LE DOGME DE KICÉE
ne sachant que jalousie, tempête et confusion absurde, en cela montrant l'injustice de leur âme )). Après avoir constaté l'inanité des deux chefs d'accusation, il concluait : « Qu'est-ce que cette inconstance, cette versatilité, cette inconséquence..., sinon la preuve, plus claire que le jour, qu'on en veut à votre sagesse?... » Mais si la loyauté de Constantin pouvait toujours promettre un sursaut de généreuse colère, ellfe n'était pas à l'épreuve de cette guerre d'usure que lui faisait la bande eusébienne. A Tyr, la perte d'Athanase était consommée.
N'ayant plus rien à attendre de ses juges, Athanase partit brusquement pour Constantinople et, faute d'avoir pu obtenir audience de l'empereur, l'aborda dans la rue \ Constantin. surpris, affolé, ne crut pouvoir se dispenser d'évoquer les deux partis en sa présence. Il écrivit aux membres du concile du Tyr une lettre sévère. Immédiatement, les ennemis d'Athanase exécutèrent un changement de front ^.
Abandonnant leurs anciens griefs, ils accusèrent Athanase d'avoir voulu abuser de son influence sur la population maritime d'Alexandrie pour arrêter le départ des blés égyptiens et affamer la ville impériale. A bout de patience,
1. Apol. c. Arian., 86; PG., XXV, 404. Lettre de Constantin au concile de Tyr, reproduite par Athanase.
2; Apol c. Arian., 87; PG., XXV, 405.
l'empereur l'exila à Trêves. Dix-huit mois plus tard, Constantin mourait. Son fils Constantin II rendait Athanase aux Alexandrins.
Tel était, hier encore, le dossier fort peu honorable du mouvement ariano-mélétien contre saint Athanase. Aujourd'hui, certains documents nouveaux paraissent révéler, dans cette histoire, quelques replis insoupçonnés.
Au cours des années 1922, 1923, l'administration du British Museuni acquit plusieurs papyrus, les uns en langue grecque, les autres en langue copte, dont quelques-uns touchent plus ou moins l'histoire mélétienne. Ils sont entrés, avec d'autres papyrus de caractère différent, dans une publication luxueuse qui fait le plus grand honneur à la science paléographique et philologique de l'éditeur, M, H. Idris BelP. Deux au moins de ces papyrus
1. Jews and Christians in Egypl. The Jewish troubles in Alexandria and the- Athanasian Controversy. lUustrated by .
. texts from 6f eek Papyri in the British Muséum, edited by H. Idris Bell, with three coptic texts edited by W. E. Crum. London, British Muséum, 1924. In-4, xii-142 pages, 5 planches phototypiques. — Le groupe relatif à la question mélétienne comprend les papyrus 1913 à 1922, pages 38 à 99 du volume. Non content d'éditer ces textes avec. un soin extrême, M. Idris Bell a pris la peine de relever les derniers vestiges du schisme mélétien, là même où l'on ne songerait guère à les chercher, non seulement au v° et au vi° siècle, mais au yii° et au v^I^ Nous
. bprnerons notre étude aux Mélétiens de la première génération.
présentent, pour l'histoire qui nous occupe, un réel intérêt.
Voici d'abord un acte notarié (papyrus 1913). A une date qui répond au 19 mars 334, un prêtre, Aurelius Pageus, administrateur du monastère Hathor, dans le haut nome de Gynopolis, prend ses dispositions pour se rendre au synode qui vient d'être convoqué à Gésarée de Palestine. On connaissait déjà ce synode de Gésarée S où les Eusébiens s'efforcèrent vainement d'attirer Athanase; mais la date demeurait discutée. On voit qu'il dut se tenir au printemps de 334. Voici le texte du document :
Sous le consulat de Flavius Optatus patricien et d'Anicius Paulinus clarissimes, 23 Phamenoth. Aurelius Pageus iîls d'Horôs, du village d'Hippones au nome d'Héracléopolis, prêtre, aux supérieurs du monastère de moines appelé Hathor, situé sur la montagne orientale du haut nome de Cynopolis. Des lettres sacrées impériales ayant été expédiées par le très pieux empereur Constantin, ordonnant à quelques évèques et prêtres d'Egypte et à beaucoup d'autres et à moi avec eux... de se rendre à Césarée en- Syrie de Palestine, pour une enquête en vue de la purification du peuple chrétien, me hâtant de partir pour la dite Césarée en exécution des ordres reçus, j'ai dû désigner un remplaçant jusqu'à mon retour. C'est pourquoi j'ai réuni les moines de notre monastère, par devant Patabeit prêtre d'Hippones, Paphnuce diacre de Pamin^ pesla, Prôus ancien moine, et beaucoup d'autres < personnes >... Et ils ont approuvé d'un commun accord, spontanément et librement, par résolution irrévocable,