‹ Le dogme de Nicée [microform]Chapitre 7 sur 79 · LE D.OGMIJ m NIÇÉE · texte numérisé non relu

LE D.OGMIJ m NIÇÉE

nom : car la source n'est. pas le fLeiiye, ni le fleuve la source; ils font deux. Or, la source est comme le Père, le ' fleuve est comice l'eau de la source. Ces choses, et d'autres, semblables que j'ai écrites, (les adversaire?) feignent ne ne point les voir, ils font les aveugles; etilsontram^^sé deux mots qui ne se tiennent pas, comme des pierres,, pour m'en lapider de loin...

Cette page prouve pour nous deux choses,.

D'abord, q^ie Rojppie d.evait êtr§ favorable à l'emploi du mot homopusios da^s la théologie trinita^]^e, puis qu'à Rome ou ayait pu faire à D,ep.ys d'Alexapidrie un grief d'éyiter ce m.9t. En second lieu, elle prouve qv^W^^^^^^^i^ n'avait contre ce mot aucunj3 objection de principe; seulement Denys préférait s'en abstenir, pour s'attacher à la lettre des Ecritures. Malgré la diversité du langage, l'accord sur la doctrine était réel. Rome eut le mérite et l'honneur d'iinposer, comipie la forniule du dogme, le mot qu'elle avait d'ores et déjà fait sien^

1. Saint Athanase écrira^ jE'jJ. ac? Afros, 6; PG., XXVI, 1040, B : 'ETîtffxouoiyàpKpxaîoiiîpoÈTwv èy^y? tou éxaTov TptàxovTa Tîjç (j.sYàXïiç "Ptôy/zic %cà Tîiç yj[i.eTépaç hoXewî •ypâjpov/çsi; ^TtâffavTO TQ^ç %oir,]i.% XéYovtaç tov Ycov xai (j,^ ôfxooijcriov tw. Ha-upî. La lettre aux évoques d'Afrique est l'un des derniers écrits d'Athanase, on la date généralement de l'année 369. Néanînoins, le chiffre., de 130 ans révolus nous invite à remonter plus îiaut que la controverse entre les deux Denys. Il y aurait donc là un souvenir de l'accord intervenu entre Alexandrie et Rome contre les théories aventureuses d'Origène. Saint Jérôme a touché à ce même épisode, au temps, de son premier enthousiasme pour Origène, en des termes qui lui furent rappelés cruellement par

Lk PRÉmSTQIRE DE yHOMOOUSIOS. 15

]yiai];itene^iit, toumon^^ nos regards vers AntiQçs(i^ : nous j constatons des tendances tout opposées,. La métropole de Syrie avait, elle aussi, ses controverses trinitaires, ; mais l'évêque Paul de Samosate n'inclins^it, nullement au sens d'Origène ; et surtout, il manquait des gra);iç(es qualités du primat alexandrin. Homme du monde, bieii. en, cour près de Zéttobie, reine de Pai(niyre, Paul se souciait peu de la doctrine, mais introduisait dans l'Église l'esprit d^ siècle. Ses niœurs passaient pour légères. Les influences juives, très puissantes à la çQ^r de Zénobie, peut-être gussi l'influence de beaux esprits grecs, te^a que le rb,éteur Longin, paraissent avoir déteint sur la pensée de révêque. ïl professait, à ce qu'il semble, un monpA^isme plus ou moins nuancé d'Evangile, où les mystères de l'Incarnation

Rufin : Damnatur a Demetrio, epi-scqpo exceptis Palaeslinae et Arabiae etPhoenicis atque Arabiae sacerdotibus : in damnalionem eius consentit urbs Roma. Ipsa contra hune cogit Senatum, non proTpter dogmaium novitatem, non propter haeresim ut nunc, adversiiseumrabidi canes simulanifSed quia gloriam eloquentiae éius et scientiae ferre non poterant, et illo dicente omnes muti putabantur. Cité par Rufin, ApoL, II, 20 ; PL., XXI, 599; D-600, A. Ces faits se rapportent au pontificat du pape Pontien (230-235) et du Pape Fabien (236-250). L'acclimatation du consubstantiel a Rome, dès a,vant le milieu du iu° siècle, est un. fait reconnu par les historiens.. DucHESNK, Hist. aric. de l'Eglise, t. II, p. 154 : « A Rome,- en effet, le mot était d'usage courant, officiel. » 13,AmAGK,LehrbuchderI)ogmengeschicMe, t. I*,p. 163, se référant ail texte de- saint Jérôme. Batiffol, La Paix Gonstanlinienne, p. 328 : « Le mot était romain. » Paris, 1914.

et de la Trinité s'encadraient mal. Dans la personne du Christ, il voyait un homme, fils privilégié de Dieu, mais fils adoptif, et non pas r Homme-Dieu.

Déjà les évoques de Sj^rie s'étaient émus ; une première fois, en l'année 264, ils s'assemblaient à Antioche pour examiner le cas de leur métropolitain. Ils avaient fait appel à la grande autorité de Denys d'Alexandrie. Denys, alors tout près de sa fin, ne put intervenir en personne, mais écrivit une lettre et se fit représenter. Paul de Samosate parut donner des gages d'amendement. On ne demandait qu'à l'en croire, et le concile se sépara sans en venir aux mesures de rigueur. Mais l'événement ne tarda point à démentir ces espérances. Il fallut s'assembler encore, une fois ou deux. Finalement, une sentence de déposition fut rendue, probablement en l'année 268, sentence accompagnée de considérants doctrinaux.

Or, fait assurément piquant, l'un de ces considérants, dirigés contre l'hérésiarque, portait, dit-on, condamnation de Vhomoousios^ appliqué à la doctrine trinitaire.

Les Ariens du iv^ siècle, en révolte contre le concile de Nicée, ne se feront pas faute d'exploiter cette sentence d'Antioche. Sans doute, les deux conciles qu'ils s'efforcent de mettre en conflit sont d'inégale autorité. Les

quelque 80 Pères dont on parle, pour ce concile provincial d'Antioche, ne font pas équilibre aux 300 Pères du concile œcuménique.

Mais enfin, il y a là quelque apparence de scandale, et les Pères orthodoxes du iv® siècle s'appliquèrent à le dissiper. Après eux, les historiens de l'Eglise reprirent souvent cette discussion, et paraissent l'avoir épuisée.

EssayonS'de résumer les débats. D'abord se pose la question de fait. Est-il bien sûr que î'ôpouctoç a été condamné par le concile d'Antioche? Plusieurs le nient, et appuient leur négation sur le silence de la tradition immédiate, qui ne sait rien de ce prétendu conflit. Effectivement, pendant les 90 années qui suivent le concile de 268, aucun document ecclésiastique n'y fait allusion ; les Pères de Niçée semblent n'en avoir rien su ; la première génération arienne, qui avait tout intérêt à s^en prévaloir, l'ignore également. On en relève pour la première fois la trace dans un document de l'année 358, le mémoire du semiarien Basile d'Ancyre, rédigé pour faire face aux objections des Ariens radicaux Ursace et Valens ; ou plutôt, on ne la relève pas dans ce document, qui ne nous est point parvenu' dans sa propre teneur, mais seulement dans les analyses contemporaines, qui nous en révèlent l'existence. Ainsi notre information est-elle

LÉ DOGiSIE DE NICÉE, 2 ^

tout entière de seconde main. Et elle se fonde sur un témoignage tardif et suspect, le mémoire de Basile d'Ancyre. Ce témoin, opposé au consubstantiel, avait tout intérêt à commettre un faux; bu, si le faux existait déjà, à l'accréditer. L'hypothèse d'un faux apparaît plausible à de graves auteurs : ils nient que rôpouûrtû(; ait jamais été condamné à Antioche.

Cette fin de non-recevoir s'autorise de raisons qui ne sont pas négligeables. Nous ne pouvons pas faire appel aux Actes du concile d' Antioche, qui ne nous sont point parvenus, et les rares témoignages contemporains ne fournissent aucune lumière décisive. Il faut pourtant avouer que, à la date où elle se produisit, l'assertion de Basile d'Ancyre fut admise par les juges les plus qualifiés, par ces intrépides vengeurs de l'orthodoxie nicéenne que furent saint Hilaire et saint Athanase. Saint Hilaire et saint Athanase rédigèrent, au plus tard en l'année 359, leurs écrits De Synodis; ils admirent l'assertion, en l'expliquant d'ailleurs de manières fort différentes. Leur conviction fut partagée par saint Basile, par saint Épiphane, qui écrivirent quelques années plus tard; elle s'est imposée à la tradition subséquente, A tout prendre, il semble plus sûr de l'admettre, et c'est le parti que prennent la plupart des historiens de l'Eglise. L'idée

d'un faux audacieux, commis en de telles circonstances et coUFOnné d'un tel succès^ paraît difficilement acceptable* Reste donc à examiner le récit de Basile d'Ancyre^ tel qu'il nous apparaît à travers les commentaires divergents de saint Hilaire et de saint Athanase.

Voici d'abord la \^ersion de saint Athanase ^ . Athanase croit pouvoir lire dans la conscience des Pères d'Antioche le motif de la sentence par eux rendue contre l'opoouçtoçi Ce mot leur aurait été rendu odieux par les calomnies intéressées de Paul de Samosate, qui lui prêtait un sens grossier^ comme l'idée d'une matière divine partagée entre le Père et le Fils. Ge morcelage de la divinité devait paraître blasphématoire. Ge serait donc en calomniant l'ôpotjcrtoç que Paul de Samosate aurait réussi à le faire condamner. Athanase raisonne a priori, car il n'a pas lu les Actes du concile d'Antioche. Mais il est conduit, et no s'en cache paSj par le désir de justifier les Pères orthodoxes qui composaient cette assemblée.

Tout autre est la version de saint Hilaire', qui écrivait quelquesmois avant saint Athanase, peut-être dès la fin de l'année 358, et qui semble avoir lu de beaucoup plus près le texte de Basile d'Ancyre. Lui aussi connaît cette gros-

Page 1