ce personnage Apolog. c. ^r., 17, 65, 66-70; PG., XX,' 276, 365, 368-373.
nous ne pouvons admettre qu'il le calomnie sciemment. D'ailleurs il est homme, et peutêtre passionné : il a pu donner aux rumeurs fâcheuses qui couraient sur le corripte de Mélèce une interprétation plutôt sévère, et un tour plutôtvif à cette interprétation.
Saint Épiphane, plus jeune d'un demi-siècle, étranger à l'Egypte, grand assembleur de documents mais esprit peu critique, n'est pas ici un témoin ; en général, il n'est pas un écho toujours sûr. Ne mettons pas en causa sa loyauté : quand il redit avec insistance que Mélèce n'a point erré dans la foi, il doit avoir pour cela de bonnes raisons, et nous pouvons bien l'en croire. Les fautes de Mélèce furent surtout des fautes de conduite, et si le schisme mélétien se compromit avec l'arianisme, ce fut après la mort de son auteur. Saint Épiphane n'est ^as indulgent aux Ariens, ni aux fauteurs des Ariens. Mais il a grand soin de séparer la cause personnelle de Mélèce de la cause de ses disciples posthumes, devenus entre les mains ariennes des instruments trop dociles.
Peut-on rendre compte de la présentation si différente du même personnage, Mélèce, par Févêque d'Alexandrie et par l'évêque de Chypre? Il semble que oui.
D'abord on n'oubliera pas les origines palestiniennes d'Epiphane et le caractère visible-
ment palestinien de sa documentation. Nous savons que Mélèce, déporté en Palestine, y multiplia les ordinations et les fondations d'Eglises. Eleuthéropolis, Gaza, Jérusalem le virent tour à tour ; il y laissa le souvenir d'un zèle actif, sinon discret, car l'esprit d'entreprise ne lui manquait pas. Or Eleuthéropolis, l'une des fondations de Mélèce, est justement la patrie d'Épiphane. On s'explique très bien qu'Épiphane, ayant recueilli dès son enfance une version locale toute favorable à Mélèce, n'ait jamais pu s'en détacher, même après que l'étude de l'arianisme lui eut montré dans les intrigues ariennes la main de la deuxième génération mélétienne. Il n'y avait pour lui d'autre issue que de dissocier Mélèce et les Méiétiens.
Quant à la double figure de Mélèce, apostat selon saint Athanase, confesseur de la foi selon saint Epiphane, ce qui précède en fournit une explication plausible. On a vu qu'au début de la persécution, Mélèce trouva moyen d'échapper à toute vexation et de circuler librement dans la Basse Egypte, alors que les évêques étaient en prison. Donc certainement il n'avait pas été héroïque. Qu'avait-il fait au juste pour trouver grâce devant les persécuteurs? Athanase nous dit qu'il avait sacrifié aux idoles. C'est là, évidemment, une accusation fort grave* Elle
doit bien reposer sur quelque fondement. Au moins peut-on croire qu'elle, représente en haut relief l'attitude peu chrétienne qui fut reprochée à Mélèce.
D'une part, l'étonnante sécurité de Mélèce au sein d'une Eglise livrée à la persécution; d'autre part, l'accusation rétrospective d'Athanase; — deux raisons concordantes de penser que l'évéque de Lycopolis ne devait pas avoir la conscience fort tranquille, après cette pre-' mière phase de la persécution.
La deuxième phase de la persécution nous montre un autre homme : d'une part, il est associé aux confesseurs delà foi; d'autre part, il se fait le censeur des pasteurs miséricordieux qui craignaient surtout de décourager le repentir.
Les deux attitudes successives ne sont pas irréconciliables ; on peut même dire qu'elles se tiennent par un lien psychologique fort simple, et ce n'est pas la première fois, dans l'histoire de l'Église, qu'on voit un renégat, ou un quasireuégat, se muer en puritain ^ , sous la pression de circonstances nouvelles, pour se refaire une virginité. Ce jeu ne pouvait tromper les yeux
1. Tel, soixante ans plus tôt, à Rome, Novatien, se terrapt durant la persécution et au lendemaip de la persécution devenant le champion irréductible de la rigueur envers les lapsi. Voir notre Novatien, ch. iv, Paris, 1925.
clairyoyants des pasteurs Alexandrins, qui avaient suivi toute l'évolution de Mélèce ; et Attianase l'a percé à jour. Au contraire, Epiphane, documenté en Palestine sur le Mélèce d'après la métamorphose, a épousé très naturellement les sympathies de la Palestine où Mélèce a fait figure d'apôtre ; et il pense que l'Egypte ne lui a pas rendu justice.
A tout prendre, il semble bien qu'Athanase a raison, et les actes certains de Mélèce montrent en lui le mauvais génie de l'Eglise d'Egypte avant Arius. Il commence par profiter de la persécution et du deuil de cette Jiglise, pour intervenir dans le domaine d'autrui et satisfaire une ambition personnelle. Persécuté à son tour, il n'abdique point son ressentiment et ne songe qu'à dresser autel contre . autel. Réduit par le concile de Nicée à une soumission humiliante, il se soumet pour la forme et cherche une vengeance posthume en désignant, avant de mourir, un héritier de son esprit scbismatique. La fin répond au commencement.
S'il faut en croire Epiphane, la rupture ne fut jamais complète entre Alexandre et Mélèce. Mélèce, installé dans Alexandrie, narguait l'évoque légitime en ofîiciant parmi ses propres fidèles. Il se donna même le mérite de dénoncer à Alexandre Arius, prêtre de Baucalis, dont la doctrine inspirait de justes inquiétudes. Le
fait n'a rien d'absolument impossible : on s'explique très bien que Mélèce ait jugé bon de signaler à l'évêque d'Alexandrie les écarts doctrinaux d'un de ses prêtres : cette vigilance était dans la logique du rôle de censeur qu'il s'était attribué. Toute pensée de zèle mise à part, Mélèce pouvait trouver un malin plaisir à embarrasser son rival par une telle mise en demeure. Si l'intervention de Mélèce s'est réellement produite, Epiphane devait tout naturellement la noter et l'interpréter favorablement.
La préférence que nous avons cru devoir donner, sans balancer, à la version de saint Athanase, est loin d'ôter toute valeur utile à la version très incomplète de saint Epiphane ^ Sans Epiphane, toute une face du caractère de Mélèce nous échapperait. Nous ignorerions l'évolution accomplie par lui, d'une extrême désinvolture vers une extrême austérité. Nous aurions peine à nous expliquer les sympathies qu'il sut conquérir dans le clergé d'Egypte et probablement jusque dans une partie saine du
1. Laplupai't des auteurs optent, comme nous, pour saint Athanase. Parmi ceux qui optent, en somme, pour saint Epiphane, il faut citer Ed. ScHWARTz, ^wr Geschichte des Alhanasius, dans Nachrichten der K. Gesellschaft der Wissenschaften zu Gottingen, 1904, p. 333-356. Il à été suivi par M. l'abbé G. Bardy, dans son Saint Athanase (Collection Les Saints). Paris, 1914;
LE SCHISME MÉLÉTIEi\ D'EGYPTE. .219
clergé, car le masque de la vertu et du zèle fait aisément illusion. Nous serions enfin encore plus dépourvus que nous ne sommes devant quelques faits nouveaux, qu'une découverte inattendue vient de verser au dossier duschisme mélétien et qu'il faut nécessairement intégrer dans la suite de cette histoire.
On peut croire que le schisme se serait éteint de lui-même, s'il n'avait trouvé dans Eusèbe de Nicomédie, chef de la faction arienne, un maître fourbe, résolu à perdre Athanase. Au lendemain du concile de Nicée, Eusèbe avait dû partir pour l'exil. Après trois ans il en revint, plus puissant que jamais, et s'empara de la confiance impériale. Entre temps, Athanase éjtait devenu évoque d'Alexandrie et maintenait énergiquement la foi de Nicée. Eusèbe lui voua une haine implacable, et la poursuivit sans relâche, jusqu'à sa propre mort, arrivée vers la fin de l'année 341.
Nous avons de ces faits deux narrations, consignées par saint Athanase dans l'Apologie contre les Ariens, qu'il écrivit vers l'année 350 : l'une est la lettre synodale adressée à tous les évêques de l'Église catholique par les évoques d'Egypte, assemblés à Alexandrie en l'année 340; l'autre, confirmant la précédente et ajoutant de nouveaux détails, est de la plume d' Athanase lui-même i Nous nous attacherons
220 LE DOGME DE î
de préférence à la première narration, qui représente une version officielle, sans négliger dé la suppléïïientôr par les détails qtiie fournit Atlianase en personne.
L'épiscopat égyptien expose à la vue de toute l'Église les épreuves d'Athanasô, sdù chef, rendu à PÉgypte lé 23 novembre 337, peu après la mort de F empereur Constantin, dé nouveau exilé par l'empereur Constance le 19 mars 339. De ces épreuves il rend responsables Eusèbe de Nicomédie et les siens, appuyés par le parti de Mélèce, et fait l'histoire de la campagne de calomnies menée contre Athanase.
L'agression mélétienne semble avoir cherché quelque temps sa voie. On reprocha d'abord à Athanase de prétendues réquisitions exercées au mépris de la loi : il se serait fait livrer indûment des tuniques de liiï. Trois évêques mélétiens, Ision, Eudémôn et Gallinique — respectivement évêques d'Athribi, de Tanis et de Péluse, d'après le catalogue de Mélèce, — avaient ourdi cette trame \ Elle n'etit aucun
1. Apol. c.Arian., 60; PG., XXV, 3576. — Nous retrouvons ces trois noms associés dans une lettre pastorale écrite par Athanase, au temps de Pâques 332, de la cour, où 11 avait été retenu plusieurs mois. PG., XXVI, 1379 BC: « ... Hanc epistolam misimus vobis ex comitatu per officialem nobis ab eo concessuni qui vere Deum timet, i. e., ab Ablavio praetorii praefecto. Ego vero in comitatu verser, quia ad imperatoris Constantini conspectum vocatus fui. Sed eilim qui hic degunt Meletiani
succès, grâce à deux prêtres d'Athanase, Apis et Macaire, qui se trouvaient près de l'empereur et surent Féclairer.
Alors entra en scène Jean Archaph, le même qu'on a vu recueillir la succession de Mélèce : par lui fut lancée la fameuse affaire d'Arsène ' . Arsène, ci-devant familier d'Athanase, avait disparu à la suite d'une aventure compromettante, Athanase lui-raême ne l'avait pas vu depuis cinq ou six ans. On l'accusa de l'avoir assassiné. On produisit même une main desséchée, qu'on assurait être celle d'Arsène.
L'affaire tourna mal pour ses auteurs. Car la trace d'Arsène était bientôt retrouvée en Thébaïde. La lettre d'up Mélétien, fï^isant part à Jean Archaph de cette déconvenue, parvint même entre les mains d'Athanase, qui nous l'a conservée ; elle est édifiante -.
.Au cher frère Jean, Pinnès prêtre du monastère Ptemencyrcès, du nome d'Antéopolis, salut.
Je veux porter à votre connaissance qu'Athanase a envoyé en Thébaïde un diacre, pour s'enquérir de ce qui
pugnant, invident, adversantur nobis apud imperatorem ; attamen ignominia notati pulsique hinc fuerunt, ceu calumniatores, et multis 4e rébus obiurgati. Pulsi vero nominatim fuerunt Callinicus, Ision, Eudaemon, et Geloeus Hieracammon, qui, nominissui pudens, Eulogiumse appellandum cura vit. » — Le dernier personnage (ce ridicule — yeloioç — Hieracammon; qui se fait appeler Eiiloge), est par ailleurs inconnu.