Apol. c. Arian., 67 ; PG., XXV
m LE DOGME DE NICÉE.
concerne Arsène. Ce diacre rencontra d'abord le prêtre ÎPécyse, Silvain, le frère Héli, Tapenacérameus, et Paul, moine d'Hypsèlè, lesquels avouèrent qu'Arsène est chez nous. Apprenant cela, nous l'avons aussitôt mis dans une barque et dirigé sur la Basse Egypte avec le moine Héli. Aussitôt après, le diacre revint avec plusieurs personnes et se présenta à notre monastère, demandant Arsène. Ils ne le trouvèrent pas, puisque nous venions de le diriger, comme je l'ai dit, sur la Basse Egypte; mais ils m'emmenèrent, avec le moine Héli qui l'avait accompagné, à Alexandrie, et me présentèrent au duc. Je n'ai pu nier, j'ai dû avouer qu'Arsène vit et n'a pas été assassiné : ce que confirma le moine qui l'avait accompagné. Je porte, ce fait à votre connaissance, Père, pour que vous ne vous avisiez pas d'accuser Athanase. J'ai dit qu'Arsène vit, qu'il a été caché chez nous; la nouvelle s'est répandue dans toute l'Egypte, impossible de la dissimuler...
A quelque temps de là, Arsène était de nouveau signalé, cette fois à Tyr; des amis d' Athanase, l'ayant reconnu, l'obligeaient de comparaître au tribunal de l'évêque Paul. Tout d'abord, Arsène essaya de nier son identité — il était lié par une promesse faite aux Eusébiens. Mais il ne put longtemps jouer ce rôle. Force lui fut de se reconnaître, et de faire sa paix avec Athanase. Nous possédons encore la lettre qu'il lui écrivit, comme gage de son repentir^ :
Au bienheureux pape Athanase, Arsène ci-devant évêque des Mélétiens d'Hypsèlè, avec ses prêtres et ses diacres, dans le Seigneur, salut.
Nous aussi, embrassant la paix et l'union à l'Eglise 1. Apol. G, Arian., 69; PG., XXV, 372.
catholique, à laquelle vous êtes préposé par la grâce de, Dieu, résolu de nous soumettre à la règle ecclésiastique selon la forme ancienne, nous vous écrivons, bien-aimé pape, déclarant au nom du Seigneur ne plus vouloir communier avec ceux qui demeurent dans le schisme et n'ont pas encore fait la paix avec l'Église catholique, tant évoques que prêtres ou diacres ; ne plus consentir aux décisions qu'ils prendraient en synode, ni leur adresser ou recevoir d'eux des lettres de paix, ni porter sans votre approbation à vous, évêque de la métropole, aucune sentence sur les évêques ou sur quelque autre point concer nant l'ordre ecclésiastique ; mais nous conformer à toutes les règles anciennement portées, à l'exemple des évêques Ammonien, Tyrannos, Plusien, et des autres évêques. En outre, nous prions votre bonté de nous répondre promptement et de certifier à vos collègues dans l'épiscopat ce qui nous concerne, comme quoi nous nous en tenons aux résolutions ci-dessus, ayant fait la paix avec l'Église catholique et repris la communion avec les ordinaires des lieux...
Cependant l'opinion, un moment surprise par l'audace de l'imposture, s'était ressaisie. Alexandre évêque de Thessalonique, généralement tenu pour favorable aux Eusébiens, ayant appris de bonne source qu'Arsène vivait, pénétrait le dessein de Jean Archapîi et jfïétrissait l'impudent sycophante dans une lettre qu'il écrivit à saint Athanase^et qui nous est parvenue \ L'empereur Constantin lui-même, toujours crédule aux accusateurs, se laissait vaincre par l'évidence et rendait à l'évêque d'Alexandrie une justice éclatante ; ce qui ne
' 1. Apol c. Arian., 66; PG., XXV, 368.
l'empêchait pas, à la nouvelle que Jean Archaph venait de faire , sa paix avec Athanase, de mander près de lui, par une lettre amicale, le fourbe mélétien ^ . La rétractation publique de Jean Archaph pouvait sembler un dénouement suffisant ; mais il y eut plus : au concile de Tyr, en 335, Athanase put présenter devant touB les Pères Arsène vivant et pourvu de ses deux mains, prêt à rendre témoignage à la vérité^. Comment un tel coup de théâtre ne suffit-il pas .à retourner l'assemblée en faveur d'Athariase, c'est ce qu'explique seul l'empire tyrannique exercé sur les Pères de Tyr par la faction eusébienne.
Il importe de noter qu'Arsène ne figure ni comme évêque, ni comme prêtre, ni comme diacre, sur le catalogue remis à Tévêque Alexandre par Mélèce, à une date postérieure au concile de Nicée, donc au plus tôt dans la seconde moitié de l'année 325. Cependant il avait disparu, et manifestement depuis des années, avant le début de cette prodigieuse histoire, qui amena la rétractation rapportée ci-dessus, et, après maintes péripéties, trouva son lointain dénouement au concile de Tyr en 335. Combien de temps avait-il fallu à Arsène pour devenir, par la grâce de la secte mélé-